Emmanuel Moire en quête d'autrui

Emmanuel Moire en quête d'autrui
Emmanuel Moire © L.Humbert

De l'ascension populaire au désamour, Emmanuel Moire est déjà passé par les extrêmes durant sa courte carrière. Ceux qui avaient emprunté avec lui Le chemin - album de la renaissance qui s'est écoulé à plus de 250.000 exemplaires - devraient à nouveau suivre le chanteur de 36 ans avec La rencontre, ce nouvel opus de variété propret et cadré.

RFI Musique : Le postulat de départ était-il de tendre vers un disque au propos plus ouvert que les précédents ?
Emmanuel Moire : J'avais fait un peu le tour du disque autocentré. Il y a des questionnements évidemment sur moi-même, mais j'ai eu envie que ce soit tourné vers les autres, que ce disque soit plus musical et moins format chanson. À partir de là, j'ai pu me pencher sur le propos autour de la rencontre avec soi, de l'enfant qu'on était et de l'autre. J'aime les thématiques humaines dans lesquelles on peut peser le pour et le contre.

Un état d'esprit plus apaisé ?
Je pense que je n'aurais pas pu faire un disque comme celui-ci si j'avais été autant en recherche qu'auparavant. Avec Le chemin, il y avait ce désir de construire quelque chose et d'aller vers la lumière. Je ne me pose plus du tout ces questions-là. C'est plus un album constat sur la période d'aujourd'hui et qui hormis une ou deux petites touches, n'est pas en introspection sur le passé.

Il n'empêche que la construction de soi reste votre obsession...
Pour moi, il n'y a rien de pire que de passer à côté de sa vie. Cela m'angoisserait terriblement. Je sens que je me construis au fur et à mesure et que cela se fait naturellement. À partir d'un moment, tu récoltes ce que tu sèmes. Trop de gens donnent parfois peu d'importance à leurs choix personnels. On a toujours l'impression que c'est dépendant des autres ou de l'extérieur. Pour moi, c'est faux. Il y a bien sûr des choses imposées, mais c'est la manière dont tu les contrôles qui change tout.

Vous optez ici pour un son plus éclaté et moins pop-electro. L'envie du moment ?
C'est flagrant, je le reconnais, mais ce n'est pas une volonté quelconque de gommer ou contrecarrer quoi que ce soit. En travaillant sur les chansons, je trouvais qu'il fallait que ce soit organique. J'ai fait place au jeu. Dans les parties de guitare, on entend parfois le grincement du bois, l'imperfection du son. Par rapport aux thèmes, c'était bien aussi d'avoir quelque chose de plus acoustique. Sur L'attirance, par exemple, cela commence guitare-voix puis ça s'étoffe et tout le monde joue. Je me suis laissé le luxe de pouvoir faire cela plutôt que quelque chose de plus produit.

Comme sur tous vos disques, c'est Yann Guillon qui a écrit tous les textes. Pourquoi cette exclusivité ?

On a construit une relation d'amitié depuis quinze ans. On s'est rencontré à Astaffort et ça a tout de suite fonctionné entre nous. C'est assez rare, cet espèce de binôme : lui, ce sont les mots, moi, les notes. A chaque fois, on a l'impression d'être une seule personne quand on crée. Encore plus sur cet album, il y a une fluidité dans le travail. Il est dans l'émotion humaine et c'est aussi ma quête. Après, les choses ne sont pas figées. Il n'arrive pas avec un texte et c'est immuable. On revient sans cesse sur notre travail sans altérer notre confiance commune. J'ai essayé avec d'autres que Yann, mais je n'ai pas retrouvé cette dimension-là.

Vous chantez Toujours debout. Êtes-vous surpris d'avoir réussi à surmonter tous les obstacles aussi bien personnels qu'artistiques ?
Un peu, car on m'avait renvoyé l'image de quelqu'un de fragile. Je suis beaucoup plus fort et courageux que ce que je pensais. Face à ce que j'ai vécu, j'ai eu cette volonté de conquérant. J'ai décidé d'écrire et de vivre mon existence. Il y a eu une phase de trou noir. Plus rien ne fonctionnait comme je voulais. J'ai cumulé, mais j'ai eu la lucidité de ne m'attacher qu'aux priorités. Je suis reparti de zéro avec cela en tête.
 
Dans cette même chanson, il y a un couplet qui fait référence à votre frère jumeau disparu. C'était essentiel pour vous de l'évoquer à nouveau ?
La thématique de la chanson était essentielle : tous ces gens qui ont la force de se relever et de rester là face au drame. Je trouvais que c'était judicieux d'en parler parce que je pense être un exemple parmi tant d'autres. J'ai fini la chanson avec cette pastille-là. Il fallait que je le fasse pour la rendre encore plus forte.

Êtes-vous revanchard par rapport à la maison de disques Warner qui vous avait rendu votre contrat en 2011 ?
Pas du tout. Je ne cultive pas cela. Ce ne sont pas mes valeurs. Quelle est l'utilité de rester avec des gens qui n'ont plus envie de travailler avec toi ? Cela n'aurait été pas sain. Après c'est vrai, ils n'ont pas fait les choses de manière très élégante. Mais, avec le recul, cela m'a permis d'avoir une faculté à savourer les moments de succès tout en n'oubliant pas que demain, ça peut être fini.
 

Vous avez composé deux musiques pour le dernier album de Chimène Badi. Vient-on  régulièrement frapper à votre porte?
En tout cas, plus qu'avant. Cela commence à se savoir que c'est moi qui fais mes chansons. J'ai longtemps eu l'impression qu'on me considérait seulement comme un interprète. Cela reste une question de chanson et de rencontre. C'est difficile de faire un titre pour quelqu'un d'autre. Il faut se glisser dedans, se mettre au service de l'autre, sentir les choses pour que ça lui parle. Mais je suis très demandeur de cet exercice-là.
 
Emmanuel Moire La rencontre (Mercury) 2015
Site officiel d'Emmanuel Moire
Page Facebook d'Emmanuel Moire