La chanson 360° de Jehro

La chanson 360° de Jehro

Avec son approche omnidirectionnelle de la musique, le chanteur français Jehro nourrit en permanence son inspiration, comme le laisse deviner son parcours artistique depuis seize ans. Pour son nouvel album, Bohemian Soul Songs, auquel il a voulu donner un accent soul prononcé, le chanteur marseillais s’est envolé vers les États-Unis.

Le septuagénaire Johnny Hallyday, en short, dansant aux côtés de sa femme Laeticia sur Waiting My Life, une des nouvelles chansons de Jehro, alors que le disque n’était pas encore commercialisé ? La séquence vidéo qui a amusé les réseaux sociaux, il y a quelques mois, n’est pas seulement un sympathique coup de pouce involontaire à l’album Bohemian Soul Songs et à son auteur – qui semble d’ailleurs y faire référence dans ses remerciements sur le livret du CD puisqu’on y lit successivement les prénoms de l’Idole des jeunes et de son épouse… Elle illustre aussi, à sa façon, cette faculté du lauréat de la Victoire 2012 des musiques du monde à savoir sortir des cases toutes faites et laisser son feeling emporter l’adhésion.

Parce que c’est ainsi qu’il donne l’impression de voir son art : pas de pré carré, clôturé, mais des champs ouverts où il se promène, flâne sans autre guide que celui de ses envies artistiques du moment. Ses onze nouveaux titres en sont un témoignage supplémentaire. Exit, ce léger reflet reggae qui l’avait révélé au grand public en 2007, et que l’on trouvait déjà sur son projet avec les Marathonians quelques années plus tôt. Avec Cantina Paradise, en 2011, fruit d’un voyage à Panama et à Cuba, il avait cultivé ce côté caribéen.
 
Mais avec lui les étiquettes sont faites pour être décollées : cette fois, il a donc pris la direction de la Californie, pour enregistrer à Los Angeles et Hollywood, sous la houlette de l’Américain Mitchell Froom connu entre autres pour son travail avec la chanteuse Suzanne Vega (qui fut son épouse) et surtout comme producteur du hit La Bamba dans sa version de 1987, avec le groupe de rock latino Los Lobos. Parmi les musiciens réunis sur place, des pointures de studio qui ont accompagné Elvis Costello, Carlos Santana ou Willy Deville.
 
Préjuger le résultat au regard des ingrédients serait une nouvelle erreur : le Marseillais n’est pas homme à chercher la facilité, bien qu’au final ce qu’il fait possède un aspect évident, naturel. Lui qui a fait ses débuts discographiques en 1999, avec un album produit par Franck Eurly, arrangeur réputé de la variété française, aime travailler avec des collaborateurs aux profils différents (son coauteur, l’Américain Paul Breslin, a longtemps été guitariste pour Gainsbourg, Higelin…).
 
Si le soleil de la West Coast brille tout au long des 41 trop courtes minutes que dure Bohemian Soul Songs, le titre de l’album indique clairement le choix de faire sonner ces compositions avec des intonations soul, venues de Detroit et de la célèbre maison de disques Motown. La section de violons et violoncelle du Carter Quartet remplit parfaitement son rôle à cet effet. Les arrangements, classieux et classiques, séduisent – sans surprendre –  à l’image d’un How Long qui aurait pu être le dixième morceau de What’s Going on de Marvin Gaye. Là réside à la fois la force et la faiblesse de Jehro. Ceux qui l’ont côtoyé le qualifient volontiers de "caméléon", ou encore "d’éponge", pour évoquer sa capacité à absorber et restituer au mieux les couleurs de l’environnement dans lequel il se trouve. Lisser les aspérités, arrondir les angles : un domaine dans lequel il pourrait prétendre au rang d’expert.
 
Jehro, Bohemian Soul Songs (Warner) 2015
Page facebook de Jehro

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