Olympia, une visite à l'exposition

Olympia, une visite à l'exposition
L'Olympia en 2003 © J.-P.Muller / AFP

L'exposition Olympia, hier, aujourd'hui, demain, se tient jusqu'au 15 juin dans la mythique salle parisienne. Visite guidée à travers une petite rétrospective qui balaie soixante ans de music-hall au 28, boulevard des Capucines.

Dans le grand hall où les spectateurs entrent d'habitude, des panneaux amovibles sont installés. C'est ici que débute l'exposition Olympia, hier, aujourd'hui, demain, qui se déroule en journée dans la mythique salle de spectacle située dans le IXe arrondissement, à deux pas de l'Opéra de Paris. Du mercredi jusqu'au dimanche, les visiteurs peuvent découvrir l'histoire du célèbre music-hall.

Le visiteur fait connaissance avec les lieux grâce à un bref résumé historique. Construit à l'initiative de Joseph Oller en lieu et place d'un parc forain, l'Olympia est inauguré le 12 avril 1893. Réquisitionné pendant la guerre de 14-18, il aura eu durant un demi-siècle plusieurs fonctions : café-concert, salle de spectacles de variétés, et "cinéma de 1900 places". C'est son rachat en 1952 par un agent de spectacle, Bruno Coquatrix, qui va le transformer en temple du music-hall.
 
Coquatrix, "l'homme le plus endetté de la capitale !"
 
Coquatrix, dont le nom est aujourd'hui associé à l'endroit, a logiquement une bonne place en ce début de parcours. On peut lire son témoignage sur les débuts aventureux de son Olympia, qui ouvrira ses portes au spectacle populaire à partir du 5 février 1954. "Je décidai, dit-il, de jouer toutes mes économies sur une seule chance, une idée qui me poursuivait depuis longtemps : fonder un music-hall. J'ai donc échangé tout ce qu'il me restait contre un bail de location. Mais il ne fallait pas moins de dix millions (de francs) pour faire mon spectacle et, comme je n'avais pas le premier sou, je signais des traites, des billets à ordre, des reconnaissances de dettes... J'étais devenu, en quelques mois à peine, l'homme le plus endetté de la capitale !"
 
Puis, après cette présentation, ce sont les artistes qui sont le fil rouge de cette rétrospective découpée en trois temps distincts -hier, aujourd'hui, demain-. Louis Armstrong, Ray Charles, Jimi Hendrix, les Rolling Stones, Johnny Hallyday et tous les yéyés, ou bien sûr les Beatles… Les Quatre garçons dans le vent, qui se produiront du 16 janvier au 4 février 1964, connaîtront des débuts somme toute, assez timides en France. Le magazine et l'émission de radio Salut les Copains (SLC) suivent de près le déplacement, François Jouffa, un jeune reporter de la station de radio Europe N°1 aussi, mais ce n'est pas encore la folie provoquée ensuite partout dans le monde.
 
Mémoire vivante des lieux et directeur de l'Olympia jusqu'en 2002, Jean-Michel Boris est le neveu de la famille Coquatrix. Il se souvient : "En 62, 63, j'avais reçu les photos d'un groupe avec une coupe de cheveux particulière, de la part d'un certain Brian Epstein (le manager des Beatles). Un jour, on nous a envoyé l'un de leurs premiers 45 tours, je l'ai fait écouter à Bruno Coquatrix, qui a beaucoup aimé. J'ai donc appelé Brian Epstein. Nous avons été invités à déjeuner à Londres, et on est reparti avec un contrat de trois semaines sous le bras. Quelques mois avant le spectacle, nous n'avions que les Beatles à l'affiche et Bruno Coquatrix était très inquiet. On a donc fait un spectacle d'idoles des jeunes avec Pierre Vassiliu, Sylvie Vartan et Trini Lopez, un chanteur américain dont le tube était If I had a Hammer soit, Si j'avais un marteau, chanté par Claude François." Les Beatles n'étaient pas tout à fait des vedettes, la Beatlesmania débutant à peine aux États-Unis...
 
La petite robe noire de Piaf
 

D'hier à demain, les images et les vedettes défilent. Non loin du bar, il y a la salopette de Coluche accrochée au mur et dans les vitrines, un costume et une guitare de -M- dans sa période rose bonbon, une tenue de Michel Polnareff ou la petite robe noire d'Édith Piaf. "Je trouve que dans ce cadre-là, elle n'a pas été très mise en valeur. Dans mon esprit, cela n'a pas eu le même impact que si je voyais la photo de Piaf en train de la porter", regrette Jean-Michel Boris. L'absence de scénographie plus élaborée ne met en effet pas très en lumière les objets et c'est l'une des limites de cette exposition temporaire.

 
La môme Piaf, Jacques Brel et Gilbert Bécaud, ces fantômes qui habitent le boulevard des Capucines sont bel et bien là, mais on aurait aimé entrer plus en coulisse et en savoir beaucoup plus sur les moments de rupture de l'Olympia. Comme ces années 90 où il fut menacé par un projet immobilier et reconstruit à l'identique, notamment grâce au soutien des artistes et du ministre de la Culture, Jack Lang, qui fit classer in extremis le bâtiment.
 
La principale surprise pour le visiteur sera donc de découvrir la salle de billard datée de 1893, qui fut remontée pièce par pièce lors de la reconstruction de l'Olympia en 1997. Cette pièce où le roi d'Angleterre Édouard VII venait jouer ses parties de billard est des plus chargées en mémoire, à l'image d'une salle qui ne sera jamais tout à fait comme les autres.
                                                                                                                             
Exposition Olympia, hier, aujourd'hui, demain, jusqu'au 15 juin.

Site officiel de l'Olympia