La carte de tendre d’Helena Noguerra

La carte de tendre d’Helena Noguerra
© Naïve

Elle a chanté presque tous les styles, que ce soit sous son nom, celui de Dillinger Girl ou en campant Martine au sein du collectif Nouvelle Vague. Alors que ces dernières années, on l’a surtout vue sur les planches ou sur grand écran, Helena Noguerra revient avec Année Zéro, une "carte de tendre" de ses rencontres amoureuses, mais également son premier album en nom propre depuis Fraise Vanille (2007).

RFI Musique : Année zéro…  vos débuts de compositeur dans un mélange des styles de vos albums précédents ?

Helena Noguerra : J’étais déjà auteur, mais c’est la première fois que je chante mes musiques. Je suis à un âge où on dit "elle a fait l’album de la maturité". Pas du tout, je suis une débutante et je trouvais que ça sonnait bien. J’aime bien le film Allemagne année zéro de Rossellini, le disque de Chamfort Amour année zéro, cette idée de remettre les compteurs à zéro. C’est mon sixième album. Les précédents avaient chacun leur identité : pop, bossa nova, folk, chanson, rock à l’américaine avec Baby Face Nelson et Dillinger Girl. Je n’ai pas envie de me formater. J’ai ce goût pour beaucoup de choses : écrire, jouer au théâtre, au cinéma, réaliser un film. Chaque chanson parle d’un homme différent, alors je leur ai "taillé un costard". Disons qu’il y a treize hommes représentés : il était hors de question de faire un uniforme, de penser que j’ai aimé toujours le même homme en en changeant.
 
C’est aussi l’album dans lequel vous exploitez le plus votre voix.
C’est l’expérience ! A force de chanter sur scène, la gêne et la timidité sont parties. Et quand je tournais avec Nouvelle Vague, j’y étais anonyme parmi douze chanteuses possibles. Helena Noguerra en Grèce, en Espagne, tout le monde s’en fout. Ne pas être sous mon propre drapeau m’a libérée. J’ai chanté avec d’autres voix, je me roulais par terre, je faisais des trucs dont je ne sais même pas si j’arriverais à les faire en mon nom. Et le succès aussi : les gens crient, vous attendent. Le succès et l’amour, c’est comme dans la vie : l’amour rend beau et libère, donc l’amour que j’ai vécu à travers Nouvelle Vague, même s’il ne m’était pas adressé, m’a aussi permis d’arriver à ce disque.
 
Vous avez collaboré avec Mai Lan, Hugh Coltman, Jonathan Morali (de Syd Matters) et à nouveau Federico Pellegrini avec qui vous aviez sorti Dillinger Girl & Baby Face Nelson
Avant le disque avec Federico, je voulais faire un disque à l’américaine, et en cherchant des compositeurs j’avais commencé à travailler avec Jonathan qui venait de sortir le premier album de Syd Matters. Depuis, ces chansons ont voyagé, on les a réadaptées, M. Paul n’est plus du tout à l’américaine finalement. Et les chansons de Federico qui sont là sont les restes d’un deuxième album qu’on aurait dû faire mais qu’on n’a pas fait. Je les ai toujours gardées amoureusement, il n’y a pas de raison et toutes les raisons qu’elles soient là, il y est question d’amour.
 
Il y a aussi deux duos, l’un avec Anna Mouglalis, l’autre avec votre sœur Lio, sur We have no choice, aviez-vous déjà chanté ensemble ?
Michèle et Michèle raconte un week-end avec un homme. Quand j’ai rencontré Anna je me suis dit "c’est elle l’homme idéal". Elle a cette voix, ce visage somptueux, et j’aime bien les faux-semblants. Les gens peuvent penser d’elle, comme de moi, certaines choses qui sont très fausses. On est devenues amies grâce à ce duo. Lio chantait un peu avec moi dans L’héroïne au bain d’Olivier Libaux. Je l’invite parfois sur scène, je fais une version cajun très cool de Banana Split dans laquelle elle arrive pour speeder tout ça, et les gens sont hyper contents de la voir. J’étais sa choriste très longtemps quand j’étais petite, je jouais avec elle à la télé, je faisais semblant d’être guitariste. Sinon oui c’est la première fois. La chanson au départ pourrait être pour un homme, mais il y a un double sens et je trouvais drôle de faire un duel avec elle alors que c’est toujours un peu problématique d’être deux sœurs dans le même créneau. C’était une petite blague, un petit hommage et une envie d’être avec elle. Quand on était petites, le but c’était de devenir les demoiselles de Rochefort, on y est toujours pas arrivées ! Donc on essaie de temps en temps. Je rêve que quelqu’un nous propose un super truc à toutes les deux mais personne n’y pense, les gens doivent croire qu’on ne s’entend pas ou qu’on est concurrentes.
 
Comment envisagez-vous la suite, musicalement ?
Je ne sais pas. Parfois je me dis que c’est le dernier disque, à quoi bon, il y a une fatigue, d’un système, d’un milieu, puis la faillite. Je me dis que je pourrais très bien aller chanter dans des bars, ou partir. Après c’est des fantasmes, on a tous cette espèce de "j’en ai marre, je me casse". Moi je veux aller chanter dans des bars en Amérique. Le fantasme ultime c’est ça. Tout quitter, arrêter les conneries et partir dans une voiture avec un compadre (compagnon en portugais), jouer de la guitare et prendre 20$ dans les bars le soir et sortir de ça. On n’a pas besoin de vendre la musique et d’être reconnu. Depuis Dillinger Girl puis en étant Martine avec Nouvelle Vague, j’en ai rien à foutre qu’on me reconnaisse et qu’on m’aime moi. Ce qui m’amuse c’est d’être là et d’être dans la musique. J’ai toujours aimé être discrète, il n’y a pas tellement de différence entre aller chanter dans les bars que sortir les disques tels que je les ai fait. Au final, je suis sûre que je touche autant de gens.
 
Helena Noguerra Année Zéro (Naïve) 2013
En concert à Paris le 3 octobre au China, le 10 décembre au Divan du Monde