Florent Marchet, voyage épique pour quête de sens

Florent Marchet, voyage épique pour quête de sens
Florent Marchet © O. Metzger

Quatre ans après Courchevel, Florent Marchet est de retour avec Bambi Galaxy, un nouvel album de chansons originales qui, malgré ses allures d’épopée spatiale futuriste empruntant aux films de science-fiction leurs codes musicaux (musique atonale, voix lyriques), questionne avant tout, le cheminement existentiel de l’homme et sa place dans le monde actuel.

RFI Musique : On vous a quitté devant la cheminée de Courchevel, on vous retrouve en haut d’une dune, le regard scrutant l’horizon l’air inquiet…
Florent Marchet :
Bambi Galaxy est à la fois le parcours d’un homme en quête de sens spirituel et une quête existentialiste. Ça pose pour moi la question du bonheur : être heureux, c’est trouver sa place. Comment le faire dans la société ultralibérale extrêmement violente qui nous entoure ? L’homme est de plus en plus autocentré, extrêmement narcissique, et il se place comme le centre de l’univers. Ce n’était pas forcément le cas il y a quelques siècles, où les mondes spirituel et religieux dominaient, ce qui faisait qu’on avait un peu plus de réserve. Aujourd’hui, l’homme ne doute de rien, alors qu’en définitive, son passage sur terre sera d’une très courte durée, moins long que celui du dinosaure, par exemple. Ce rapport-là devrait nous rendre un petit peu plus humble.

Ce qui s’apparente à un voyage cosmique est en réalité très terre à terre…

Le personnage de l’album n’est pas heureux dans cette société-là. Il cherche d’autres modes de vie. Ma vie a énormément changé depuis que j’ai deux enfants, on ne voit pas les choses sous le même angle lorsqu’on devient parent. Tout d’un coup, des gens sont beaucoup plus importants que soi-même. On se positionne autrement, ça nous renvoie à ce qu’on a pu vivre enfant, à la transmission. Ce qu’on m’a transmis, à moi, dans les années 80, c’est qu’on vivrait un futur fantastique, avec comme point de mire l’an 2000 : ça nous faisait rêver et j’étais vraiment persuadé qu’on allait vivre de grands changements, qu’on ne parlerait plus de castes, de frontières. Qu’on serait dans quelque chose de beaucoup plus terrien, où l’homme aurait conscience qu’il appartient à l’immensité du cosmos, mais de manière assez humble. S’il en avait conscience, il se comporterait comme tel.

Vous interrogez donc notre réalité autant que notre avenir...
J’ai réalisé que l’homme aujourd’hui niait complètement le fait d’appartenir à un mouvement de l’univers, alors qu’il a tout pour en prendre conscience. Il a l’impression d’avoir confisqué un peu la vérité. C’est assez étrange, toutes ces questions qu’on entend, ces "il faut protéger la planète". C’est un truc un peu absurde dans le sens où la planète était là avant l’homme, elle sera là après. En revanche, protéger également l’homme, c’est une des questions qui peut être posée. Je me suis demandé quelles étaient les autres propositions de vie qui feraient qu’on pourrait s’épanouir un peu plus. Elles n’étaient parfois pas forcément plus reluisantes. Les mondes sectaires, par exemple, sont plus que condamnables, mais ont le simple mérite d’offrir à l’homme une autre place que celle qu’il occupe actuellement, à savoir le fait d’être en harmonie avec l’univers et le cosmos, et de ne pas être le centre d’un système. Tout au long de l’album, cet homme va se déplacer, apprécier de voir le monde d’une autre manière à l’aide de psychotropes, dans Que font les anges, par exemple. Il y a cette idée qui guide l’album du cosmos intérieur, et du cosmos plus large qui nous entoure. Mon personnage emprunte ces différents chemins pour essayer de trouver une place. A un moment donné, il tentera même l’exil à Shanghai.

Pourquoi Shanghai ?

Le nom de l’album est né à Shanghai, où le monde ultralibéral, poussé à son paroxysme, amène une dictature. J’ai trouvé ça d’une grande violence, tous ces gens domestiqués qui agissaient comme des enfants punis. Là-bas, les enfants, ce sont les adultes. Il y a des vitrines remplies de joujoux pour adultes. Les gens sont prêts à prendre dix ans de crédit pour acheter un iPhone. Il y a aussi cette volonté d’être extrêmement hi-tech, ce fantasme du futur, de l’homme augmenté pour satisfaire un narcissisme. Le personnage va fuir Shanghai par la suite, jusqu’à aller construire en famille une vie ailleurs, comme d’autres partaient à la conquête de l’Amérique. C’est un clin d’œil que je fais à Stephen Hawking, un des grands scientifiques actuels, qui affirme que le seul salut de l’homme, si l’on veut que l’espèce ne disparaisse pas, sera de partir dans l’espace pour aller habiter ailleurs. A la fin, le personnage est heureux parce qu’il a compris une seule chose, c’est qu’il accompagnait le mouvement de l’univers, et rien que ça lui suffit.

Les coordonnées de cette Bambi Galaxy ne sont donc pas si lointaines qu’elles le paraissent au premier abord...
Elles sont là, c’est le quotidien finalement, je vais puiser ça dans l’intime. Même quand on se déplace avec Apollo 21 dans l’espace, je reste à hauteur d’homme. C’est notre monde narcissique, au fond, c’est peut-être notre planète. "Bambi", c'est pour le côté insouciant de l’enfant, irresponsable aussi, peut-être pas grave chez des enfants, mais chez les adultes… On a l’impression que le monde entier agit comme ça. Et "Galaxy" parce que je ne pouvais pas l’appeler Bambi Planet, parce qu’on a vraiment l’impression qu’on ne se considère pas comme une toute petite planète, mais comme le centre de l’univers. C’était donner cette dimension-là. C’est la première fois que j’en parle comme ça, mais je crois qu’effectivement Bambi Galaxy représente peut-être la terre et le monde dans lequel on vit. La façon dont on voit, qui est une vision totalement déformée de ce qu’est la réalité.

Florent Marchet Bambi Galaxy (Pias) 2014
En concert les 11 et 12 avril au Centquatre-104 à Paris

Site officiel de Florent Marchet
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