M pour Montréal, huitième édition

M pour Montréal, huitième édition
Dead Obies au Festival M pour Montréal 2013 © MH. Mello

Plus qu’un festival de musique traditionnel, M pour Montréal est une créature hybride qui étend ses tentacules dans divers quartiers de la ville pour dévoiler un best of de la scène musicale canadienne, en anglais et en français. Retour sur des découvertes en tous genres présentées du 20 au 23 novembre 2013 dernier.

Durant quatre jours, dans une ville de Montréal toujours sans manteau blanc malgré le mercure sous zéro, le festival M pour Montréal (ou M, pour les intimes) n’a pas hésité à réunir sur les mêmes plateaux l’indie rock, l’électro-pop, le folk, le métal, l’expérimental ou le hip hop, pourvu que l’originalité soit au rendez-vous. Sa 8e édition comptait une centaine artistes, majoritairement issus du Québec, de l’Ontario et du Manitoba. 

Avec Mundial Montréal, son petit frère world qui se déroule en simultané dans la métropole québécoise, M était autrefois destiné à favoriser les rencontres entre l’industrie musicale locale et internationale (programmateurs, tourneurs, labels, agents...), pour mieux faire connaître les nouveaux sons du Canada. Tout en conservant cette vocation, l’événement a au cours des dernières années, revu sa formule et étoffé sa programmation pour intéresser aussi… le public. À sa sélection officielle, regroupée en blocs durant lesquels les groupes se succèdent chaque demi-heure, il a ajouté des concerts plus complets ailleurs (sous la bannière "M Fest"), pour mieux sustenter les spectateurs. Tour d’horizon éclectique des meilleures surprises francos et anglos cette année.
 
Sélection Franco-M : Un après-midi musical en français
 

Même si certains déplorent que le noyau francophone de la programmation de M se déroule toujours en plein jour, le lendemain de concerts qui finissent très tard, plusieurs festivaliers se sont néanmoins pointés au Café Campus pour l’annuel Franco-M. D’abord semi-endormis, ils ont pu, café à la main, entendre six propositions visant à représenter des tendances de l’heure en musique francophone du Québec.
 

En ouverture, le sympathique électro-pop eighties du trio Le Couleura brillé (comme la combinaison dorée de sa chanteuse), suivi des chansons intimistes plus sérieuses de Jimmy Hunt, qui a récemment lancé un joli second album, Maladie d’amour. Ensuite, agréable choc avec Ponctuation, une efficace paire garage qui a très bien tenu sa promesse : offrir "25 minutes de rock bien tassées". Ont suivi les douces balades pop de Jason Bajada, un artiste anglophone qui défendait les morceaux de son premier opus en français, puis celles de Forêt, ensemble plus aérien porté par la belle voix d’Émilie Laforest.
 
Mais la palme du "super café", revient sans contredit à Dead Obies, énergique troupe ayant récemment fait paraître l’album Montréal $ud, qui cause en ce moment un choc sur la scène hip hop québécoise. Revendiquant une expression qui marie le français et l’anglais, et témoignant d’une grande originalité avec ses beats d’avant-garde, le groupe a bien secoué la salle avec son interprétation bien sentie et ses chorégraphies… qui en ont laissé plus d’un, stupéfaits. Dur à croire qu’il n’était que 17 heures.
 
Nouvelles tendances
 

Parmi les fêtes plus informelles, l’une des plus réussies à laquelle nous avons assisté est celle d’A Tribe Called Red, réchauffée par le DJ montréalais Tommy Kruise. Devant un jeune public (dont certains arboraient des plumes ou des maquillages tribaux), le trio de DJs originaire d’Ottawa a mené d’une main de maître son "electropow wow" : un mariage hors norme de chants et percussions amérindiennes avec de la house, de l'EDM, du dub step et bien plus encore. Cette relecture moderne de la tradition n’est pas sans faire penser à Yamantaka/Sonic Titan, un autre groupe vu la veille qui –dans une veine très différente tout de même – proposait aussi un mélange inhabituel et expérimental témoignant de l’héritage des Premières Nations. Une sorte de cocktail de rock-opéra-industriel-punk qui rend impossible toute comparaison.

 
Le lendemain avait lieu un second événement couru, qui cette fois, faisait la belle part à des artistes féminines. D’abord Foxtrott, original projet dance-pop d’une chanteuse et productrice musicale, accompagnée sur scène d’une joueuse de cor français. Un nom à surveiller, car son maxi Shields s’est récemment mérité le prix "EP de l’année" au Gala de l’alternative musicale indépendante (GAMIQ).
 
Puis le duo de chanteuses hip hop/r’n’b Heart Streetsest monté sur les planches : leur performance en est encore au stade embryonnaire, mais, comme le Québec compte bien peu de rappeuses, leur spectacle était bienvenu, juste avant l’apparition attendue du populaire groupe Random Recipe, fort d’un deuxième album, Off The Hook, sorti cet automne.
 

Dans la catégorie "découvertes miscellanées" de M pour Montréal 2013, on s’en voudrait de passer sous silence la formation "surf-gaze" de Toronto, Odonis Odonis (un coup de fouet salvateur, juste après la pop sirupeuse de TOPS), le superbe apéro folk offert par Mark Bérubé, et les chansons anglophones bien ficelées des Montréalais Secret Sun, des nouveaux venus qui dévoileront un premier disque en 2014.