Les aventures brésiliennes de Sébastien Tellier

Les aventures brésiliennes de Sébastien Tellier
Sébastien Tellier © L. Carême

Pour L’Aventura, Sébastien Tellier n’a pas mis de côté ses obsessions : Serge Gainsbourg, François de Roubaix... Le chanteur barbu, qui signait il y a quelques années un Sexuality pour le moins explicite, prolonge l'expérience avec un disque qui sent bon le soleil. Explication non dépourvue d’humour avec celui qui assure avoir réécrit son enfance dans un Brésil de carte postale.

RFI Musique : L’Aventura, c’est un Brésil rêvé, imaginaire…
Sébastien Tellier : C’est vrai que je ne me suis pas attaché au côté social, à la misère ou aux difficultés des gens à vivre. C’est un Brésil complètement édulcoré, de dessins animés…

Ce disque "brésilien" semble plus inspiré de la bossa-nova que par les musiques actuelles brésiliennes. Qu’est-ce qui vous a intéressé là-bas ?
Moi, la seule musique brésilienne que j’aie connue et que j’arrive à analyser, c’est la fausse musique brésilienne faite par des Européens, c’est-à-dire Paroles, Paroles de Dalida et Alain Delon, les chansons de Michel Fugain où il reprenait les grands airs de la musique brésilienne ou bien Bellini. Cela dit, c’est certain, je me sens beaucoup plus proche de la musique traditionnelle brésilienne que de la musique d’aujourd’hui : la variété brésilienne ne vaut pas mieux que notre bonne vieille variété française. Par contre, il y a une profondeur dans les accords, une beauté dans les harmonies qui font que la musique brésilienne me va. Dans cette musique, j’ai trouvé mon équilibre d’artiste : des accords complexes, des harmonies complexes au service d’une émotion simple.

Vous avez travaillé avec Arthur Verocai, l’un des grands arrangeurs des MPB (música popular brasileira – ndlr) dans les années 1970. Qu’est-ce qu’il vous a apporté ?

Moi, j’ai créé mon album naïvement, loin du Brésil. Mais je voulais que ce soit tourné dans un décor crédible, avec des musiciens crédibles. C’est comme quand on fait un film, j’avais envie que ce soit la lumière véritable et c’est pour cela que j’ai choisi le plus grand arrangeur brésilien. Arthur Verocai est un maître de la musique, il a arrangé les cordes, conduit les flûtes, les chœurs, les percussions, et puis, il est de Rio, c’est un Carioca… Il y a 10.000 musiques brésiliennes différentes mais celle de Rio est très particulière, parce qu’il y a l’obsession du soleil, du coucher de soleil. La véritable émotion que tous ces musiciens de Rio essaient de partager, c’est cet amour du coucher de soleil, cette sensation tellement agréable qui fait que, tout d’un coup, on est au paradis.

Faire de la musique "naïve" comme c’est le cas ici vous permet de rester toujours entre le premier et le second degré, d’être à la fois le musicien pointu collaborant avec la fine fleur de l’électro française et le chanteur loufoque qui a participé à l’Eurovision…
Oui, mais tout ça ne fait pas partie d’un plan machiavélique, j’essaie de faire progresser mon art. J’ai réussi à écrire de belles chansons ou, entre guillemets, une "chanson culte" avec La Ritournelle, j’ai une très belle image même si beaucoup de gens me détestent, mais ce qui me manque aujourd’hui, c’est de faire de la musique pour toute la famille. Et ce n’est pas par appât du gain ou pour écraser les autres que je veux faire ça, même si j’aime bien l’argent et tout, c’est pour continuer à avoir de nouveaux buts. Il ne sert à rien de se dire "je vais rester au niveau actuel" ou "je vais retourner dans ma tanière, la société ne me va pas". Non, j’ai envie de plaire, j’ai envie de séduire, de ne pas faire un truc pépère.

Comment naît une chanson chez vous ?
Quand je suis sur mon piano ou que j’ai la guitare sur les genoux, je m’envole. Il n’est plus question de règles, d’essayer de vendre des disques, moi-même, je ne suis plus là, j’essaie d’être amené dans la transe de mes rêves. Je touche un petit peu à tout au hasard, j’essaye de voir ce qui peut prendre aujourd’hui, ce qui coïncide avec mon état du moment, sans que tout ça soit vraiment conscient et, soit j’ai la chance de tomber sur quelque chose qui vaut le coup, une suite de trois accords avec un petit bout de mélodie, soit je ne trouve rien et là, je monte jouer à la Playstation et manger des Pim’s.

Le mot de la fin…
Il faut fuir la beauté, ce qu’il y a de plus important, c’est le charme. La beauté rend triste, vive le charme !

Sébastien Tellier L'Aventura (Barclay) 2014
A écouter : la session live de La Bande Passante (23/05/2014)
Site officiel de Sébastien Tellier
Page Facebook de Sébastien Tellier