Stromae, électrochoc en Amérique !

Stromae, électrochoc en Amérique !
Stromae en concert à New York, 2014 © E. Maillot

Stromae était déjà sur la plupart des scènes européennes cet été, il vient aussi de conquérir l’Amérique ! Après Montréal, c’est à New York que le chanteur belge de 29 ans a joué à guichets fermés ce week-end. Après avoir eu droit à un portrait dans le New York Times cet automne, un clin d’œil d’Obama, et la couverture du célèbre city magazine Time Out, il a conquis avec malice et brio les 2100 spectateurs du Best Buy Theater de New York.

Stromé, Stromaï, Strome, Strom-y ? Les Américains ne savent pas encore trop comment dire son nom (maestro en verlan, à prononcer "stromaille" en français !), mais ils ont déjà bougé sur Alors on Danse, remixé par la star Kanye West.

Surtout ils ont décortiqué ses paroles avant de venir en masse l’accueillir pour son premier concert aux États-Unis, complet des semaines avant ce coup d’essai et coup de maître du maestro en terre américaine. "C’est tellement rare de voir des artistes francophones que j’ai acheté mes places depuis janvier, même si je ne suis pas fan de dance music, je l’adore !" se réjouit Gabriella, venue faire la queue dès le début d’après-midi pour avoir une place devant, tandis que les billets se vendaient plusieurs centaines de dollars au marché noir.

Comme beaucoup de jeunes Américains venus applaudir Stromae vendredi à New York, elle l’a découvert sur internet et a tout de suite "craqué pour l’artiste et ses textes"  qu’elle a traduits en cours de français.

Bien avant sa première prestation à la télé américaine dans le Late Night de Seth Mayers, Stromae avait donc déjà conquis toute une jeunesse américaine connectée à ses "lessons" qu’il publie sur internet, alors que le clip Papaoutai totalise déjà plus de 4 millions de vues sur Youtube.

Même si la jeunesse l’a découvert sur la toile, les médias classiques américains ont aussi succombé à son charme. Des mois avant d’arriver à New York, il avait déjà eu les honneurs d’un portrait dans le fameux quotidien New York Times qui titrait "Désillusion avec un beat dance", et qui expliquait que Stromae est l’un "des rares musiciens contemporains qui arrive à évoquer directement la morosité ambiante de l’Europe, avec un éclectisme qui lui vaut des critiques élogieuses."
Plus festif, quelques mois plus tard, c’est le magazine culturel Time Out qui consacrait sa couverture placardée dans les rues de New York, à Stromae, dont le visage mi-homme mi-femme a marqué les New Yorkais, habitués aux frasques transgenres de Lady Gaga.

Mais c’est surtout son regard affuté sur un monde en mutation et son identité riche et complexe (il a une mère flamande et un père Rwandais, disparu pendant le génocide) qui a séduit les Américains, sensibles au défi de Stromae de chanter en français chez eux.
"Le plus important reste l’émotion plus que la langue, et chaque culture doit garder son langage pour apporter une autre vision du monde" a expliqué Stromae sur la radio publique nationale NPR. Comme Booba ou MC Solaar dans les années 90, Stromae n’a donc pas eu besoin de passer par l’anglais pour diffuser un message.

"Tout le monde peut voir un peu de lui-même dans ses chansons. Il a une double culture, à la fois africaine et européenne, ce qui est le cas de beaucoup d’Américains comme moi, qui suis mi-japonaise mi-américaine, donc son ouverture d’esprit nous touche" explique Anna, jeune fan américaine de 20 ans qui a elle aussi succombé à la stromaemania.

C’est donc devant un public ultra conquis et hétéroclite (jeunes lycéens, babyboomers curieux, mères de famille, ados en bandes, quelques Français et autres francophiles) que Stromae est arrivé sur la scène du Best Buy Theater avec son éternel look nœud-pap’, bermuda et chaussettes au-dessous du genou.

La foule survoltée avait appris ses morceaux, et a tout de suite repris son dernier single Ta Fête, qui a ouvert un concert bien orchestré, mais sincère, pendant lequel Stromae a mêlé français, anglais, et même espagnol pour s’adresser à son nouveau public, en accompagnant ses textes de chorégraphies graciles et originales.

Avec quatre musiciens sur scène, Paul Van Haver alias Stromae a joué ses classiques comme  Alors On Danse, Racine Carrée, Batard, Formidable, Papaoutai, ou son hommage à Cesaria Evora Ave Cesaria, qu’il a d’abord chanté comme la diva cap-verdienne, assis a une table, avec une bouteille de rhum, avant de se lever et de faire chanter et applaudir les New Yorkais.

Il a conclu un show de presque deux heures avec Tous les mêmes et un final a capella, qui a emballé un public largement près à chanter en Français.

"Depuis quelques années, les artistes français connaissent un réel succès, notamment grâce à Phoenix, David Guetta, ou Daft Punk qui a reçu 5 Grammys en 2014. Stromae pourrait être la prochaine découverte francophone grâce à son originalité et à son ingénuité" promet Michèle Amar, à la tête du Bureau Export de la musique produite en France aux États-Unis.

Mais en Amérique, Stromae est surtout perçu comme le (beau) visage et la silhouette gracile d’une autre Europe "de plus en plus hétérogène, consciente et inquiète de son avenir", comme l’explique le New York Times dans un deuxième article très élogieux pour ce chanteur "charmant et doué d’un style immanquable" après le concert de New York. Stromae sera de retour aux États-Unis cet automne, ses concerts sont déjà sold out. 

Site officiel de Stromae
Page Facebook de Stromae