Dimoné, le fil-de-fériste

Dimoné, le fil-de-fériste
Dimoné © DR

Il n'a pas la visibilité qui lui sied de droit mais cela pourrait ne plus tarder. Plus que jamais mature dans sa pratique et sa richesse textuelle, Dimoné a un sens de la singularité qui emballe dans son quatrième album aux teintes éclatantes, Bien hommé mal femmé. Une offrande sacrément belle à entendre.

Son statut reste étonnamment précaire. Quinze bonnes années de présence n'ont pas encore suffi à enraciner cet artiste à la moustache mercurienne dans le paysage musical. Il serait pourtant temps d'effacer cette curieuse maldonne. A priori, Bien hommé mal femmé a tout pour remettre les pendules à l'heure. Et cela en dépit d'un titre d'album et d'une pochette - où il apparaît la barbe dessinée par des abeilles - qui font légèrement causer. Pas toujours du goût d'une partie de la gent féminine, voyant là une formule machiste. "En dehors de ce barbarisme, il y a ce questionnement du genre qui me taraude. Je m'interroge sur les codes de la civilité, de la bienséance et du vivre ensemble". Inutile de s'attarder sur cette fausse mini-polémique tant les morceaux sont une divine surprise pour qui trouve la chanson d'ici trop monotone.

Un rêveur lucide
 
De ce Dimoné – Dominique Terrieu au civil – on ne savait pas grand chose ou presque. Des bribes. Qu'il a fait ses armes au sein de plusieurs groupes punk-rock montpelliérains. Qu'il ne se consacre qu'à plein temps à la musique depuis l'année suivant la publication de Madame Blanche (2009), troisième opus boosté par l'habité et détonnant single Les narcisses. Des constats aussi. Comme ce grand prix de la révélation scène décerné par l'Académie Charles Cros en 2012 ou cette propension quasi métronomique à ne sortir des disques que tous les cinq ans. "Si je commençais à me dire que je devais un peu raccrocher tout ça, c'est que le dealer se met à refourguer de la drogue un peu moins chère. Mais j'avoue que c'est parfois tentant de rapprocher la fréquence".
 

Lui, qui pensait faire du rock, est accueilli à bras ouverts dans la famille chanson française. Une coquetterie qu'il dit savourer en bouche. C'est un être utopique et exigeant, rêveur lucide et facétieux logique. Sur scène, on repère une personnalité aussi trempée qu'éruptive, comme la nature intacte et exaltée de son Sud natal. Il est entier et printanier. Un petit volcan dont la lave vient de loin. Parce qu'il a conscience que le chemin est sinueux, que chaque apparition est en quelque sorte un nouveau commencement. "Mais j'ai confiance en ma carcasse, je deviens plus carrossable".

 
Voix de mâle, racé et sans manière, Dimoné poursuit une démarche introspective où il ne se confronte pas directement avec les sentiments. Chez lui, aucune place pour le didactique ou le frontal. Les mots rebondissent à force d'allitérations, de formules désossées ou de phrases à tiroirs. "La liberté de la perception, c'est du naturisme. Il faut être en éveil. Je me découvre un noyau et je vois si on a une pulpe commune".
 
Tranchant et léger
 
Les onze titres de ce Bien hommé mal femmé, réalisés par son fidèle acolyte Jean-Christophe Sirven, se révèlent d'une addiction constamment grandissante. Traversés aussi bien par l'imaginaire, l'acuité ou l'inconscient, ils sont nués de plaisirs indistincts et d'ivresses contrastées. Dimoné creuse ses obsessions telles le manque et la solitude insupportable pour leur donner un relief tranchant.
 
Avec une légèreté enthousiasmante qu'on ne lui connaissait pas (Les triples axel), il s'épanouit dans des lignes solaires et sensuelles. "J'ai participé à un projet collectif autour du répertoire de Boby Lapointe. Sans le savoir, cela m'a fait valider des choses". Des moments de répits salvateurs au milieu de chansons buissonnières percutantes (Un homme libre) et emballantes (Venise), en faux-calmes (Chutt chutt shut up) et explosives (Encore une année). L'homme chante autant qu'il parle, explose les contraintes formelles et utilise de drôles d'instruments (toy piano, bouzouki irlandais, percu de lutrin, onde à bulle...) pour créer des mélodies circulaires. On serait tenté d'avancer quelques patronymes. Puis on se ravise. Il est tout simplement Dimoné, figure de la liberté dans ce qu'elle a de plus enivrant.
 
Dimoné, Bien hommé mal femmé (Estampe/Ulysse Productions) 2014
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