La voie douce de Yael Naim

La voie douce de Yael Naim
Yael Naim © F. Prioreau

Avec un disque marqué par sa maternité, Yael Naim enrichit le vocabulaire de ses chansons intimistes. Alors qu'elle vient de célébrer les dix ans de son duo avec le percussionniste David Donatien, la chanteuse israélienne installée en France nous explique comment elle a trouvé sa voie. Malgré les leçons de la vie, Older préserve l'alchimie d'un univers onirique et devrait confirmer le succès d'une fille charmante.

Ainsi va la jolie Yael Naim à qui le passage dans la deuxième moitié de la trentaine a enlevé quelques certitudes. "Sans parler de l'âge, ni de vieillesse, Older, ça veut dire grandir, c'est-à-dire perdre des gens qu'on aime - j'ai perdu ma grand-mère récemment - et rencontrer la vie, on fait des enfants. J'ai pu vivre ça pour la première fois. Quand quelqu'un voit le jour, ça t'amène à dépasser la peur de l'inconnu, à aller de l'avant. Longtemps, j'ai eu l'impression que chaque seconde vécue me séparait d'un moment qui ne reviendrait plus, j'accepte maintenant d'être bousculée" dira-t-elle.
 
La chanteuse est devenue maman et ses nouvelles chansons sont empreintes des questions qui se sont posées avec cette maternité. Il y a Coward dans laquelle elle interroge sa propre "lâcheté", Make a child et ses chœurs d'enfants, ou encore Ima, l'un de ses titres les plus émouvants, interprété en hébreu et en créole haïtien. "Ima, c'est maman en hébreu. Son texte raconte l'histoire d'une mère qui dit à son enfant : 'Maman est là, maman n'a pas peur'. J'ai écrit ces paroles à la veille de leur enregistrement et il se trouve qu'elles sont totalement connectées à l'histoire de Layla MacCalla, qui chante toute la partie en créole. Comme moi, Layla est aussi devenue mère."
 
Des instruments enchantés

Les chansons intimistes d'Older évoquent le rude chemin qui mène à soi (I walk until, Dream in my head...) et les barrières que l'on se met. Ceux qui avaient découvert Yael Naim grâce au tube New soul voici sept ans ne seront pas dépaysés tant ce quatrième disque est un prolongement de son univers onirique. Si les orchestrations ont pris de l'ampleur, que les voix forment désormais des entrelacs comme chez Camille, la chanteuse maîtrise l'art de faire des ballades toutes simples s'adaptant très bien à une configuration piano/voix ou guitare/voix.

 
Les bricolages d'antan ne sont plus d'actualité, mais comme dans les contes de fées, il reste ici un certain enchantement notamment lié à l'utilisation répétée de métallophones. "C'est un peu l'univers magique de Tim Burton. J'adore les percussions d'orchestre, poursuit Yael. Le glockenspiel, le métallophone ou le célesta m'évoquent l'enfance. Au début, avec David Donatien, on utilisait des xylophones de base et, au fur et à mesure, on a découvert de nouveaux instruments : les marimbas, et pour cet album, le dulcitone. C'est un piano de la famille du célesta, dont les marteaux tapent sur des bouts de métal. Il tient dans une valise, couvre cinq octaves et possède un son proche du Fender Rhodes."
 
Chercher sa voie, trouver sa voix

Le temps a passé depuis que miss Naim a fait ses débuts avec la comédie musicale Les dix commandements et le duo qu'elle forme avec David Donatien, devenu son compagnon, a indéniablement créé un son. Plus sombre que ses deux précédents disques, Older n'en garde pas moins le charme mutin de son interprète, qui s'amuse gentiment de son interlocuteur lorsque ses mains font des ronds dans l'air ou glisse au détour d'un rire : "Ouaih, c'est grave ça !" 
 
La femme enfant "très libre à tous les points de vue" s'est affirmée par rapport à ceux qui voulaient lui coller une image de chanteuse à voix sans aspérités et le succès lui a donné des bottes de sept lieues. Ses dernières prestations avec le trio de choristes détonant, 3somesisters, ou sa récente collaboration sur Coward avec le pianiste de jazz Brad Meldhau témoignent d'une fille libre, bien dans sa voix et dans sa voie.
 
Cette voix qu'elle a voulu faire sortir sur Older, Yael Naim en a pris conscience au creux de l'enfance et de l'adolescence. "J'avais 12 ans, il y avait un concours de chant dans mon village. Je me suis présentée avec ma compo et j'ai eu un premier déclic. Au lieu de faire une réflexion sur mon jeu de piano – j'étais alors dans une formation de piano classique-, le directeur artistique m'a fait un compliment sur ma voix. Quand j'ai découvert par la suite qu'on pouvait tout mélanger, le classique, les Beatles, Joni Mitchell, et créer quelque chose de personnel, je me suis dit : 'Ok, ce sera ma voie'. Le fait de savoir que tout venait de mon corps, c'était une forme de liberté incroyable. Dans la rue, en revenant de l'école, à la maison, on chantait tout le temps avec l'une de mes copines ! Pauvres parents, on n'arrêtait pas !"
 
Par le biais de ses chansons, l'adolescente timide est rentrée en contact avec les gens de son entourage et, bien des années plus tard, c'est cela qui nous parle encore. 
 
Yael Naim Older (Tôt ou Tard) 2015            
Site officiel de Yael Naim
Page Facebook de Yael Naim

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