Nevché, la belle échappée

Nevché, la belle échappée
Nevché © O. Metzger

Slameur très discret, mais non moins talentueux de la scène française, Nevché s'ouvre encore davantage à la chanson avec Rétroviseur. Un troisième album brillant, traversé par son adolescence marseillaise et sans nostalgie excessive.

A l'autre bout du fil, il se montre joyeux, vif, chaleureux, disponible et bavard. Pas économe en digressions altruistes non plus. L'homme jouerait presque les intervieweurs à notre place. Preuve d'une belle humilité. On l'a connu à travers son patronyme d'origine arménienne et à la prononciation ardue, en l'occurrence Frédéric Nevchehirlian.

On le retrouve ici avec seulement les deux premières syllabes de son nom. Ce n'est pas de la coquetterie, juste un aspect pratique. "J'aime mon nom de famille qui est étrange et long. Par commodité, j'ai fini par le couper en deux. De toute façon, les gens le segmentaient eux-mêmes".
 
Autant le dire tout de go : paru il y a quelques mois, le troisième album de Nevché se hisse, dès la première écoute, dans les hauteurs des productions hexagonales de l'année. Il rassemble tout ce que ce garçon du Sud a pu emmagasiner et expérimenter depuis ses débuts.
 

Les yeux dans les rétros, mais les mains agrippés au volant, Nevché fonce droit devant. Parce que rien ne l'arrête quand il s'agit de mots scandés et de musique. "Ce disque, c'est une somme d'événements qui font l'être que je suis aujourd'hui. Mais en aucun cas, je ne me laisse gagner par la nostalgie ou les regrets. Il n'empêche qu'il faut questionner son passé pour trouver des réponses à son présent".

 
Ses souvenirs d'adolescence dans un Marseille non idéalisé et délesté des habituels clichés n'ont rien de plombant. Nevché redéfinit le temps et l'espace, célèbre autant la mémoire que la soif de l'inconnu. C'est sa forme de résistance. Récit en forme de road movie avec une mise en scène très cinématographique. Imagerie de la pochette qui renvoie au film Drive. "J'envisage vraiment la musique comme une dramaturgie. Je pars de l'intime pour toucher à l'universel".
 
Sur cet opus produit par Jean Lamoot (Alain Bashung, Vanessa Paradis, Étienne Daho, etc.), Nevché vise la chanson au sens large. Chez lui désormais, un chant libéré qui prend toute son ampleur sur Les grands brûlés de l'amour, chanson qui s'incruste durablement dans les synapses et dont l'évidence mélodique aurait enchanté sans nul doute un certain Daniel Balavoine.
 
Cette remise en perspective libératrice s'accompagne aussi d'une écriture toujours aussi conquérante, mais davantage concise. "J'ai compris après mon album sur Prévert (Le soleil brille pour tout le monde, NDLR) qu'on pouvait dire des choses compliquées de façon très simple. J'avais tendance à faire de longs textes-fleuves. Là je ramasse le propos et le densifie".
 
Rétroviseur possède une approche musicale suffisamment riche pour ne pas favoriser la lassitude. Intro à la Bonnie & Clyde (Notre rendez-vous), folk entêtant (Vas-tu freiner ?), beat électro lancinant (Les régimes à la mode), rock explosif (Rendez nous l'argent), voilà pour l'éclectisme salvateur qu'il ne faut pas confondre avec des exercices de style.
 
A 41 ans, Nevché a l'impression d'être un vieillard. Confidences surprenantes de fin de conversation. Peut-être parce qu'il a déjà pas mal bourlingué. Peut-être parce qu'il est obsédé par le temps qui passe. Peut-être parce qu'il a grandi aux côtés de son grand-père arménien. Mais rassurons-le, les chansons de sa dernière livraison sont, elles, savoureusement intemporelles.
Nevché Rétroviseur (Internexterne/L'autre distribution) 2014
Page Facebook de Nevché
A écouter : Nevché en live dans La Bande Passante (31/03/2014)