Cali, toute une vie dans un album

Cali
© P. Swirc

Cali est de retour ! Des premières amours d’un adolescent à l’agonie d’un vieillard, le chanteur catalan a écrit et enregistré un album intense et bouleversant intitulé Vernet-les-Bains. Revue de détail sur RFI Musique.

Ces dernières années, le "Cali-bashing" s’est bien porté chez les journalistes et sur les réseaux sociaux. Le chanteur catalan partage avec Bénabar la situation curieuse d’avoir du succès, un gros public fidèle et des critiques volontiers acerbes, voire franchement agressives. Il est vrai qu’il peut agacer : il apparait d’abord comme un chanteur presque branché, notamment invité au festival des Inrockuptibles puis couronné par le très chic prix Constantin, avant de devenir une valeur sûre des festivals.

Engagé auprès du Parti Socialiste, volontiers militant sur maints sujets de société, il apparait sans doute comme presque trop "normal" et trop limpide : au quatrième album, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur, en 2010, c’est le divorce. Les programmateurs boudent, beaucoup de critiques grimacent… mais les salles sont pleines, la tournée est intense, Cali confirme être un des plus grandes artistes de scène en Europe.  

 
Premières fois
 
À quarante-quatre ans, Cali a fait le voyage vers son village natal, qui a donné le titre de son nouvel album, Vernet-les-Bains. Un retour aux sources ? Évidemment. C’est à Vernet qu’il a connu toutes les premières fois, en amour, en amitié ou dans sa vie d’homme. Et cela impose sans doute une sobriété de la forme, tant le propos est sincère. Des chansons piano-voix, des orchestrations folk, des mélodies sans grandiloquence pour une exploration des rêves d’amour déçus, des échecs fatals, des défaites intimes…
 

L’album s’ouvre par une chanson de rupture, Ce soir je te laisse partir, mais avec sans doute moins de volonté d’en découdre que dans toutes les autres productions du même genre de Cali. Dans Mon ami, il chante, à propos d’une fille amoureuse : "Il se peut qu’elle soit sincère". Dans Je rêve de voir l’été, il chante les dernières paroles d’un agonisant à l’hôpital. Peu de joies, donc, peu de plaisirs et de félicités. Dans Une femme se repose, il raconte ce que vit une personne âgée quand "Elle a perdu tout et tout le monde".

 
Mais, pour clore son disque avec Happy End, Cali a invité Miossec, Dominique A, Bénabar, Rachida Brakni, Mathias Malzieu de Dionysos, Diastème et sa fille Coco, qui tous l’enguirlandent pour ne pas savoir écrire une chanson qui finit bien. Joli pirouette qui jette un peu de rose sur un album d’une profondeur et d’une vérité bouleversantes.
 
Car, pour une fois, Cali ne force pas le trait. Jamais son écriture n’a été aussi sobre, juste et précise. Son album est à la fois personnel et universel en abordant tous les regrets, remords et mélancolies d’une vie. Il se pourrait bien qu’il soit le plus uniment émouvant que l’on ait entendu en France depuis belle lurette.
 
Cali Vernet-les-Bains (Wagram) 2012
En tournée française et en concert au Casino de Paris le 25 février 2012