Anne Sylvestre intime

Anne Sylvestre intime
© am.panigada

Il y a quatre années à peine, Anne Sylvestre fêtait son Jubilé. 50 ans d’histoires pour petits ou grands, de sa carrière d’auteur-compositeur renommée pour ses textes piquants et plein d’humour, à ses Fabulettes pour enfants. Elle revisite aujourd’hui, dans Parenthèses, certaines de ses chansons parfois confidentielles, et offre deux inédits, qui permettront sans doute aux générations qui ont grandi au son de sa voix de découvrir son autre facette.

 

RFI Musique : La pochette de votre nouvel album est épurée comme ces Parenthèses que vous chantez. Seul votre micro d’enregistrement apparaît, avec au loin, floutée, une partition…

Anne Sylvestre : C’est un album un petit peu à part. Un piano-voix avec un choix de chansons anciennes, sans être non plus une compilation de succès. J’ai choisi des textes sensibles, j’ai voulu faire un disque un peu doux avec des morceaux que j’avais envie de reprendre et dont je pensais que les gens seraient ravis de les entendre, peut-être.

Vous reprenez 17 de vos anciens titres. Avec plus de 50 ans de carrière, comment les avez-vous choisis ?

Ce sont des chansons qui, dans mon répertoire, ne sont pas forcément les plus fortes, ni les plus remarquées ou les plus importantes. Elles sont de petites choses entre les mailles. J’ai eu envie de les chanter parce qu’elles allaient les unes avec les autres. Je n’avais jamais revisité certaines d’entre elles. C’est une sorte de récréation que je me suis permise.
 
Vous n’avez pas retenu vos morceaux les plus engagés, mais on retrouve Xavier, qui dénonce les préjugés sur l’éducation des enfants…
L’histoire de Xavier est une histoire vraie. Celle d’un petit garçon qui berce son ours, imitant sa mère berçant sa petite sœur, un geste que certains jugent inquiétant pour un garçon. C’est une histoire ancienne qui reste d'actualité. Je me suis aperçue récemment qu’il y avait des boîtes de feutres pour filles, avec des couleurs pastel et d'autres pour les garçons, avec des couleurs "viriles". Comme les albums de coloriage, avec des dessins de cuisinières et d’aspirateurs ou des animaux de la ferme pour les filles, et pour les garçons, les fauves et la jungle !
 

Les arrangements sont très enlevés, et il y a dans certaines de ces nouvelles versions moins de gravité que dans les enregistrements originaux…

J’avais envie d’être un petit peu en demi-teinte. Mes histoires sont surtout celles des gens. Cet album est donc peut-être plus intime, comme avec J’attends et L’éternelle histoire. J’avais aussi deux nouvelles chansons que j’ai voulu mettre là, Le Malentendu et L’habitant du château. Le Malentendu est l’histoire d’un couple de gens de bonne volonté qui se sont trouvés, et qui, malgré ce qui les a séparés, ont fait un parcours de vie sans faute. Les gens se reconnaissent très souvent dans ce récit là. Mes chansons sont des métaphores, comme L’habitant du château, qui est une pure métaphore de l’âge. Dans les paroles, le château, c’est la vie.

Pourquoi avez-vous choisi de ne mettre que deux chansons inédites sur cet album ?
Je n’ai pas de fond de tiroir en ce qui concerne l’écriture de chansons. J’ai composé ces deux-là dans les mois qui ont précédé l’enregistrement du disque. Elles seront sur le prochain album, mais ont pris vie en piano-voix puisque je les ai données à arranger à mon orchestrateur, Jérôme Charles. Sur ce disque, il y a un mélange d’arrangements de Jérôme Charles et de François Rauber (pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre français mort en 2003 et reconnu pour ses collaborations avec de nombreux artistes, dont Jacques Brel, ndlr). François Rauber avait fait toutes ces orchestrations piano que j’avais envie d’utiliser, et j’ai demandé à Jérôme Charles de faire toutes les autres. Je trouve que ça se mélange à merveille.
 

Votre envie d’écrire et de monter sur scène est-elle restée intacte avec le temps ?

C’est malheureux, mais j'y prends de plus en plus de plaisir ! C’est très difficile d’écrire et de tourner en même temps. J’aimerais avoir un moment tranquille, que je trouverai cet été, pour écrire. C’est mystérieux, il faut doser l’inspiration et la science, savoir faire pour ne pas tomber dans la technique. Je suis très prudente quand je rédige de nouvelles chansons. Comme depuis le temps, c’est quelque chose que je sais faire, je ne voudrais pas juste être quelqu’un qui fabrique.
 
Une nouvelle génération vous découvre aujourd’hui, et vous inspirez de jeunes artistes, comme la québécoise Jorane, dont le nouvel album porte le nom d’une de vos chansons, Une sorcière comme les autres…
Elle m’a contactée pour me demander si je l’autorisais à reprendre Une sorcière comme les autres et Les gens qui doutent, pour son album*. Elle m’a envoyé sa musique, et lorsque j’ai entendu ses interprétations, j’ai trouvé ça superbe, donc j’ai dit oui ! On a d’ailleurs chanté ensemble à Québec, à la fin de mon spectacle.
 
Anne Sylvestre Parenthèses (EPM/Universal) 2011
En concert à Paris le 7 mai 2011 à la Cigale (complet) et le 11 octobre 2011 au Trianon.
*sorti au Québec en février 2011