Vianney, l'optimiste idéaliste

Vianney, l'optimiste idéaliste
Vianney © JM Lubrano

Il a de la suite dans les idées ce jeune garçon de 23 ans. Encore scolarisé l'an dernier et débarqué de nulle part, Vianney n'a pourtant pas manqué de se faire remarquer avec un premier disque, Idées blanches, qui a la sincérité du cœur. Le voilà même nommé aux Victoires de la musique.

Lille 17 janvier, la Péniche. Sur scène, le nouveau petit prince de la chanson. Un charme criant. Une séduction dénuée d'artifices. Un univers à la fois lettré et populaire. Et déjà une fière allure d'évidence. Qui oserait affirmer qu'il s'agit de la première date de sa tournée ? Son trac, peut-être savamment masqué, n'est pas vraiment palpable. Dans cette salle intimiste et au cachet indéniable, une assistance intergénérationnelle lui réserve un accueil enthousiaste et bon enfant.

Quelques adolescentes piaillantes se font davantage entendre. Mais elles ne troublent pas l'apparente force tranquille d'un Vianney inspiré et touchant. Guitare en bandoulière, il fait pulser les douze titres de son disque ainsi qu'une reprise (Et maintenant de Bécaud ) dans laquelle il injecte judicieusement le refrain fédérateur de son tube Je te déteste. Pas de musiciens en sa compagnie. Il est le mélodieux et déterminé capitaine de cette enchanteresse croisière en solitaire.
 
Plus tôt dans la soirée, Vianney nous a reçus dans sa loge. Garçon lucide, intelligent, spontané, il n'est pas dans la posture. Ne pas compter sur lui pour se regarder le nombril. A plusieurs reprises, on l'entendra plutôt louer le travail de son label Tôt ou Tard. Bien que la presse soit bienveillante et le public réceptif à sa démarche, il entretient un rapport sain au succès. "Je trouvais déjà cela fou que des gens puissent croire en un album. Donc, il m'était impensable de croire à un engouement réel".
 

Le voyant vert s'est même allumé jusqu'aux Victoires de la musique avec une nomination dans la catégorie Album révélation. Une pirouette : "C'est une blague que j'apprécie beaucoup". Puis retour à une analyse éclairée. "La Victoire, c'est d'y être. Je peux avoir des ambitions de projet mais je n'osais pas avoir celle-là. En famille, on regarde depuis des années et je sais la chance que j'ai d'être nommé. C'est une belle vitrine, quoi qu'on en pense".

 
Autant aventureux qu'insatiable curieux, Vianney est sans cesse en quête de richesse intérieure. D'une pérégrination turque en stop, d'un Tour de France en scooter électrique à une virée suédoise en vélo, il convoque son épanouissement dans la simplicité du voyage. "Sans cela, j'aurais l'impression de vivre à moitié". Constat d'un jeune homme en mouvement qui avait prié très tôt ses parents de l'inscrire au lycée militaire de Saint-Cyr. "Au collège, il me manquait une diversité de personnes et j'ai voulu prendre le large. Là-bas, on est dans une vraie hétérogénéité sociale. Du coup, j'ai pu me mélanger à d'autres et m'épanouir".
 
Sous l'influence de Dick Annegarn
 
Son parcours scolaire l'emmènera par la suite vers des études de commerce à Londres et un diplôme en stylisme décroché en juin dernier. Mais la passion de la musique – transmise par le père dès l'âge de 12 ans - a tout balayé. Comme tous les musiciens en herbe, Vianney bidouille dans sa chambre, gratte inlassablement sa guitare et invente des rythmes en écoutant notamment son idole suprême, Dick Annegarn. "J'ai fait récemment deux de ses premières parties et pour être honnête, je les considère comme mes deux pires concerts. J'étais terriblement ému de passer avant lui".
 
A cheval ente chanson et variété, son disque Idées blanches donne au sentiment amoureux la forme entêtante des comptines, entre éblouissement de l'instant (Chanson d'hiver) et inquiétude tenace (Pas là). Jamais pourtant, Vianney ne s'attarde sur une méthodique dissection de la souffrance amoureuse. "J'essaie toujours de positiver à travers mes chansons, de ne pas prendre les choses au premier degré. Je suis quelqu'un de très positif dans la vie. Quand il m'arrive une tuile, c'est assez facile pour moi de me remettre en selle ou de me détacher".
 
Ce premier opus possède le ton et l'habit justes, avec à la fois une méticuleuse attention apportée aux équilibres instrumentaux et une manière d'envelopper les mots comme du papier bonbon. Cela n'est peut-être pas d'une originalité folle mais ce chanteur à la voix légèrement nasillarde sert le propos avec un tel allant et une telle sincérité qu'il touche pile à l'âme et face au cœur.

Vianney Idées blanches (Tôt ou Tard) 2014

Page facebook de Vianney

En concert au Café de la Danse le 28 janvier et au Trianon à Paris le 4 juin.