Benoît Carré, l’après-Lilicub

Benoit Carré
© B. Pétré

Voilà quelques années qu’il œuvrait dans l’ombre. Après cinq albums avec Lilicub (dont un sorti exclusivement au Japon), et plusieurs collaborations aux disques des autres, Benoît Carré sort Célibatorium, son premier album solo.

On était sans nouvelles de lui depuis Lilicub, soit 14 ans (de 1995 à 2009) d’une "belle expérience, avec des hauts et des bas" marquée par un tube qui restera comme une madeleine dans la mémoire collective de toute une génération : Voyage en Italie, perle pop de 1996.

Après avoir co-écrit pour les autres (Take care avec Imany, L’Enfer et le Paradis avec Françoise Hardy, pour leurs derniers albums respectifs), Benoît Carré a eu envie de "passer à quelque chose de plus personnel", et s’est décidé à enregistrer Célibatorium, sous l’impulsion de Jean-Christophe Urbain des Innocents.
 
Pour une première virée discographique en solitaire, le titre est si bien trouvé qu’on n’aurait jamais cru que l’endroit existe vraiment : "C’est le lieu où j’ai enregistré l’album. Dans la résidence d’une ancienne usine nucléaire, à Pont-sur-Sambre, dans le Nord, au bord d’une forêt."
 
Dans ce Célibatorium local, Benoît Carré a utilisé les chambres "à lits une place" comme cabines, le grand espace comme studio d’enregistrement. Dans son Célibatorium discographique, c’est son propre parcours qu’il semble nous faire visiter pièce par pièce.
 
Arrêts sur images
 
Les premières notes de Piano mécanique ouvrent l’album comme le ferait un morceau de Calexico, mais très vite, la chanson pop reprend ses droits. Il y a là un peu de Souchon, de Gainsbourg, un clin d’œil à Dutronc (J’ai peur des filles et son énumération rappellent J’aime les filles, en "mode introverti ") : "C’est toute ma culture. C’est eux qui m’ont fait grandir, qui m’ont donné envie d’écrire des chansons."
 
Il y a aussi les souvenirs d’enfance, partagés dans un très joli duo avec sa sœur, la comédienne Isabelle Carré (En commun) : "Quand on était petits on était très proches. On a juste un an d’écart, et on faisait plein de trucs ensemble : des cours de danse africaine, d’expression corporelle, du théâtre…"
 
Puis au-delà du lien familial, un lien très fort au cinéma, "au pouvoir de la musique qui décuple l’image quand elle est appropriée", qui traverse les arrangements, mais aussi les textes (Autographe, Le figurant). Ces derniers deviennent alors l’occasion d’un questionnement sur le rapport au succès, "cette valeur qui est aujourd’hui la valeur absolue". On le retrouve sous forme humoristique dans Pete Best, une chanson sur le premier batteur des Beatles devenu boulanger après s’être fait "virer par le plus grand groupe du monde, le cauchemar du musicien", et pour laquelle le chanteur, qui en concert joue de la basse, de la guitare ou du clavier, s’est mis à la batterie : "il fallait un mauvais batteur donc je me suis présenté !"
 
Si les sujets sont parfois sérieux, ils sont souvent traités avec légèreté : l’échec de la psychanalyse dans A quoi ça m’a servi ?, écrit pour Enzo Enzo mais réinterprété par son auteur dans son intention initiale, la volonté qu’on a parfois de revenir en arrière dans Undo, le titre le plus aérien, et le seul en anglais : "C’est défaire ce qu’on vient de faire. Sur les ordis on a la capacité de le faire. Si on pouvait le faire dans la vie peut-être qu’on le ferait trop, mais parfois ça pourrait nous aider."
 
Pas question pour autant de tirer un trait sur le passé. Si vous allez écouter Benoît Carré en concert, vous aurez la chance de réentendre Voyage en Italie : "Je préfère privilégier le plaisir, cette chanson ne m’appartient plus, elle appartient à tous ceux qui l’aiment, je suis juste le medium par lequel ça passe. J’ai trop été à des concerts de gens qui voulaient se démarquer de leur passé, qui avaient fait un tube, qui ne le jouaient pas." Et comme les chansons de Célibatorium nous charment autant que Voyage en Italie en son temps, il n’y a vraiment pas de quoi s’en priver.
 
Benoît Carré Célibatorium (Music of Music/Remark/Warner Music) 2013
En concert le 29 mai aux Trois Baudets à Paris
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