Michel Fugain et le Projet Pluribus

Michel Fugain et le <i>Projet Pluribus</i>
Michel Fugain © Carole Mathieu Castelli

Après des années 70 estampillées Big Bazar, Michel Fugain s’est longtemps consacré à sa carrière solo. Il revient aujourd’hui très entouré, avec le Projet Pluribus, un nouvel album-concept dont l’ambiance diffère de celle du Big Bazar, bien que la comparaison soit tentante.

RFI Musique : On vous retrouve dans ce Projet Pluribus entouré d’une troupe de 12 musiciens. L’esprit du Big Bazar vous manquait-il ?
Michel Fugain : L’idée n’est pas de moi, mais de mon manager. Elle n’était possible qu’avec la rencontre de Pierre Bertrand, qui est le vrai patron de l’ensemble Pluribus. Je n’avais aucune nostalgie de quoi que ce soit, même pas du Big Bazar. Je suis un membre de cet ensemble, qui est une bande de vrais bons musiciens, avec un très bon arrangeur, une sommité du monde du jazz. Ils ont décidé de travailler ensemble avec la volonté de faire de la musique dans un spectacle populaire. Pas un truc d’initiés. Il y a du monde en scène et c’est festif. Je suis donc le chanteur de Pluribus. Le Big Bazar était une troupe de chanteurs-comédiens, de chanteur-danseurs, mais pas de musiciens. Les musiciens sont des lonesome cowboys, des gens qui peuvent participer à une aventure collective. Elle va ressembler à une bande, avec comme colonne vertébrale des arrangements absolument incroyables. Mais pour chanter des chansons populaires, pas des thèmes de jazz compliqués. Vous pouvez chercher où vous voulez ailleurs, ça n’existe pas.

L’album est composé de dix titres inédits et de trois de vos chansons les plus populaires (Les Sud-Américaines, La fête, Chante). Y ont-elles trouvé leur place naturellement ?

Pierre Bertrand a choisi de réarranger les anciennes chansons pour les mettre en cohérence avec le spectacle qui dure deux heures. La vraie formation de Pluribus a commencé au Québec, au moment de la sortie de l’intégrale du Big Bazar : on a joué une série de chansons réarrangées par Pierre Bertrand pour faire un spectacle actuel. Il faut revenir à un peu de musique qui soit autre chose que des rythmiques et des guitares électriques. Les arrangements de toutes les chansons du Big Bazar étaient faits par un autre musicien extraordinaire, qui s’appelait Jean Bouchety, qui a extrêmement bien utilisé les cuivres et les cordes : ces arrangements ont été repris à certains endroits parce que c’était exactement ça qu’il fallait. C’était aussi une sorte d’hommage, et à partir du moment où il y a des cuivres, il y a toujours cette impression de gaîté, de joie collective.

Vous avez écrit le texte Les filles d’avant. Sont-elles si différentes de celles d’aujourd’hui ?
Il me semble oui (rire). J’avais envie de déconner. C’était l’époque boule à facettes, on a voulu faire vintage et on a fait vintage ! J’imaginais des jeunes filles de maintenant qui en écoutant cette chanson, se retourneraient vers leurs grand-mères, lesquelles manifestaient en tunique indienne, sans soutif, et étaient beaucoup plus libres. Il y a une pudeur chez les jeunes maintenant qui est à la limite du suspect. Il y avait à l’époque de vrais combats féministes. C’est incroyable qu’il y ait un tel retour en arrière, ça m’étonne tous les jours.

Le Pétrousquin est le seul personnage de composition que vous chantez, sur un texte signé Richard Gotainer…

J’ai eu l’occasion de rencontrer Richard par l’intermédiaire d’un ami, et on a décidé de faire une chanson ensemble. Je m’attendais à un texte rigolard, à la façon de Richard Gotainer, qui est unique. Mais il m’a prévenu qu’il me donnerait un texte auquel je ne m’attendrais pas. Je trouve ce texte, avec sa vision du paysan qui cultive des nuages et du bleu au 120e étage d’une tour en verre, extrêmement poétique. Je pense que c’est une vision de lui-même, ou de nous, les saltimbanques, nous les mecs qui faisons de la musique et brassons des idées qui doivent circuler dans la rue.

A l’époque le Big Bazar était décrit comme un "ovni du spectacle vivant". Que se passe-t-il sur scène avec Pluribus ?

On vient de commencer à tourner, le spectacle se construit. Il y a du sens, ce n’est pas un récital, ça bouge. On esquisse des pas de danse amusés – parce que les musiciens dansent rarement bien, c’est un truc qui m’a toujours fasciné, les musiciens sont rarement de grands danseurs ! On a une trentaine de numéros musicaux, parmi lesquels on joue toutes les grandes chansons du Big Bazar et les miennes : il y a tout ce que les gens connaissent. Quand vous donnez du sens à un spectacle, le public ne voit que les chansons qui illustrent un propos, ils attendent de savoir ce qui vient après. On parle forcément des femmes, Les filles d’avant viennent à un moment où on évoque les époques. On se retrouve avec deux générations franchement différentes, et je suis d’une génération où je pourrais être le père de chacun, c’est extraordinaire.

Michel Fugain Projet Pluribus (Sony Music) 2013
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