Constance Amiot, de l’infiniment grand à l’infiniment intime

Constance Amiot, de l’infiniment grand à l’infiniment intime
Constance Amiot © F. Loriou

Sept années se sont écoulées depuis Fairytale, son premier disque. Ont suivi Once Twice, une adaptation en anglais de La Tendresse des fous de Da Silva, un livre-disque pour enfants, pas mal de projets en tant que guitariste (notamment avec Slug, les anciens musiciens de Magma). Constance Amiot revient aujourd’hui avec 12ème Parallèle, son deuxième album de chansons folk franco-américaines et sa jolie invitation au voyage.

Le 12ème parallèle, c’est cette ligne imaginaire qui traverse de part en part les hémisphères terrestres. Celui du sud passe par Madagascar, dont son père est originaire. Mais contre toute attente, c’est entre la France et les États-Unis que Constance Amiot a choisi de nous faire voyager : un parcours en 12 étapes sur fond de musique folk pop, où chaque morceau nous embarque pour une destination différente : "Ce carnet de route est une des choses que la musique véhicule. Il n’y a rien de tel qu’une chanson pour se déplacer quelque part rapidement. C’est un espace de liberté de mouvement. On passe à travers 12 chansons comme dans autant de lieux de refuge".

De lieux très urbains, comme Montparnasse ou Manhattan, on bascule dans l’état du Maryland, celui de sa jeunesse, à côté de Washington. Dans Oakwood drive, elle détaille visuellement le chemin pour arriver jusqu'à la rue où elle habitait. "On est sculpté par les endroits où l’on a grandi. Je pense que tout le monde a ça. Le Maryland, c'est encore là où j’ai passé le plus de temps dans ma vie, j’y vais souvent. Quand j’avais 16 ans, j’allais faire des concerts avec ma guitare dans les open-mics des cafés. Et quand j’y retourne aujourd’hui, ils m’appellent encore 'la p’tite jeune', alors que le temps a passé depuis ! Cet environnement est tellement ancré en moi que ces paysages reviennent régulièrement dans mes chansons."

Les paysages mais la langue aussi, puisque la majorité des chansons est en anglais : "J’ai toujours fait ça, j’aime bien aussi les mélanges dans la même chanson : j’adore la fluidité de l’anglais et la cadence et les consonnes du français, je m’en sers comme des instruments, comme si la chanson était un village-monde".

De la foule au confidentiel

Si les frontières s’estompent au cœur même des compositions, elles prennent une tout autre perspective dans leur propos. Quand Overdrive nous entraîne musicalement vers de grandes plaines aux allures de western, c’est pour mieux évoquer les variations de comportement de quelqu’un qui subitement "partirait en distorsion" (le titre est un clin d’œil au bouton du même nom que l’on trouve sur les amplis).

Le très réussi Montparnasse, où la délicatesse des sentiments et du secret des uns vient se perdre dans le cortège effréné de la multitude des autres, illustre la nuance que l’on retrouve en filigrane tout au long du disque : "Personne ne voit ce qui se passe/Dans les couloirs et les impasses/On peut s’aimer à en crever/Et partir sans laisser de trace". Idem pour Manhattan : "Dans cette effervescence les gens qui passent et qu’on oublie/Sont comme des vieux amis d’enfance qui seraient touchés d’amnésie".
Deux des trois chansons (avec Les Jours) dont les textes sont signés Jérôme Attal, avec qui la chanteuse collabore depuis son premier album : "Avec le temps, on se connaît assez bien. Après une heure de conversation ensemble, il est capable de m’envoyer trois textes comme des échos à ce que l’on s’est dit. Il a quelque chose de renversant dans l’écriture. Il amène une élégance dans les choses très simples, et parle avec féérie d’un monde qui presque s’éteint."

Les éclaboussures solaires du temps et de l’amour

À travers ces étapes de voyage, la poésie des textes, qu’ils soient signés Constance Amiot ou Jérôme Attal, joue avec la mémoire et les distances, les souvenirs autant que les émotions, et vient côtoyer des rivages folks mis en lumière par Julien Gaulier (Hey Hey My My, Mother of Two), qui a réalisé l’album en y insufflant une énergie pop colorée. L’atmosphère qui s’en dégage nous invite dans un cocon à la fois frais et chaleureux, un entre-deux où le rythme vient nuancer la douceur.

C’est dans Résonances sans doute, interprétée en duo avec JP Nataf, que l’on se plaira le plus à poser nos bagages : le road-movie d’une cavale sentimentale, au sens propre comme au figuré : "Dans un même endroit, un même moment vécu, une même rencontre, on peut avoir plein de directions différentes possibles, c’est ce que je raconte avec : 'Ton regard au monde à défaire/ (…) Ton regard au monde à refaire'" où quand la rencontre amoureuse, cette "danse chancelante", vient tout chambouler pour mieux élargir l’horizon.

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A écouter : la session live dans La Bande Passante (19/05/2014)

Constance Amiot 12ème Parallèle (Abacaba) 2014
En concert à Paris le 12 mai au Réservoir, le 16 octobre au Café de la Danse à Paris
Site officiel de Constance Amiot
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