Francofolies de Montréal 2015

Francofolies de Montréal 2015
Marie-Jo Thério sur scène © D.Viau/francos de Montréal

Lancées jeudi 11 juin, les Francofolies de Montréal ont organisé le week-end dernier de mémorables festivités, en particulier sur les grandes scènes extérieures. Retour sur les premiers jours de l’événement et sur une prestation inoubliable de Marie-Jo Thério.

Ils étaient fort nombreux, les festivaliers à s’être rendus rue Sainte-Catherine pour assister au concert d’ouverture des 27e Francofolies de Montréal, une soirée mêlant la musique world, l’électro et la pop. L’événement gratuit avait beau commencer à 18h, soit un peu trop tôt pour la plupart des travailleurs, il y avait déjà une belle foule devant l’énergique Pierre Kwenders, qui ouvrait le bal avec sa musique très moderne, s’inspirant de la rumba congolaise. Le ton était donné : ces Francos se dérouleraient sous le signe de la fête et de la danse.  

Suivant celle de Kwenders, la performance du Français Pierpoljak a cependant fait plus pâle figure. Disons que son reggae vieillot était acceptable en cette chaude fin de journée, mais constituait surtout un moment de transition, où les fans de l’artiste d’origine congolaise quittaient les lieux, et ceux d’Alfa Rococo arrivaient. Oui, la soirée était très hétérogène et l’ordre des groupes pouvait paraître illogique. Mais le duo électro-pop montréalais a réussi à séduire les masses (un public familial) avant l’entrée en scène de Radio Radio, qui a offert une performance plus fédératrice, hélas affectée par de graves problèmes de son.

 
Le lendemain, après le début de l’excellent concert extérieur de Samito, chanteur et compositeur montréalais originaire du Mozambique, la pluie déjà intense s’est faite absolument violente. Mais cela n’a pas empêché le rappeur Koriass d’animer avec maîtrise un second grand concert extérieur, en compagnie d’invités de marque comme Karim Ouellet, Misteur Valaire et Loud Lary Ajust. De passage pendant ce déluge, nous avons été témoins d’un beau moment avec la chanteuse Safia Nolin (dont on risque d’entendre beaucoup parler cette année), puis sommes partis vers un lieu moins inondé : le Métropolis, où Dumas enchaînait ses hits pop-rock pour clore la soirée.
 

Samedi, une foule très dense était sur place pour voir le groupe Canailles (qui s’apprête à débarquer en France pour une tournée d’un peu plus d’un mois) ainsi que pour le troisième grand concert extérieur : Alex Nevsky et invités. Nous nous sommes aussi faufilés jusqu’à la soirée de la famille ChédidLouis, Matthieu, Joseph et Anna réunis à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts – pour passer un moment spécial, avant d’attraper la fin du spectacle de Youssoupha au Métropolis. Une soirée qui s’est terminée en grande puissance avec le duo Eman x Vlooper, qui ont par moments été rejoints sur scène par leur acolyte de la formation A la clair ensemble KenLo et par Ariane Moffatt. Probablement l’une des soirées les plus animées auxquelles nous avons eu la chance d’assister aux Francos ces dernières années.


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Les Trois petits tours d’été de Marie-Jo Thério
 
Vendredi dernier au Gesù, l’inimitable pianiste et chanteuse Marie-Jo Thério a ravi ses fans avec un concert unique très participatif laissant une grande place à l’improvisation. Sur scène avec deux complices, le violoniste Josh Zubot et l’as de la guitare Joe Grass, elle paraissait heureuse de renouer avec son public conquis, il y a quinze ans déjà, avec l’album La Maline, qu’elle n’a pas hésité à revisiter. Les festivaliers ont d’ailleurs beaucoup interagi tout au long du spectacle : ils s’exclamaient quand ils reconnaissaient une chanson, complétaient les couplets quand Marie-Jo s’interrompait, espiègle… On avait l’impression d’être dans une fête accueillante où chacun des musiciens s’amusait réellement.
 
L’artiste a pris plusieurs pauses pour discuter avec son auditoire privilégié, se permettant même de petits intermèdes déjantés (dont l’un avec des Barbie qu’elle faisait discuter entre elles). Mais les vrais moments de grâce sont survenus lorsque ses invités spéciaux sont montés sur scène. Seule avec Arthur H, assis à ses côtés au piano, elle a interprété Les matins habitables, en hommage au poète acadien Gérald Leblanc qui en a écrit les paroles. Un peu plus tard, c’est Zachary Richard qui est venu rejoindre Marie-Jo et ses deux musiciens, le temps d’offrir une superbe et émouvante version d’Arbre à fruits.
 
RFI Musique : Que représente pour vous l’improvisation, qui joue un rôle important dans votre concert aux Francos cette année?
Marie-Jo Thério : C’est un espace où le risque existe. C’est là que ma nature et celle des musiciens qui m'accompagnent aux Francos s’expriment le mieux. Paradoxalement, c’est sur le fil de fer "improvisatoire" et dans des conditions d’équilibre précaire (espace vivant) que la concentration et l’écoute doivent être vraiment rigoureuses. Trois petits tours d’été est dans le même esprit que mon spectacle précédent (Trois petits tours d’automne), ne pas refaire le même spectacle chaque fois, laisser les chansons, accepter les transformations que le lieu, l’espace-temps et, bien sûr, la saison nouvelle proposent.
 
Qu’est-ce qui unit votre musique à celles de vos invités Zachary Richard et Arthur H?
Zachary Richard possède dans sa voix la «grande mémoire de l’Acadie». Nostalgie, douceur, fracas aussi.Cette voix résonne en moi. Arthur H est un formidable magicien-oiseau-rare sur scène comme dans la vie : un artiste inspiré et tellement inspirant.
 
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Je prépare l’aboutissement sur scène de Chasing Lydie, un voyage dans le temps et la mémoire qui a mené à un album double en 2011. Le spectacle On a tous une Lydia Lee s’inspirera de cette aventure.
 
Les Francofolies de Montréal se poursuivent jusqu’au 20 juin, dans le Quartier des spectacles de Montréal.
 
Site officiel des Francofolies de Montréal
Site officiel de Marie-Jo Thério

A écouter : La Bande Passante (15/06/2015)