Alka, souffle gainsbourien

Alka, souffle gainsbourien
Alka © Oliva Partel

Alka, jeune fille de 28 ans, est la nouvelle muse de Benjamin Biolay. On retrouve ce dernier à l'écriture, à la composition et à la réalisation de La première fois, un disque puissant et mélancolique dans lequel plane le fantôme vocal d'Isabelle Adjani.

D'abord, l'évidence qui nous saisit et qui sème un court instant le doute dans notre esprit. Une voix éthérée, ardente, intime, savoureusement sensuelle et parfois au bord de la rupture. Est-ce le retour à la chanson sous pseudo d'Isabelle Adjani ? Mauvaise pioche. Pourtant une similitude criante et troublante. Elle brûle toutes les lèvres. Alka le sait : elle n'a pas fini de l'entendre cette comparaison.

"On m'en parle tous les jours depuis la sortie du disque, mais ça ne me dérange pas. J'ai énormément d'admiration pour Isabelle Adjani, aussi bien l'actrice que la chanteuse. Pour moi, c'est plus une manière de chanter gainsbourienne, une voix par défaut. Mon timbre fait que je chante dans le souffle". Comme l'interprète du célèbre Pull Marine en 1984 avec Serge Gainsbourg, Alka Balbir trouve ici en Benjamin Biolay un Pygmalion de haut vol. Curieuse coïncidence diront les mauvaises langues.

Pour la genèse de cette complicité artistique, il faut légèrement remonter dans le temps. Une rencontre de hasard il y a six ans, lors d'une fête en appartement. En plein questionnement sentimental, elle est dans "un état proche de l'Ohio". Lui s'ennuie ferme à cette soirée. Ils échangent. Entre eux, une connexion immédiate. "Je me suis totalement confiée à lui, je vivais une vraie souffrance. Benjamin a été mon confident, il m'a aidée à m'en sortir. Il m'est apparu comme quelqu'un de familier. On a aussi parlé musique et deux jours après, on s'est mis à en faire ensemble".

A la base, l'approche n'est que ludique. Pas question de tirer des plans sur la comète d'autant qu'à cette période, Biolay doit jongler entre ses collaborations et une carrière solo qui prend son envol. "Au départ, on n'avait pas l'intention de sortir quelque chose, c'était juste pour le fun. Je me rendais sur les séances d'artistes pour lesquels Benjamin travaillait".

Mais Alka, qui entre-temps rejoint la troupe délurée d’Édouard Baer sur les planches, finit par se prendre sérieusement au jeu et franchit le pas. C'est un saut dans le vide. De timides premiers pas scéniques, des doutes et la crainte d'être malmenée. "Je pensais vraiment que j'allais m'en prendre plein la gueule, qu'on allait ironiser sur le côté muse".

Qu'elle se rassure, son album échappe à tout couperet. Les chansons sont des éclats de miroir brisé, dans lesquels chacun peut se reconnaître. Elles distillent leur doux poison insidieux. Et s'il est seulement question d'amour, Alka se montre nettement plus chardon que fleur bleue. "L'amour, c'est mon moteur, mon défi permanent. Mais je ne vois pas l'intérêt de chanter l'amour heureux".

Elle trouve dans les mots de Biolay - dont la patte se fait évidemment sentir - un parfait vecteur pour s'insurger ou jouer les tragédiennes ("Et toi oui toi/Je sais ce que tu as fait hier soir/Et toi oui toi/Inutile de rouler ces grands yeux/Et toi oui toi/Où as-tu passé la nuit dernière/Et toi oui toi/ Tu sens la femelle, le foutre et bière"). C'est cru, vachard, intense et mélancolique.

Des morceaux immédiats et "catchy" (Bâtards suprêmes, Te satisfaire), des constats tranchants (Tu m'aimes mal, Besoin d'autre chose), des émotions à fleur de peau (La première fois), une reprise goûteuse de France Gall (Les gens bien élevés). Et puisque la voix vampirise l'ensemble, Alka ne risque pas de toucher le fond de la piscine.

Alka La première fois (Naïve) 2013
Page Facebook d'Alka