La voie de Lulu Gainsbourg

La voie de Lulu Gainsbourg
Lulu Gainsbourg © J-B.Mondino

Trois ans après son premier album, From Gainsbourg To Lulu, un cadeau à son père, sous forme de reprises du grand Serge par différentes célébrités, Lulu Gainsbourg revient, comme chanteur-auteur-compositeur, avec un deuxième disque plus personnel, Lady Luck, entièrement écrit en anglais : un disque intime, aux couleurs pop-rock et aux accents tendres, qui paraît signer l’émancipation heureuse du "fils de…".

C’était il y a trois ans. Lulu Gainsbourg, le "p’tit Lulu", désormais grand – 25 ans !–, ouvrait la porte, apparaissait dans le monde des musiques, révélant fier ce cadeau à son père : des reprises de chansons de Serge Gainsbourg, revisitées sous d’autres lumières, par un glorieux casting –Marianne Faithfull, -M-, Vanessa Paradis, Johnny Depp, Iggy Pop, Ayo, etc.

Las, ce premier disque, From Gainsbourg to Lulu peinait à convaincre, trop timoré, trop ancré dans les pas du géant, recroquevillé dans l’ombre tutélaire. À l’orée de son deuxième disque, Lady Luck, Lulu explique : "Jamais de ma vie, je n’avais songé faire un album. J’ai d’abord considéré l’hommage à mon père comme un one shot : un premier pas qui m’a peut-être permis de m’affranchir du poids de l’héritage. Puis, j’ai aimé l’expérience : de quoi la réitérer ! Je ne me pose pas de questions. J’obéis à mes impulsions".
 
Rupture amoureuse  
 
Pour ce deuxième chapitre, Lulu se fixe un challenge : composer et arranger toutes les chansons. Au début, devant la partition blanche, il sèche. Puis surgit ce déclencheur, une rupture amoureuse douloureuse : "Ça a impulsé le mécanisme. L’événement m’a subitement inspiré, a nourri ma création".
 
Les doigts sur le piano, la guitare ou la basse, Lulu construit des mélodies, sculpte des harmonies, élabore des morceaux sur des thèmes choisis, des mots-clés. Une fois composés, il pose sur leurs rythmes et leurs notes, des mots pesés. "À mes paroliers (Watt White, Jesse Barnes, Yvonne Ambrée…), je décrivais mes idées, mes états d’âme. Et puis, nous écrivions conjointement les textes".
 
Pour exprimer son histoire, et son vécu, Lulu préfère l’anglais, langue dans laquelle il baigne depuis neuf ans, de Boston, où il étudia à la prestigieuse école de musique Berklee, jusqu’à Londres, où il réside à présent. "C’est l’idiome de mon quotidien, celui par lequel j’exprime le mieux mes sentiments", dit-il.

Trouver sa voix

Dans ce nouvel album, au plus proche de ses tripes, Lulu se dévoile, sincère. Il évoque sa séparation (Trouble), ses façons de guérir de l’amour (The Cure), dévoile avec tendresse et pudeur, ses mondes imaginaires (Fantasy), ses sentiments impressionnistes, sa liberté retrouvée (Let it go).

 
À dominante pop-rock lumineuse, zen et tubesque, serti de solos de guitare électrique, l’album se pare de teintes différentes – balades bleues, inspirations alternatives, instrumentaux cinématographiques – servis par des musiciens de haute voltige, tels Paul Turner et Derrick Mckenzie (bassiste et batteur de Jamiroquai), ou Drew McConnell des Babyshambles. Et puis, des invité(e)s affleurent, pour apporter leurs empreintes, leurs voix : son  amie, sa "grande sœur", la peintre et musicienne Ara Starck, l’actrice Anne Hathaway, etc.
 
Ce disque se pare surtout d’un nouvel instrument : la voix de Lulu. "Je me suis frotté à ce défi : je n’avais jamais chanté ! s’enthousiasme-t-il. C’était une façon de surpasser mes limites, d’imprimer ma voix sur des textes personnels. J’ai énormément travaillé ma réflexion, mon expression. J’ai l’oreille musicale, donc je chante juste. C’est pourtant une autre gageure de raconter une histoire, de l’incarner ! Un jour, le déclic s’est produit : il a nécessité beaucoup de temps de maturation !"

Coup de poker

Et puis, il y a cette chanson phare, ce morceau funky, groovy, qui donne son titre à l’album, Lady Luck. Le chanteur explique : "Je ne connaissais pas celle que je surnomme 'Lady Luck' : je l’avais uniquement vue en photo, et elle avait inspiré, en coup de foudre, ma chanson. Aujourd’hui, je vis avec cette personne ma plus grande histoire d’amour. C’était un coup de poker réussi. Pour moi, l’amour s’assimile à ce jeu de cartes : il faut de la chance, mais aussi du 'skill' (qualités d’un joueur, ndlr), un certain art de la stratégie. Si tu joues mal dans une relation, tu te couches, tu perds… Même s’il y a bien sûr, la beauté, les émotions incontrôlables…"

Enfin, dans ce disque, Lulu dédie deux chansons très tendres à ses parents : Moushka pour sa mère Bambou ; Destiny pour son père, qui mêle des influences à la Melody Nelson. Ému, le chanteur exprime : "Mon père m’a apporté la musique, ma passion, ce pour quoi je vis. Je l’ai connu seulement cinq ans, mais son empreinte reste très présente. Quant à ma mère, ma confidente, ma meilleure amie, elle m’a apporté tout le reste : l’exemple d’une femme qui s’est battue seule pour élever son fils, malgré les difficultés, le nom, etc. Elle m’a appris la vie. Si je suis quelqu’un de discret, d’honnête, de simple, c’est grâce à elle ! Je lui dois d'être l’homme que je suis !"

 Un homme qui, assurément, a grandi ; un artiste plus sûr de ses choix. Son album aux titres doux, dont les échos résonnent longtemps encore après l’écoute, le prouve : à coup sûr, le fils de Gainsbourg déploie aujourd’hui ses propres ailes.

 
Lulu Gainsbourg Lady Luck (Fontana/Universal Music) 2015
Site officiel de Lulu Gainsbourg
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