Nicolas Peyrac, entre mémoires et album de duos

Nicolas Peyrac, entre mémoires et album de duos
Nicolas Peyrac © Dimitri Simon

Le chanteur Nicolas Peyrac revient sous les feux des projecteurs avec ses mémoires, So Far Away, et un album de duos, Et nous voilà ! : un livre et un disque, qui content l’épopée d’un homme, entre chanson et écriture. Rencontre avec RFI Musique.

Agenda plein, enchaînement au pas cadencé d’une myriade d’interviews, de plateaux télé, de radios… Jusqu’à Noël, Nicolas Peyrac ne chômera pas. Nombreuses, pourtant, furent les années sans nouvelle du créateur de So Far Away from L.A. Disparition des ondes, suspicions hâtives de ringardise : "Pour les médias, j’avais explosé en plein vol", regrette-t-il.

Depuis son exil volontaire au Canada, jusqu’à son retour en Bretagne dans la maison de son père en 2007, le chanteur n’a pourtant jamais manqué d’inspiration. Comme des millésimes, il égrène les années de sortie de ses disques : 1998, 2004, 2006, 2009, 2011… Autant de disques superbement ignorés. Vexé ? "Pas vraiment. J’ai toujours aimé l’écriture, la création, vaille que vaille, sans trahir ni me vendre. Mais avouez qu’il est frustrant de composer des disques avec amour et énergie, pour qu’au final personne n’en sache rien…"

Aujourd’hui, une promotion peut-être mieux assurée, ou les heureux sursauts de modes capricieuses provoquent un regain d’intérêt pour ses actualités.

L’autobiographie ou l’urgence d’écrire sa vie

Il y a d’abord la parution de ses mémoires, So Far Away, Un certain 21 mars parues aux éditions de L’Archipel : une sorte de carnet de route, photographies en mots, instantanés, récit-poupée gigogne, où chaque souvenir appelle, en association d’idées, son successeur.

Au fil des quelque 300 pages, l’épopée publique se mêle aux petits drames et grands bonheurs privés. Sous les projecteurs, les seconds rôles d’une vie en chanson défilent : ce sera Serge Lama, Michel Drucker, Barbara, Johnny Hallyday, Michel Balavoine, ou encore le producteur Philippe Constantin qui, le premier, lui fit confiance…

En arrière-plan, se dresse aussi "ce temps que les moins de vingt ans, etc." la période d’un âge d’or du disque, devenu (pré)historique, le visage fantomatique d’une époque disparue : "J’ai connu l’apparition des radios libres, le passage du vinyle au CD, puis au numérique, et… je suis toujours là." Quelques "pétages de plombs" suite à la starification ("Ce n’était que les derniers avatars d’une puberté tardive", assume-t-il), ne bouleversent pas l’assise d’un homme entièrement dévoué à son art, la stature de cet étudiant en médecine devenu chanteur : "L’écriture, qu’elle soit littéraire avec celle de mes deux romans, photographique, cinématographique ou musicale, m’a permis de traverser les houles de la vie… En elle, j’ai une foi totale. La scène m’offre ensuite la possibilité de partager mes émotions directement avec le public."

Et puis, se dégage à travers ses lignes, la sphère intime et ses affres : une naissance, un divorce, qui le ronge jusqu’à l'obsession, une dépression, le coup de foudre pour sa nouvelle compagne, l’adoption d’un enfant … Et cet événement qui le pousse à écrire cette autobiographie : "Le 21 mars 2012, on m’a diagnostiqué une leucémie. Il s’agit d’une forme légère de cette maladie, avec laquelle certains vivent de nombreuses années. L’annonce a pourtant créé cette sensation d’épée de Damoclès au-dessus de ma tête : ce face-à-face avec ma propre mortalité a provoqué l’urgence. Je ne pouvais plus différer mes impératifs. Je voulais, en ces pages, rendre hommage à mes belles rencontres, à ceux qui m’ont tendu la main, qui ont cru en moi, les passeurs d’énergie, d’idées, de confiance… Raconter aussi ces expériences qui détruisent, reconstruisent, renforcent, nous affaiblissent : l’alchimie d’une vie."

Des chansons révélées en duos

L’urgence, aussi, explique la parution de cet album de duos, ce coup d’œil dans le rétro... Depuis 2008, déjà, un homme insistait : son ex-manager Mathieu Johann (ex-Star Academy 4). Nicolas Peyrac refusait, jugeant l’idée trop convenue. Les arguments du jeune homme, producteur du disque, vainquirent sa résistance. Dans Et Nous voilà !, quelques tubes seulement pavent la route de l’auditeur : Et mon père, interprétée avec la truculente Carmen Maria Vega, "la Catherine Ringer des temps modernes", comme il la qualifie ; Je pars, avec le fidèle ami Lama, et So Far Away from L.A., dépourvue de son mythique picking de guitare inaugural, par Sofia Essaïdi…

Pour le reste, Nicolas Peyrac et Mathieu Johann ont choisi des titres plutôt inconnus, à (re)découvrir. D’Anaïs à Mickaël Furnon, de Julie Zenatti à Bénabar, de Sanseverino à Enzo Enzo, d’Ycare à Emmanuel Moire, en passant par l’improbable François Morel, ce large éventail d’interprètes pare de mille couleurs et d’autant de vibrations l’univers du chanteur : "Tous apparaissent comme les morceaux d’un puzzle homogène", dit-il.

Pour donner l’unité et rhabiller les titres, un homme a été convié : le réalisateur Michel Coeuriot, remarqué aux côtés de Voulzy ou Souchon. "Je suis enchanté de ce qu’a apporté cet amoureux des textes et de la chanson française, entre jazz et classique. J’adore le swing de Mississippi River, la lumière années 50 qu’il porte sur Et mon père… Pour chaque interprète, pour chaque texte, il a taillé une musique sur mesure."

Enregistré au Studio Davout, à Paris, cher au cœur de Nicolas Peyrac, cet album se teinte de sérénité, et de la joie, enfin atteinte, d’un homme qui a traversé la vie et ses épreuves sur les mots et les notes : douze chansons, entre ombres et lumières, profondément attachantes…

Nicolas Peyrac Et Nous Voilà ! (Wagram Music) 2013
Nicolas Peyrac So Far Away Editions L’Archipel 2013
Site officiel de Nicolas Peyrac
Page Facebook de Nicolas Peyrac