Johnny Hallyday, 70 ans

Johnny Hallyday, 70 ans
Johnny Hallyday à New York en 2012 © E.Dunand

Le chanteur Johnny Hallyday donne pendant trois jours des concerts à Bercy, pour fêter ses soixante-dix ans. Un nouveau miracle, après tant d’autres miracles…

De toute manière, c'est la marque de Johnny dans la société française : une vitalité phénoménale qui ne s'accommode pas du repos, du retrait ni surtout du silence. Car Johnny vit depuis plus de cinquante ans sous l'œil des médias. Un œil tour à tour effaré, complice, voyeur, complaisant, inquisiteur, extasié, mais un œil toujours braqué sur une vie incroyablement photogénique. Mais est-elle si photogénique, après tout, ou les Français – y compris nous-mêmes, journalistes – sont-ils intoxiqués à Johnny ?

Car il est peut-être le seul chanteur qui, en France, pourrait se passer d’exercer son métier, tant il concentre les regards sur ses moindres faits et gestes. Depuis cinquante ans, qu'il enfourche une moto ou bronze sur une plage, souffle des bougies d'anniversaire ou prend un avion, tout est événement, tout est spectacle. Ce qui est surprenant n'est pas tant que chacun de ses mariages (mais il s'est assagi, avec le temps) ou de ses accidents de santé ait un retentissement national, mais que sa vie quotidienne et même son désœuvrement méritent une couverture de presse.

 
Il n'est pas la seule star dont les faits et gestes sont scrutés avec constance par la presse ; il est le seul qui n’ait cessé un seul instant de faire des Unes de magazines depuis un demi-siècle. Il est probable que dans la photothèque intégrale de la France contemporaine, aucun homme d'état ni aucun artiste n'ait suscité autant d'images. Cette obsession laisse pantois les étrangers découvrant que notre pays ne cesse de s’intéresser à un chanteur portant un pseudonyme américain tout en écorchant volontiers la langue anglaise, et qui pratique une musique aussi proche des vieilles racines de la chanson française que du rock'n'roll américain.
 
Un personnage hors-norme
 
On ne compte plus les occasions solennelles pour lesquelles on analyse ou célèbre ce personnage hors norme. Il fête le 15 juin ses soixante-dix ans à Bercy et on réalise que rien ou presque n’a changé. Si : il y aura quelques nouvelles chansons dans son concert et on sait déjà qu’un certain nombre d’images "de l’intérieur" seront postées sur Twitter par @JohnnySjh.
 

Pour le reste, la dialectique de célébration et de mépris fonctionne comme toujours. Un sondage du quotidien Le Parisien révélait il y a quelques semaines que les deux tiers des Français pensent que Johnny devrait prendre sa retraite. Coup de gueule du chanteur répercuté par d’autres médias. D’autres encore soignent l’idole et ses dévots, car, jusqu’à présent et depuis 1960, c’est un sujet porteur.

 
Et, une fois de plus, on en oublierait presque qu’il a publié à l’automne dernier son quarante-huitième album en studio, L’Attente, et que la série de concerts culminant avec ses trois jours à Bercy constituerait sa 183e tournée. À ce niveau-là, il est difficile de considérer Johnny Hallyday comme un artiste répondant aux normes de l’art. Comme si les autres n’étaient qu’averse et lui, torrent. Ce n’est pas la même logique.
 
À écouter : Johnny Hallyday On stage (Warner Music) 2013
Du 14 au 16 juin, en concert au Palais Omnisport de Paris-Bercy et en tournée française.
→ Site officiel
→ la page facebook de Johnny Hallyday