Lou Doillon

Lou Doillon
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On la savait comédienne, mannequin, fille et sœur de (Jane Birkin et Jacques Doillon, Charlotte Gainsbourg). Or, depuis plusieurs années, Lou Doillon menait, tapie dans l’ombre, une double vie d’auteur-compositeur-interprète. Avec la sortie de Places, son tout premier album, elle crée l’une des belles surprises de la rentrée.

Elle cumulait dans ses bagages plus de handicaps que d’atouts pour pouvoir se lancer sereinement dans une carrière musicale. Les mauvaises langues raffolent des cases, et l’hérédité, si jolie soit-elle, n’est pas toujours facile à assumer. Mais parfois, la bonne rencontre suffit à sauter le pas. C’est Etienne Daho, que l’on retrouve aux arrangements et à la réalisation du disque, qui lui a fait franchir celui-là.

Si certains l’attendaient au tournant, Lou Doillon relève le défi haut la main. Vocalement tout d’abord : le timbre est grave, profond, habité, sans fard, assez singulier pour être reconnaissable. Musicalement, ensuite, elle s’inscrit dans cette belle lignée de folk blues-rock épuré dont on ne se lasse pas, on n’a toujours pas trouvé mieux pour creuser les états d’âme.

L’enregistrement de l’album en une dizaine de jours, dans des conditions qui s’apparentent au live, n’en a pas entravé les nuances. On pense à Cat Power, à Feist (Defiant, Make a sound), à Fiona Apple même (Jealousy, Real Smart). Les textes, tous en anglais, sa "langue intime", résonnent comme les jalons d’une vie. Son écriture androgyne se balance sur un fond de storytelling qui nous arriverait tout droit du Greenwich Village des années 60-70, le piano en plus. Avec, ici et là, des guitares aussi entêtantes que la dualité de la nature humaine (Devil or Angel).

Ainsi, de morceau en morceau, ses souvenirs font escale sur des plages du passé. Et lorsqu’elle remonte l’ancre pour mieux en repartir, quand bien même demain ressemblerait à s’y méprendre à hier (One day after another), de chacune de ces Places, on repart avec elle.

 
Lou Doillon Places (Barclay) 2012
En concert à la Flèche d’Or à Paris les 24 et 25 octobre (complet), au Trianon le 25 février 2013