La chaleur bipolaire de Scott of the Antarctic

La chaleur bipolaire de Scott of the Antarctic
Scott of the Antarctic © DR

Le Parisien Scott of the Antartic a construit un radeau qui dériverait de l'afrobeat acoustique à la bossa-nova, en passant par une pop délicate à la José Gonzalez. Ce premier EP, produit pour rallier les rives des plateformes de téléchargements et communiquer des états d’âme on ne peut plus classiques, a de quoi méduser. Il produit un effet positif instantané. La musique de l’artiste tantôt dépouillée, tantôt habillée pour l’hiver alterne entre le chaud et le froid. C’est sa force.

Il pourrait faire le tour du monde ou du web (c’est presque pareil) à la vitesse d’un catamaran de la coupe de l’America et coller comme des mouches à un ruban adhésif tout un tas de fans, Scott est un grand voyageur du son et sa musique a le mérite de casser toutes les frontières.

Pourtant, malgré quelques dehors légers, il y a dans les compositions de Scott of the Antarctic une évocation de l’amour qui fait mal (I can't breathe), l’impossibilité de communiquer avec la bien-aimée, la sécheresse des sentiments, le vœu pieu de vouloir recommencer à zéro, sans pouvoir y parvenir.

On pense sur cette chanson, à Elliott Smith qui souffrait dans sa chair, emprisonné dans un mal-être inquiétant, mais tellement inspirant musicalement. La mélodie de I can’t breathe est chevillée au corps, rêche comme une guitare sèche n’ayant plus été utilisée depuis sa première sortie au coin du feu. Plus Scott enterre ses désirs, plus il suffoque, plus il se répète, plus son violon se fait asthmatique sur la fin de la courte chanson. Le son de cette mélopée semble sortir d’un canon muet, jusqu’aux notes finales où l’explosion est douce, l’effet garanti.

Sur One fuzzy morning, on comprend encore qu’il est difficile de tenter de convaincre une personne qu’on aime, de revenir. La flûte qui ponctue cette chanson aérienne est délicieuse à l’écoute, parfaite pour un lendemain de fête arrosée. On doit à la présence de Sébastien Sigault de Captain Kid (et chef du label Savoury Snacks) dans l’arrière salon où l’on pousse les boutons de la console de mix, une aide précieuse.

On sent bien chez Scott qu’une direction artistique a été suivie, les pieds emmitouflés dans ces chansons. Avec des guiboles équipées pour gravir des glaciers, accompagné de cette bonne bande son des ba(l)lades de haute montagne, Scott peut partir en expédition des plus belles cimes des charts indépendants. A l’écoute de l’EP, on se croirait dans des territoires déjà explorés, mais si éloignés qu’on est heureux de les retrouver.

Il y a en guise d’introduction, de simples percus qui introduisent et concluent une pop song toute simple. Chickens est le nom de ce single potentiel de ce cinq titres. La mélodie, pas volatile pour une plume, est bien structurée, régulière, classieuse et épurée. Les poulets de la chanson déambulent comme une allégorie des Parisiens empaquetés dans des barquettes roulantes dans la jungle métropolitaine.

Il y a du Jack Johnson, positif dans la voix de Scott of the Antarctic (Day boy), mais bizarrement sur l’ensemble du EP, c’est cette résonnance de la voix, cette distante sépulcrale qui de chanson en chanson, se fait l’écho des ténèbres ou du paradis pour souligner la mélancolie, la joie, l’isolation et l’espoir qui touchent l’auditeur. Quiet wild est un bel exemple de cette simple orchestration qui alterne entre arpèges et voix aériennes, un effet aérien, cotonneux, agréable sur lequel on surfe volontiers. On pense alors à la voix de José Gonzales et aux beautés froides et chaudes de son groupe Junip. Remplir des moments de solitude avec onctuosité semble être le but recherché par Scott. Essai transformé, il a placé l’Antarctic sur la carte de la musique pop indé made in France.

Scott of the Antarctic EP (Savoury Snacks) 2013
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