Louis Chédid se dévoile doublement

Louis Chédid se dévoile doublement
Louis Chédid © DR

Deux fois l'infini, disque réalisé (presque) en solitaire, révèle un peu du jardin secret d’un chanteur, Louis Chédid, qui, à soixante-cinq ans, parvient à une impressionnante épure de son art.

À soixante-cinq ans, Louis Chédid est loin de la retraite. Mais il ne peut empêcher que bien des symboles se croisent en cette fin d’année. La sortie d’une intégrale de ses albums en studio, l’arrivée d’un second volet du Soldat rose que son complice Pierre-Dominique Burgaud a écrit en collaboration avec Francis Cabrel… Et puis ce nouvel album qui, par son titre et sa conception, cumule les signes : il comporte seize chansons et sa pochette présente deux 8 allongés, double figure qui justifie le titre Deux fois l'infini

Mais cet infini est autarcique : Louis Chédid a écrit paroles et musique, chante, joue de tous les instruments, assure lui-même une bonne partie de la technique et même le mixage. À ses débuts, il y a une quarantaine d’années, il lui était arrivé de procéder de cette manière mais, à ce stade d’une carrière, on pense plus à ce fantasme assumé par exemple, par Paul McCartney ou Stevie Wonder – pour s'en tenir aux seuls grands aînés. Sur Deux fois l'infini, apparaît çà et là un complice qui assure une partie instrumentale exigeante – un mellotron, une steel guitar, une guitare indienne, avec Samy Osta, multi-instrumentiste, remarqué notamment avec Rover.

À l’écoute, l’impression est assez étrange : Louis Chédid apparaît là, presque plus Louis Chédid que d'habitude, comme si être seul lui laissait toute latitude pour retourner à ses lieux favoris – un peu comme le vieux célibataire fréquente assidûment les mêmes restaurants, où il choisit toujours le même menu. Qu'on ne s'étonne pas, alors, qu'il revienne à la plus souriante mélancolie amoureuse, à ses étonnements sur l'état moral du monde dans lequel il vit, à l'introspection complice... Après tout, c'est ce qu'il fait le mieux, c'est ce qu'il préfère et c'est aussi ce que nous préférons de lui.

Car Deux fois l'infini révèle finalement une vérité rassurante : quand on laisse Louis Chédid seul aux manettes, il ne se transforme ni en Docteur Folamour de la pop ni en Dr Hyde du studio (comme Lou Reed avec Metal Machine Music). Il est tel qu'on le connaît bien, et tel qu'on l'aime depuis des lustres – doux, généreux, tendre, plus doué pour le sentiment chuchoté que pour la passion braillée. On a l'impression, après tant de disques au spectre large, de s'installer dans la même pièce que lui pour l'entendre de plus près que jamais. Ces chansons font presque le même effet qu'une belle interview pour laquelle Louis Chédid se serait senti en parfaite confiance avec un journaliste : elles éclairent, confirment, approfondissent tout ce que l'on savait de lui après l'avoir écouté pendant tant d'années.

Il se dévoile dans ses scrupules de VIP (il chante : "Mais comment être à la hauteur D’une aventure de cette grandeur / Exister à deux cents à l’heure / Sans accidents et sans douleurs ?"), regarde la mort droit dans les yeux (Immortel ou la bouleversante ballade Tu vas me manquer) ou la rupture amoureuse (C’était pas écrit comme ça), évoque les plaies du monde contemporain, de l’obsession pour "l’actu people" (Scoop) à la tragédie des enfants-soldats (Encore un enfant)… Plus à nu que jamais, il est aussi infiniment plus serein et juste. C’est comme cela, parfois, qu’un chanteur arrive à devenir un ami.

Louis Chédid Deux fois l'infini (Atmosphérique) 2013
Site officiel de Louis Chédid
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