Bazbaz, l’amour tout court, l’amour toujours

Bazbaz, l’amour tout court, l’amour toujours
Camille Bazbaz. © Y.Orhan

Pour son septième album, Love Muzik, le chanteur Camille Bazbaz parcourt à nouveau son thème de prédilection, jusqu’à l’obsession : l’amour et toutes ses déclinaisons. En résulte un joli collier de 11 chansons, qui groovent légères et joyeuses sur du rock garage, de la musique sixties, en compagnie de son nouveau groupe, le Gang des Niçois. Pour RFI Musique, il revient, quelques jours après ses concerts à Bercy, en première partie de -M-, sur la gestation de son disque, sa propension à l’amour, son côté blues et "artisan". Entretien…

RFI Musique : Pour Love Muzik, votre septième album, vous avez changé de label, de Sakifo Records à Verycords. Pourquoi ?
Camille Bazbaz : J’avais signé mes deux précédents albums, dont l’un avec Winston McAnuff, chez Sakifo Records. Vite, je me suis heurté à la distance géographique (Sakifo Records se situe sur l’île de La Réunion, ndlr)… Une contrainte supplémentaire, dans un contexte compliqué, où il apparaît de plus en plus difficile pour un musicien de survivre, de tirer son épingle du jeu.

Vous pensez que la profession de musicien se paupérise?
Oui ! C’est dur de gagner sa croûte, et ça l’est d’autant plus qu’avec Internet, nous n’avons plus rien à vendre. Sans compter qu’il devient de plus en plus ardu d’effectuer ses heures pour l’intermittence ! Ce disque, je l’ai fait pour pas un rond, grâce à l’organisation d’une grande chaîne de la solidarité "Sauvez Bazbaz". Des potes, des gars rencontrés, notamment lors d’une tournée au Brésil –-M-, ou Eric Starczan, le guitariste de General Elektriks, par exemple –, sont venus gratuitement apporter leur pierre à mon modeste édifice, bidouiller mon joujou musical. À la base, je voulais lancer un crowdfunding, style Kiss Kiss Bank Bank, dans l’espoir qu’il y aurait bien 3000 personnes pour kiffer ma musique : à raison de dix euros par tête, cela me permettait de bouffer et de lancer le (baz)bazar. Et puis, par hasard et par une copine, j’ai trouvé un label…
 
Pourtant, malgré toutes ces difficultés, vous teniez vraiment à sortir ce disque… y a t'il des raisons profondes ?
Bien sûr ! Je pense qu’il y une mystique géniale à "flasher" ton état d’esprit du moment, à capturer ta poésie qui passe, à "polaroïder" un vécu. Comment dire ? Je ne crois pas en Dieu, mais en l’invisible, aux énergies. La musique se tisse de ces matières de l’esprit, non tangibles. Si tu crèves demain, tes chansons te survivent. En studio, règne une sorte de pression spirituelle : seul face à l’immensité du néant, tu n’as plus le même son, tu perds tes repères, tu bosses au microscope… En live, c’est différent, t’es comme en rollers, tu fais des dérapages incontrôlés, tu peux partir en sucettes, avec les sensations qui te happent en 3D – visuels, odeurs, sons. Peu importent les fausses notes, les erreurs techniques, les pains, pourvu qu’il y ait l’émotion, la fête ! Dans le disque, il y a cette part de mystère invisible.

On décide de faire un disque ou celui-ci arrive-t-il sans crier gare ?
Disons que c’est un besoin physique général. Il faut que ça sorte, au moment où tu es à point, comme un bon steak. Alors, je m’enferme, je continue de vivre, mais tout glisse…

 
Quel état d’esprit avez-vous "flashé" pour cet album ?
Celui d’un point entre une rupture et un nouvel amour, un grand écart entre la tristesse d’avoir foiré une histoire, et la joie d’en découvrir une autre. En résulte cet éventail de couleurs, contrairement à La Chose (2010), plus monochrome, qui annonçait une séparation. Au final, tu fais les choses sans réfléchir, tu vides ton sac quelque part. Je ne suis pas stakhanoviste : je vis d’abord ma vie de "connard", puis je décante pour écrire des chansons. La poignée de notes dans la musique ne représente rien en elle-même. Ce que tu mets dedans les sublime : comment elles te racontent ! La technicité m’importe peu ; l’âme si.
 
Comme dans vos précédents albums, vous déclinez dans Love Muzik, l’amour sous toutes ses variations, toutes ses couleurs (la sensualité, la tendresse, la rupture…)
Oui, c’est mon concept. Chanter l’amour… entre les hommes et les femmes. La musique, c’est sauvage. Et ce thème, mes petites aventures intimes, les nôtres, c’est là où je me parais juste, malgré mes avis pertinents sur l’économie et la géopolitique (rires), pour monter sur la table et chanter mes conneries. Et puis face à l’amour, t’es toujours le même couillon : tu peux en crever ! Ça fait bien plus mal qu’un redressement fiscal !
Il y a un côté blues, un côté soul dans votre art…
Oui, le blues, c’est la "maison maman" pour moi. J’aime le blues et tout ce qui en découle : le reggae, la soul, le r'n'b ; Otis, Billie, Al Green… Toutes mes influences ! Je suis sensible à ces gens, ce génocide, cette traversée de l’esclavage, qui ont finalement donné James Brown, Wilson Pickett, ces artistes qui disent : "fuck off", je vais enfiler ma tenue de Spirou à paillettes avec des plumes dans les oreilles… pour conjurer le mauvais sort, faire la fête. Ça me touche ! Je tâche dans mes créations de retrouver cet esprit : si j’ai des paroles horribles, je veux une musique joyeuse. Loin du pathos, j’aime rigoler de mes affres, de mes douleurs.
 
Pensez-vous qu’il y ait un aspect politique dans votre musique ?
Non. Mais oui. Être musicien à 45 ans, je considère cela comme un acte politique. Je ne peux pas faire autrement qu’être musicien-artisan. J’insiste sur le côté artisan : je fais de la musique avec mes mains, sur un orgue un peu lourd, qui résiste à mes assauts, qui me répond sans que ça casse, avec mon corps, avec mon cœur. Comme un ébéniste sur son meuble, je travaille sans relâche cette matière de l’esprit. Ce qui n’est pas toujours simple, car je suis un branleur, une autre qualité essentielle pour écrire de jolies chansons…
 
Bazbaz Love Muzik (Verycords) 2013
Site officiel de Camille Bazbaz
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