Tadoussac, le temps d'une chanson

Tadoussac, le temps d'une chanson
Joey Robin Haché au festival Tadoussac 2015 © B. Brun

Au début du mois de juin, l'embouchure du Saint-Laurent est le refuge de l'un des secrets les mieux gardés de la chanson francophone, le festival de la chanson de Tadoussac. Pour sa 32e édition, l'enthousiasmant rendez-vous québécois recevait la tournée d'adieux à la scène de Juliette Gréco, l'un des chouchous de la pop locale en français, Louis-Jean Cormier, et toute une flopée d'artistes qui assureront peut-être "la relève", dont Joey Robin Haché.

Il faut, pour arriver à Tadoussac, prendre les longues lignes droites, longer le fleuve Saint-Laurent et puis passer une rivière. C'est dans ce bout du monde, vivant essentiellement du tourisme autour des baleines, que se tient l'un des festivals les plus singuliers de la chanson francophone, un secret bien gardé qui revendique cette année 25.000 places écoulées.

Né au mois d'août 1984, autour "d'un spectacle improvisé" dans un café, Tadoussac est devenu en trois décennies un rendez-vous important pour les amateurs de chanson francophone. Le "plus grand des petits festivals" de sa province, comme il se présente, accueille chaque année la fine fleur des chansonniers de cette partie du Nouveau Monde, mais aussi de l'ancien.
 

C'est donc dans ce village de 850 habitants que Juliette Gréco a choisi de commencer sa tournée d'adieux au Québec, Merci, quatre dates qui sont comme une dernière déclaration d'amour à son public. Vendredi dernier dans l'église surchauffée du village, Gréco a eu un coup de chaud et elle a dû écourter son spectacle, s'éclipsant après treize chansons sur Je suis un soir d'été.

 
Pour qui voue un respect infini à l'autre dame en noir de la chanson française, cette soirée aura laissé un sentiment de malaise. Non qu'elle n'ait pas été là – son charisme, sa volonté de fer sont toujours étourdissants – mais l'immense interprète, qui a su attirer à elle tout ce que la France compte de belles lettres depuis le Saint-Germain-des-Prés existentialiste doit composer avec ses 88 ans.
 
Ce que l'on veut retenir de cette présence, ce sont les quelques bribes de magie encore arrachées à la course des années : une Javanaise à la sensualité à couper le souffle, Jolie môme attaquée bille en tête, après une première sortie de scène, Avec le temps à vous filer la chair de poule.
 
En coulisse, la venue de Gréco dans ce coin de paradis tenait a priori de l'inespéré. "J'ai été contactée par son tourneur international, qui avait entendu parler du festival, et je lui ai dit : 'Non, non, on ne peut pas ! On n'est pas organisé pour…' Tout de suite, il m'a appelé et il m'a dit : 'On veut ! Alors, on va faire des compromis.' Et c'est ce qui s'est passé ", raconte Catherine Marck, la directrice de programmation. Compositeur de Brel, accompagnateur et compagnon de Gréco, le pianiste Gérard Jouannest rappelait avoir intégré "la boutique" au Québec, à Montréal, en février 1968.
 

Dans une tout autre boutique, la boutique conviviale de Tadoussac, qui réunit dans les artères du village les gens de 7… à plus de 77 ans, et couvre un spectre d'ambiance de la soirée rock au pub du coin au spectacle de chanson en pleine nature, il y aura aussi eu plein de jolies de choses.

 
Dimoné, en solo et au milieu d'un spectacle sur Boby Lapointe, Boby Lapointe repiqué, la jeune garde de la chanson francophone nord-américaine (lire ci-dessous), un duo électro pop de filles, Milk & Bone, et surtout, le concert de Louis-Jean Cormier, samedi soir. Quasi inconnu en France, le chanteur du groupe de rock Karkwa est une véritable star dans la Belle Province, d'autant plus depuis qu'il a été juré de La Voix, déclinaison à très grand succès d'audience du télé-crochet The Voice. La rencontre avec son spectacle, confluent du rock planant et de textes en français, est d'une intensité rare, un peu à la hauteur d'une découverte avec Tadoussac sous le soleil du mois de juin… exactement. 
 
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Joey Robin Haché, un visage de la "relève"
 
De ce côté de l'Atlantique, on appelle les chanteurs qui seront demain en haut de l'affiche "la relève". A l'image des festivals qui ont poussé à l'extérieur des grands centres du Québec -la capitale provinciale, Québec, et la métropole culturelle, Montréal- , Tadoussac fait une large place à ces artistes en devenir. Chaque année, un atelier d'écriture permet ainsi à de jeunes pousses de se retrouver autour d'un spectacle commun, Les chemins d'écritures, et sorti de ces chemins, on retrouve aussi plusieurs talents à suivre.
 
Venu d'un village d'Acadie, Nigadoo, Joey Robin Haché est de ces enfants de 'Tadou', qui viennent rarement des circuits branchés de Montréal et utilisent souvent la guitare acoustique pour s'accompagner. Passé l'an dernier par les Chemins d'écritures, ce garçon de 26 ans est revenu trois jours durant pour faire connaître ses chansons folks.
 
Un concert dans un bar archicomble le premier soir, deux autres en milieu d'après-midi, une présentation pour les professionnels, des rencontres en suivant pour lui et sa manageuse, Joey Robin Haché aura certes eu le temps de compléter sa collection de vinyles au disquaire du festival, mais pas que…
 
Que dit-il de sa trajectoire ? "C'est déjà un long un parcours. Il faut savoir que chez nous, en Acadie, il y a le bilinguisme. L'anglais est majoritaire et très implanté, même chez les francophones. D'abord, je chantais du punk en anglais. Ensuite, à 17 ans, j'ai commencé à écrire en français et puis, à l'université, j'ai découvert la poésie québécoise, la poésie acadienne. De là m'est venu le goût de l'écriture… Et puis, j'ai progressivement recalibré ma carrière pour être auteur-compositeur-interprète." 

Page facebook de Joey Robin Haché
Site officiel du Festival de Tadoussac
Page Facebook de Louis-Jean Cormier