Printemps de Bourges, voix féminines

Printemps de Bourges, voix féminines
Jeanne Cherhal, Printemps de Bourges 2016 © V. Passelègue/RFI

Toujours aussi éclectique dans sa programmation, le Printemps de Bourges a bouclé sa quarantième édition avec quelques 430 concerts donnés à travers la ville, à l'intérieur comme à l'extérieur. Tous les genres musicaux sont représentés ou presque. Le genre féminin est quant à lui, sous représenté mais c’est en chanson, que des artistes comme Jeanne Cherhal montrent tous leurs talents.

Elles ne sont pas si nombreuses, les artistes féminines, dans la programmation des festivals et en particulier celle du Printemps de Bourges ! Samedi 16 avril avait lieu la fameuse soirée Rock'n'beat party marquant la presque fin du festival et transformant comme à chaque fois, le chapiteau du W et le Palais d'Auron en immense dancefloor bondé, où DJs et groupes rivalisaient pour produire le plus gros son, puissant et dance du moment.

Il y avait bien La Femme qui aurait pu faire illusion sur la diversité de la programmation mais en réalité le groupe, qui faisait partie des attractions de ce samedi, n'était que peu représentatif ! Direction donc l'Auditorium où dans une atmosphère plus intimiste se produisaient la chanteuse britannique Ala.Ni, Emily Loizeau et Raphaële Lannadère, soit un rassemblement d'artistes singulières, aux univers bien différents mais dotées d'une arme de séduction imparable, leur voix.

Ala.Ni entourée d'un guitariste et d'une harpiste, a déroulé son répertoire avec une grâce toute féline où son corps tout entier se faisait l’accompagnateur zélé d’une voix ample et maîtrisée. Des mélopées jazz, des ritournelles folk jusqu’à ses envolées soul, la jeune femme a conquis le public en un rien de temps, grâce aussi à une spontanéité bienvenue et rafraichissante.

La spontanéité justement, manque toujours un peu à celle qui a suivi. Emily Loizeau, artiste "abonnée" au Printemps présentait les chansons de son nouvel album Mona qui va bientôt sortir. La conteuse d'histoire, entourée de cinq musiciens dont une joueuse de basson et un violoncelliste, donnait à entendre une pop folk bien ficelée passant de l'anglais au français avec naturel et s'octroyant au passage des interludes rap très réussis dans la langue de Shakespeare.

La troisième à se présenter devant le public était Raphaële Lannadère, auteure il y a quelque semaine d'un deuxième album intitulé L. Une voix cristalline et une gestuelle lente et planante sont les instruments de l'expression de cette chanteuse à la silhouette filiforme habillée à cette occasion de noir et blanc. Construisant un univers poétique où même une chanson dite écolo contre les phtalates (produit chimique utilisé dans le plastique) à des allures d’ode à la nature, Raphaële semble vouloir poursuivre son chemin artistique avec finesse, grâce et légèreté.


Jeanne Cherhal décomplexée
 
Dans la foulée de ces sets féminins, direction le Palais Jacques-Cœur, formidable manoir du XVe siècle, de style gothique tardif, dans lequel le Printemps a installé dans la cour intérieure, un chapiteau transparent pour accueillir des concerts intimistes.
 
Ce samedi, malgré une météo très pluvieuse, l'heure était à la fraîcheur ! Jeanne Cherhal alors qu'elle est en pleine tournée solo, venait faire étape à Bourges pour le plus grand plaisir des spectateurs du lieu. Des chansons piochées dans son répertoire ancien ou récent furent mises en lumière avec maestria.
 
Si l'ombre de Véronique Sanson planait indubitablement sur la salle, c'etait sans doute grâce au piano, au jeu de la chanteuse avec l'instrument et même à sa façon de faire corps avec lui. Un véritable duo s’installait sur des titres comme J'ai faim ou Noxolo donnant un peu plus de profondeur au propos.

Mais Jeanne Cherhal manie aussi humour et autodérision car pour elle, tout est bon pour écrire des chansons même d'improbables histoires de station d'épuration, révélant par la même des talents de chansonnière ! Deux changements de costumes, des chaussures à paillettes et quelques pas de danse rappelant La fièvre du samedi soir venaient dire son envie de faire le show. Et en effet, elle assura le show …



Trois questions à Jeanne Cherhal

RFI Musique : Vous êtes un peu chez vous au festival du Printemps de Bourges ….
Jeanne Cherhal : J'ai débuté ici en 2001. Je faisais partie des découvertes (devenu par la suite, les Inouïs, ndlr). Je venais de Nantes et j'ai eu la chance de revenir à chaque album. Donc, c'est mon 6e Printemps de Bourges ! En tant qu'artiste invitée, le moment le plus marquant fut le concert que nous avons fait avec les Françoise. Ce fut très important pour moi de faire ce projet collectif, 100% féminin, artistiquement très excitant. J’ai d’ailleurs invité mes copines des Françoises* sur mon dernier album. Nous ne sous sommes pas retrouvées sur la scène depuis ce concert qui a eu lieu il y a 6 ans. C’est compliqué de nous réunir mais j’ai l’impression que nous sommes toujours un peu liées par cette identité artistique particulière.

 
Vous avez mené de nombreuses collaborations alors que vous faites une carrière solo. Est-ce un besoin que de vous confronter à d’autres créateurs ?
Oui, car c’est complémentaire. Je me sens hyper libre mais je trouve que dans un parcours solitaire où on écrit son propre répertoire, on le compose, on le chante, cela fait beaucoup de bien de se confronter à d’autres artistes, de se frotter à d’autres façons de faire…et puis parfois, cela fait du bien au moral, tout simplement de ne pas être toujours seule, seule, seule sur scène. J’aime bien faire des collaborations, faire des reprises, etc.

Le piano est votre instrument de prédilection….quel rôle joue t’il réellement ?
J’entretiens un rapport fusionnel avec cet instrument car c’est celui avec lequel je compose. C’est parfois une fusion dans le combat et souvent dans l’osmose… c’est un instrument qui nous englobe et avec lequel j’ai parfois l’impression de lutter. C’est un partenaire, un partenaire de jeu. Et sur cette tournée solo, je m’éclate avec mon piano. Du coup, cela me rend très exigeante avec les instruments que j’utilise, car forcément je ne trimbale pas mon piano de date en date, de ville en ville. Quand on est pianiste, on est vraiment tributaire du piano qu’on va trouver dans les salles. Parfois, ce n’est pas le piano idéal mais il faut faire avec ! il faut réussir à sortir de lui ce qu’il de mieux !
 
* avec La Grande Sophie, Camille, Emily Loizeau, Olivia Ruiz et Rosemary Standley de Moriarty

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Jeanne Cherhal

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