Le retour des Innocents

Le retour des Innocents
Les Innocents, Festival des Rendez-Vous de la Lune © MC Mardi

Presque quinze ans qu’on attendait ça… autant dire qu’on ne l’espérait plus. Il y a quelques mois, on pouvait lire dans les pages du quotidien Le Parisien la confirmation d’une rumeur à laquelle on ne croyait guère. Les Innocents – soit Jipé Nataf et Jean-Christophe Urbain, le duo créatif le plus talentueux que la chanson pop française des années 80 ait vu naître – y annonçaient un nouvel album "sur les rails". Finalement, à l’occasion du festival des Rendez-Vous de la Lune à Paris, les deux complices ont donné un concert ce 7 octobre, à la Cité Universitaire.

Séparés à la veille du nouveau millénaire, quatre albums et trois Victoires de la musique du meilleur groupe français au compteur, les deux musiciens ont ensuite poursuivi leurs parcours respectifs en marge des autoroutes commerciales du métier. Jipé Nataf a depuis sorti deux albums solo, Plus de sucre en 2004 et Clair en 2009, a incarné entre-deux, le rôle de René dans le projet Imbécile d’Olivier Libaux (2007), composé ici et là pour les autres (Thiéfaine, Eddy Mitchell), et collaboré avec la fine-fleur d’une nouvelle génération de chanteuses (Mina Tindle, La Fiancée, Constance Amiot).

Jean-Christophe Urbain a surtout quant à lui, composé pour les autres (Jil Caplan, Nolwenn Leroy), réalisant également discrètement l’an dernier quelques titres pour le premier album en solitaire de l’ex-Lilicub Benoît Carré, qui nous confiait alors qu’il n’aurait jamais mené son projet à terme sans l’impulsion et les encouragements de l’ex-Innocents.

Un come-back réussi

Hier soir, on a enfin eu la chance d’aller applaudir ce duo de légende à nouveau réuni. Après avoir sobrement repris la route en faisant la tournée des bars, faisant un crochet par Les Tombées de la nuit à Rennes au début de l’été dernier, Jipé Nataf et Jean-Christophe Urbain ont donné leur premier concert parisien à l’occasion du festival des Rendez-Vous de la Lune au cœur de la Cité Universitaire.

Entre les murs de la Fondation Biermans-Lapôtre, on attendait le duo comme on attendrait le Messie, dans une émotion et une joie palpables. Si le lieu n’était pas idéal – une sorte de salle de conférence voûtée et austère, à l’éclairage laborieux – les retrouvailles n’en furent pas moins heureuses. La lumière ce soir-là, était bel et bien dans les retrouvailles de ces deux-là.

Pendant près de deux heures, les compères ont enchaîné anciens titres et nouvelles chansons, dans une ambiance pleine d’humour. Jipé Nataf a rappelé avec tendresse la très mauvaise idée qu’avait eu Jean-Christophe Urbain de quitter le groupe en avril 2000, et l’on pouvait lire sur leur visage le plaisir non feint de partager la scène ensemble.

Sans se livrer à l’exercice facile d’une avalanche de leurs tubes de l’époque, ils ont justement dosé les morceaux que tout le monde attendait (Un monde parfait, Fou à lier, L’Autre Finistère, Colore, Un homme extraordinaire…), les mêlant à d’autres moins connus et surtout à quelques inédits qu’on espère retrouver sur un prochain album. On a entre autres, découvert Les Philharmonies martiennes, dont l’écriture ciselée et le refrain mélodique, à hauteur de ce dont on les savait capable, restent en tête comme un futur tube potentiel.

Entre tonnerres d’applaudissements et silences religieux, Les Innocents, à deux voix et deux guitares, nous ont tour à tour, donné envie de danser ou d’arrêter le cours des saisons. On gardera en mémoire une version de Dentelle si douce qu’elle a comme suspendu le temps. A la fin du concert, Jipé Nataf nous confiait qu’il faudrait sans doute attendre la sortie de leur prochain disque pour les retrouver sur scène. Qu’ils fassent vite, on a hâte.