Juliette, une dame nature

Juliette, une dame nature
Juliette © Barbara d'Alessandri

La chanteuse revient avec un album qui porte son nom, Nour (lumière), et la montre résolument nature. Qu’elle détourne les histoires de prince charmant ou évoque le destin des femmes battues, Juliette se montre toujours aussi vivante. Une chanteuse et une figure comme on les aime.

Elle avoue ne plus compter les albums et dit que celui-ci, qui porte une partie de son nom, est l’un de ses "prefs’", comprenez de ses préférés. Juliette ne tourne pas autour des mots, ni des choses et si elle utilise des images, ce n’est que pour évoquer sous prétexte de robe noire, le sort des femmes battues ou dans un autre registre, le droit à mourir dignement. "La chanson Nour n’est en effet qu’une justification de sa fin, explique-t-elle. Je ne trouve pas normal qu’aujourd’hui, en France, on ne puisse pas choisir la façon dont on va mourir. Alors, j’ai repris la formule de Mélenchon qui avait parlé du droit d’éteindre soi-même la lumière." La petite phrase du leader politique, patron du Parti de Gauche et du Front de Gauche, donne à la dame l’occasion d’écrire une chanson où la vie court de bout en bout.

Après quasiment trente ans de carrière et plus encore si l’on compte ses débuts dans les piano-bars de Toulouse, Juliette Noureddine ne semble pas avoir tant changé que cela. Vivante, directe, piquante… elle est cette petite bonne femme ronde qui assume complètement ses convictions à gauche de la gauche et son personnage. "Cela faisait longtemps que j’avais envie de donner à un album mon nom de famille. Parce que je ne suis connue que par mon prénom. Je porte un nom bizarre pour une chanteuse française, un nom arabe venu d’un grand-père kabyle, un nom qui signifie Lumière de la Religion, un beau nom que j’ai horreur qu’on écorche : Noureddine, avec un r et deux d", écrit-elle dans un texte qui accompagne son disque.

L’actualité et… le reste

Juliette signe donc pour la première fois "de son nom : Juliette Nour" et, bien qu’elle affirme ne pas avoir calculé le moment où c’est arrivé, elle estime que cette fois-ci, "ça va, elle pouvait le faire". En une quarantaine de minutes, Nour trace les contours d'une dame toujours nature, qui regarde avec affection vers le passé - L’éternel féminin est ici repris dans une version qui alterne entre métal d’opérette et bossa-nova d’ascenseur -, et s’amuse au subjonctif. Autour d’elle, la chanteuse a resserré le cercle des musiciens et laisse parfois, côté plume, la place à ses amis, comme le comédien François Morel.

Tout au long de cet album simple, dans lequel la femme a toute son importance, la chanteuse détourne les chants de marins ou même les contes de fée. Celle qui se passionne pour l’actualité glisse avec malice : "Le mieux pour faire une chanson sur l’actualité, c’est d’écrire une chanson universelle. Avec Les doigts dans le nez, j’étais même en avance puisque vous avez vu ces jours-ci : le pape François s’est fait prendre les doigts dans le nez en Belgique." "L’ode au mucus" devient dès lors autrement moins personnelle…

La documentation et les tweets

Adepte des jeux vidéos, Juliette est aussi une inconditionnelle d’Internet, où elle puise désormais une partie de la documentation nécessaire à ses chansons. "Une chanson part toujours d’un socle solide de connaissances, de choses que j’ai lues ou entendues. Je commence d’abord par imaginer ce que je vais dire et après, je débute l’écriture, précise-t-elle. Pour ça, Internet, c’est magique. Je ne dis pas que je ne perds pas un peu de temps dessus, mais bon… Quand j’écris, je suis à la maison entourée d’une armada de dictionnaires, et je ne gomme jamais, je raye, car parfois, des bouts de phrases peuvent débloquer quelque chose dans le processus créatif."

Après avoir été sur le réseau social Facebook, la chanteuse commente désormais l’actualité sur Twitter (@julnour), où sa tendresse et son humour décapant font mouche. La mort d’une actrice qu’elle aimait bien, un clin d’œil à l’actualité internationale, les déclarations politiques, rien ne passe inaperçu à ses yeux. À propos d’une formule à la mode dans les manifestations, elle tweete : "Perso, j'en ai marre de l'expression "On ne lâche rien". Ça fait psychorigide de compétition !" "C’est vrai que c’est d’une incommensurable bêtise, rajoute-t-elle. Quand on se trompe ou que ça n’en vaut vraiment pas la peine, il faut savoir lâcher prise. L’exemple type, c’est Galilée, qui après s’être renié lors de son procès, a prononcé cette phrase Eppur si muove ! (= Et pourtant, elle tourne ! ndlr)".

Et pourtant, ça tourne, en effet. Sur Nour, les chansons de Juliette Noureddine restent belles et même, dirait-elle, re-belles.

Juliette, Nour (Polydor) prévu pour le 23 Sept. 2013

Site officiel de Juliette
Twitter de Juliette