Merlot, grand cru

Merlot, grand cru
Merlot © Yann Orhan

Merlot, l'ancien chanteur du groupe de reggae Baobab, revient avec un nouvel album en solo, Business Classe, sur lequel on retrouve une bonne dose de dérision, un amour de la langue française et un sens du groove en bonne et due forme.

Ceux qui apprécient le reggae français connaissent bien Manu Merlot : chanteur de Baobab, il avait enregistré le dernier album du groupe à Kingston (Jamaïque). "C’était comme un aboutissement, se souvient Merlot, mais du coup, je me suis rendu compte que j’avais envie d’être plus proche de là d’où je venais, de ma banlieue".

Devenu chanteur solo pour laisser libre cours à ses envies de chanson, Manu a donc sorti un premier opus très ethno-centré en 2008, Chansons d’amour et de haine, bricolé à la maison. Merlot : "Il y avait une reprise de Boby Lapointe, c’est un peu passé en radio. Je me suis senti mieux que chez les Jamaïcains, ça m’a libéré. J’ai rencontré des gens qui chantaient français. Ça a un peu marché, ça m’a encouragé à continuer, à décrocher avec le reggae. J’ai rencontré d’autres musiciens. On a tourné trois ans à deux. On a fait 150 concerts en trois ans. On a fait de la musique pour la télé, j’ai rencontré Jamel Debbouze, j’ai écrit des scénarios dont une comédie musicale avec Jamel qui est encore dans les tiroirs, fait des musiques pour la télé et le cinéma. J’ai essayé d’écrire pour d’autre, comme Toma. Je voulais explorer une autre facette".
 
Après ce coup d’essai, Merlot enfonce le clou. Il tourne dans toute la France avec un spectacle pour enfants, Au fond de la classe, pour lequel il compose des morceaux rigolos comme Maitresse, Des frites et du Ketchup et Les crottes de nez. Les enfants en redemandent. Un album rassemblant ses gamineries sort en 2010.
 
Et puis Merlot se met au travail sur son nouvel album. Mais pas tout de suite. "J’ai attendu un peu. Je n’étais pas sûr d’avoir encore envie d’être chanteur, il a fallu que le temps passe pour que l’envie revienne. On avait des chansons accumulées, et j’ai croisé la route du Sacre du Tympan, de Fred Palem, des mecs qui font ce que j’appellerais de la grande musique. Ça m’a vraiment botté. J’ai commencé à écouter des big bands, Duke Ellington. J’ai été très inspiré par les musiques de Walt Disney, un mélange américain incroyable qui pioche partout, très riche, j’ai kiffé West Side Story. J’avais envie de découvrir le côté savant que j’avais complètement ignoré avec le reggae"
 
Nouvel album
 
Business Classe est donc le résultat de toutes ces rencontres, de toutes ces collisions entre un ex-chanteur de reggae et des musiques auxquelles il a envie de se confronter. "J’ai compris que chanter à tout prix, faire des notes, taper la performance, chanter comme un chanteur, ça n’est pas toujours le plus important. J’avais envie de parler, de chanter moins fort, de faire autre chose que chanter reggae. Chanter doucement, ça le fait aussi. J’écoute beaucoup de rap. J’aime bien l’idée de ne plus faire de groove et d’aller vers des musiques de Blancs, explorer cet autre côté de mes influences. Tom Waits, Jacques Dutronc, Leonard Cohen, même Carlos ou Tata Yoyo ! Donc, c’est moins dans la performance, parfois plus intellectuel, basé sur les paroles, sur ma personnalité".
 
Dès le premier titre, le décor est planté : une langue française décomplexée, un œil vers la chanson à texte, l’autre vers la dérision, et un accompagnement musical qui peut faire un clin d’œil au reggae mais s’en est malgré tout radicalement éloigné. C’est le son d’un chanteur entre deux mondes, ni vraiment parisien ni complètement banlieusard.
 
Confirmation dans Les Parisiennes, un titre plein d’amour et de dérision pour ces étranges créatures qui vient de l’autre côté du mur qu’est le boulevard périphérique. "Pour moi, Paris est une ville métisse mais aussi très prétentieuse, très bourgeoise, élitiste, branchouille, avec l’obsession de la nouveauté, de la mode. Cette chanson, elle peut avoir l’air méchant mais elle ne l’est pas vraiment".
 
Business classe raconte l’obsession de l’entreprise qui s’est emparée de la France sarkozyste, et Merlot ne semble pas sûr que le mouvement se soit arrêté avec l’élection de François Hollande. Le premier single extrait de l’album est Hello. Le résultat d’un constat : aujourd’hui, une grande partie des groupes français chante en anglais, alors que les rappeurs et les reggaemen défendent la langue française.
 
Invité de marque dans le clip créatif et rigolo de ce morceau, Jamel Debbouze apporte sa personnalité explosive à un artiste sans case, qui se définit lui-même comme "un mec à l’ancienne. Mes valeurs sont celles du siècle dernier, j’ai du mal avec l’électro. Internet me gonfle. Bref je suis un peu paumé". Mais l’auditeur, lui, s’y retrouve. C’est le principal.
 
Merlot Business Classe (PlayOn/EMI) 2012
En concert les 6 et 13 novembre à la Boule Noire à Paris
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