La maison d’hôtes de Bastien Lallemant

La maison d’hôtes de Bastien Lallemant
Bastien Lallemant © F. Chapotat

On était sans nouvelle discographique de lui depuis Le Verger, sorti en 2010. Pour autant, Bastien Lallemant ne chômait pas. Pendant tout ce temps, il faisait une fois par mois les beaux dimanches du Théâtre de la Loge à Paris en compagnie de quelques camarades, proposant au public de drôles de Siestes acoustiques. Leur principe : bercer des auditeurs à même le sol, le temps d’une heure improvisée autour du répertoire de chacun, entre chansons et petites histoires. C’est entouré d’une partie de ses hôtes – et amis – de ces belles après-midi qu’il est de retour avec un nouvel album, La maison haute.

RFI Musique : Comment l’idée originale des Siestes acoustiques est-elle née ?
Bastien Lallemant :
En 2010, j’ai initié dans un festival, cette Sieste acoustique avec les copains du moment qui étaient présents, Albin de la Simone, David Lafore et JP Nataf. On s’est rendu compte qu’on adorait faire ça : jouer dans une espèce d’anti-show où l’on n’a pas à répondre d’une énergie de scène, mais tout d’un coup jouer entre nous, comme à la maison. Ça nous a drôlement plu. Donc, on s’est mis en tête de reproduire cette expérience à Paris, à La Loge. Ça ne devait pas forcément durer. Mais finalement, ça dure parce qu’on y a pris goût, et le premier cercle d’amis s’est élargi avec les amis d’amis. Sont venus depuis, une centaine de chanteuses, de chanteurs, d’auteurs. C’est devenu une espèce de laboratoire.

On retrouve plusieurs de ces copains de Siestes dans le disque, car en plus des six musiciens qui vous accompagnent – dont JP Nataf et Seb Martel, qui l’ont réalisé – on y croise Albin de la Simone, Maissiat, Françoiz Breut, Katel, Diane Sorel et Jean-Christophe Urbain. C’est le fruit d’un travail collégial, pourtant il résonne de façon très intime…
Mon écriture, comme notre travail, a été influencée par ça. J’ai testé des chansons lors de ces siestes. Les arrangements et le disque ont été faits dans cette dynamique-là. On l’a enregistré de manière acoustique en live, vraiment très proches les uns des autres. La Maison haute, c’est aussi la maison d’hôtes, celle des invités, tout cela est très lié aux Siestes. J’aime l’image de la maison, que ce soit pour un disque ou même en général. Je vis à la campagne, je suis très rural, et je tiens beaucoup à la famille, au cercle, au cocon. Ce disque, c’est une histoire de famille, musicale cette fois-ci, mais j’aime l’idée de la maison ; c’est pour moi rassurant une maison.

Cette intimité est aussi celle des textes. L’amour est au centre de toutes les histoires.
Je suis un grand fan de romans, de nouvelles, et ça fait longtemps que je considère les chansons comme un champ de possibles pour raconter des fictions. Pour autant, c’est mon disque le plus intime. À travers ces décors et ces personnages que j’invente, je raconte des choses qui me touchent aujourd’hui dans ma quarantaine, qui m’interrogent beaucoup. L’amour à différents moments de la vie, comment l’amour dure dans le temps, l’amour quand il est à terre. Une chanson comme Le Fossé (où l’on retrouve les Innocents aux chœurs, ndlr) exprime une vision sur le long terme de l’amour. Qu’est-ce que c’est ? Moi, ça me panique un peu et ça me passionne aussi. La fin de la chanson Le vieil amour (en duo avec Françoiz Breut, ndlr) peut avoir deux écoutes différentes, laisse un point d’interrogation. Est-ce que c’est un nouvel amour pour ce couple-là, est-ce qu’il va réinventer son amour, ou alors chacun se sépare et revit un nouvel amour avec quelqu’un d’autre, ce n’est pas résolu. Intimement pour moi, c’est un couple qui réussit à réinventer son propre amour, mais je crois qu’on peut comprendre autrement cette chanson.

On ne peut s’empêcher de penser à Melody Nelson à l’écoute du disque…
Toutes les influences sont rarement préméditées chez moi. Le premier disque, parce qu’il était en guitare-voix, faisait penser à Brassens, car en plus l’écriture était très troussée, et Brassens reste mon influence majeure depuis toujours. Mais dans les chanteurs français, ça a été aussi beaucoup Gainsbourg, Nougaro, puis Dominique A, plus récemment Bertrand Belin, Albin de la Simone ou JP Nataf, qui sont des amis proches. Quand tout à coup, apparaissent dans les cordes des influences telles que Melody Nelson, bien sûr on les entend arriver. A nous le choix de les refouler ou de les garder. Comme ce sont des références qui sont importantes pour moi, on a décidé de les garder. Un million d’années évoque bien sûr Melody Nelson.

Il y a aussi la très cinématographique Au loin la côte
J’aime beaucoup l’écriture au féminin. Tout d’un coup me mettre dans la peau d’une femme, et essayer d’exprimer des sentiments à travers un personnage. Je me suis figuré cette personne fuyant un amour à terre et partant sur l’eau. C’était aussi inspiré du film Un été avec Monika de Bergman, l’un de mes films de chevet. La possibilité de la fuite sur l’eau, de s’absenter du monde. A un moment donné quand on fuit - ça m’est arrivé à certains moments de ma vie -, au milieu de toutes les certitudes qu’on a, il y a un moment de panique. Il faut alors revenir. Quand je la chante, même si j’utilise une voix grave, je suis dans la peau d’une femme. L’attente est aussi une chanson qu’une femme raconte. Je crois qu’on est tous à un moment donné, dans une attente de l’autre.

Bastien Lallemant La maison haute (Les Heures Du Jour/Zamora Productions) 2015
Page Facebook de Bastien Lallemant
 
A écouter : la session live dans La Bande Passante (06/03/2015)