Les Ogres de Barback ont encore faim

Les Ogres de Barback ont encore faim
Les Ogres de Barback © P. Wetzel

Vingt ans d'existence, une tournée anniversaire et un nouvel album studio, Vous m'emmerdez !, à la fois féroce, tendre, éveillé et festif. Le quatuor familial, Les Ogres de Barback, ne manque décidément pas de ressources. Interview de Fred, chanteur et parolier principal d'une formation indépendante et attachante.

RFI Musique : Quel recul avez-vous sur ces deux décennies musicales écoulées ?
Fred : On a beaucoup de chance. Finalement, on vient de vivre 20 ans de carrière et on a l'impression d'avoir commencé il y a 5 ans. Et puis surtout, on est encore là et ça, ce n'est pas rien.

Aucune lassitude?
Évidemment, il y a eu quelques coups de mou. Comme on est indépendant, on a mis du temps à s'organiser. Par moment, on s'est demandé : quand est-ce qu'on parle de nous ? On vendait nos albums. On faisait beaucoup de concerts et silence radio. Quand on a fait le Zénith de Paris, on n'a pas eu une ligne dans la presse. Mais on en est très vite revenu. Comme on a pris le chemin de la liberté, il fallait en assumer aussi les conséquences. Ce n'est pas un chemin tout tracé.

Votre indépendance vous a-t-elle permis d'être dans le contrôle ?
On est frères et sœurs et on a les mêmes goûts musicaux. Je fais les maquettes, je les envoie aux autres et lorsqu'on se retrouve, on a les mêmes envies d'arrangements pour le morceau. Du coup, les gens ont du mal à travailler avec nous. Quand on a une idée dans la tête, on ne l'a pas ailleurs... Lorsqu'on est parti faire des concerts sous chapiteau, personne ne nous a suivis. Mais mine de rien, le public nous parle encore de cette tournée-là.

Quelle est votre plus grande fierté ?
Je pense qu'on n'a jamais triché. On n'a jamais gagné plus que ce qu'il fallait. Quand on joue à l'Olympia, on touche exactement la même chose qu'un concert à la MJC de Montluçon. Il n'y a pas de problème d'éthique.

Sur votre dernier album, vous jouez à nouveau collectif (Lo'Jo, Gavrish Borki, Les Têtes Raides...). Les Ogres, c'est aussi le partage ?
Sur chacun de nos albums, il y a des invités. Au minimum un, parfois vingt. On procède de manière très simple : on rencontre des gens sur la route, on sympathise. Ils sont adoptés ou nous adoptent. Il faut que la réponse soit du tac au tac. Dès que c'est compliqué ou qu'on doit passer par des intermédiaires, on laisse tomber direct.

Les Têtes Raides, ce sont des grands frères ?
Ils nous ont offert, au même titre que La Tordue, des premières parties. Ils nous ont aidés à nous faire connaître et on ne peut que leur être reconnaissants. Ce sont les tauliers !

Vous considérez-vous comme des humanistes?
Nous avons été élevés de la sorte. La maison était toujours ouverte avec les copains qui pouvaient venir manger au dernier moment. C'était l'auberge du quartier. On ne parlait pas de politique avec nos parents, mais de valeurs humanistes.

Sur le titre Pages de ma vie, vous rendez hommage à Allain Leprest. Que représentait-il pour vous?
C'était un compagnon de route qu'on croisait de temps en temps. Pour moi, c'était un artiste à l'ancienne avec une force de caractère incroyable et une écriture unique. Quand tu le voyais sur scène, tu prenais une claque monumentale ! On n'entendait pas une mouche volée. Je n'ai jamais vu des gens parler ou s'ennuyer pendant ses concerts.

L'autre clin d’œil du disque est adressé à Renaud avec Ma guinguette préférée...
Je ne vais pas dire que je n'aime que ses débuts. Mais c'est vrai que j'ai écouté ses huit ou neuf premiers albums en boucle. Je lui rends hommage parce que je vivais en banlieue dans un quartier pavillonnaire. Quand j'écoutais Renaud avec mes potes "rebeux" et antillais, on était bien. J'avais l'impression qu'il parlait à tout le monde et qu'il allait au plus profond des gens.

Comment expliquez-vous que votre son ne cesse de s'ouvrir à la musique world ?
C'est notre troisième grande influence, celle qui est arrivée la plus tard. Il y a d'abord eu les Brel, Ferré, Brassens que nos parents écoutaient. Puis à l'adolescence, des groupes comme la Mano Negra ou Bérurier Noir. À force de voyager, on a rencontré la musique du monde et on a eu envie de mettre ces sonorités-là. On est vraiment des amoureux de la musique traditionnelle des pays qu'on a découverts.

Vous m'emmerdez ! est-elle une chanson à charge contre les intolérants ?
Là, ils ont dépassé tous les niveaux. Quand on est revenu en France après des concerts à l'étranger et qu'on a vu que des gens s'opposaient à ce que le mariage soit ouvert aux couples homosexuels, on a totalement halluciné. Il faut arrêter de dire que tout va mal en France. Le côté repli sur soi, la peur de l'autre, c'est terrible. Manifester contre la faim dans le monde, pour la prévention du Sida ou pour mettre un terme à la corruption, là c'est légitime.

Avec Condkoï, vous n'allez pas vous faire des amis auprès des policiers...
C'est venu d'une constatation. J'ai un pote Saïd, du groupe MAP, qui a eu un procès suite à sa chanson Nique la France. Je me rappelle aussi de plaintes contre La Rumeur. Je viens aussi du même quartier qu'Anis qui est basané. Et pratiquement à chaque interview, on s'étonnait qu'un mec comme lui fasse de la chanson et non du rap. Moi, on ne m'a jamais posé la question. On a fait ce procès à Saïd parce qu'il s'appelait Saïd. Donc, on a fait une chanson avec un flic qui se tue et on va bien voir si on va être attaqué…

Pourquoi avez-vous décidé de partir en tournée avec la fanfare béninoise Eyo'nlé ?
On les a rencontrés il y a six sept ans et on fait pas mal de fêtes ensemble. On les a mis sur des plans avec des copains. Plusieurs fois, on les a vus au Bénin. Les connexions étaient assez fortes. C'est la première fois qu'on va faire un tel mélange.

Où serez-vous dans 20 ans ?
En interview avec vous, j'espère (rires). Cela voudra dire que les deux prochaines décennies auront été riches.

Les Ogres de Barback Vous m'emmerdez ! (Irfan) 2014
A écouter : la session live de La Bande Passante (29/05/2014)
Site officiel des Ogres de Barback
Page Facebook des Ogres de Barback
Tournée anniversaire en France à partir du 3 avril.