Aznavour, l'éternel assoiffé

Aznavour, l'éternel assoiffé
Charles Aznavour © DR

Sa longévité en devient presque insolente. Et à bientôt 91ans, il ne faut pas compter sur le patriarche de la chanson française pour songer à tirer sa révérence. S'il se retourne sur le passé et convoque ses souvenirs dans son 51e album Encores, Charles Aznavour continue de regarder droit devant avec une série de concerts programmés à la rentrée et un autre disque déjà quasiment bouclé. Insolent, on vous dit...

À ce rythme-là, on va finir par le croire immortel. Inoxydable, insubmersible, infatigable... Des termes récurrents qui pullulent pour qualifier Charles Aznavour. Incapable de se résoudre aux adieux – malgré de nombreuses fausses promesses – le doyen des chanteurs français peut se flatter d'abattre du boulot.

Plus d'un millier de titres dans son escarcelle. Qui dit mieux ? Et il répond toujours présent pour se régaler avec une suprême gourmandise. La flemmardise épicurienne, il ne connaîtra jamais. Quant au mot "retraite", il est banni de son vocabulaire. C'est donc cet Aznavour éternel, hors d'atteinte et hors saison, qui ouvre un énième chapitre. Après Aznavour toujours, précédente livraison pas franchement mémorable, voilà Encores. Entendre par ce titre : rappels à la scène américaine.

Annoncé pour le 24 novembre dernier, cet album a subi un petit retard à l'allumage. La faute aux orchestrations qui n'étaient pas du goût du grand Charles. Même à 91 ans et du haut de sa pharaonique carrière, l'exigence reste bel et bien un maître mot chez lui. Il s'est ici attaché les services du vénérable Marc di Domenico dont le savoir-faire avait été synonyme de renaissance pour Henri Salvador.

Aznavour, lui, n'a pas besoin de retour en grâce. Hormis les débuts, c'est-à-dire il y a des lustres, inutile de chercher une quelconque trace de traversée du désert dans sa biographie. Il sait très bien qu'avec cet opus, il mettra les irréductibles dans sa poche : la ménagère qui a le cœur qui se serre dès que La Bohème passe sur les ondes et tous ceux qui préfèrent généralement un velouté d'instruments aux murs du son. Nappes de cordes, piano, accordéon, c'est un habillage classieux et classique.

Conformément à sa discographie, qui ne ressemble pas à un championnat de monde de grand écart, Aznavour embrasse une tonalité mélancolique et remonte l'escalier de la mémoire. Regard un brin résigné d'un homme dans le rétroviseur. "Je me verse un whisky/Et laisse courir mes pensées/ Embuées de mélancolie/ Pour voyager dans mon passé...". Les souvenirs inondent la plupart des chansons, ils sont tenaces.

Retour sur une enfance regrettée (Les petits pains au chocolat), plongée arrosée et festive dans un Montmartre insouciant (La maison rose), célébration énamourée de celle qu'il a côtoyée de près (De la môme à Édith). Souvenirs aussi quand il rend hommage à une héroïne anonyme de l'Occupation (Chez Fanny) ou quand il se désole de la désertification rurale (Et moi je reste là).

Évidemment, l'amour pointe ici et là le bout de son nez. Un thème trop souvent familier et traversé dans son répertoire pour qu'il évite le sentiment de répétition. T'aimer fond sous la langue, mais ne l'a-t-il pas déjà écrite dix fois ? La voix, souvent chevrotante, n'est pas de la plus assurée. Si elle fait un peu saigner les oreilles sur le duo avec le saisissant Benjamin Clementine (You've got a learn), elle lui apporte la plupart du temps un surcroît de vérité. Un charme aux allures crépusculaires.

Charles Aznavour Encores (Barclay) 2015
Site officiel de Charles Aznavour
Page Facebook de Charles Aznavour

A écouter : l'entretien avec Charles Aznavour dans Vous m'en direz des nouvelles (05/05/2015)

En concert au Palais des Sports à Paris du 15 au 27 Septembre.