Safia Nolin, chansons à fleur de peau

Safia Nolin, chansons à fleur de peau
Safia Nolin © LePetitRusse

Limoilou est un quartier ouvrier de la ville de Québec, que l’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin a quitté pour s’établir à Montréal l’an dernier, à l’âge de 21 ans. C’est aussi le titre de son premier album rempli de chansons guitare-voix simples, et délicates, mais d’une puissance rare.

"Toute seule, je m’en vais toute seule/Sans peur, j’avance sans peur/Ailleurs, j’irai ailleurs/Mais j’ai menti parce qu’au fond j’ai peur", chante Safia Nolin dans La laideur, une chanson désarmante qui figure sur son premier album, Limoilou, paru au Québec en septembre dernier. Et cette franchise que l’on retrouve dans ses textes est exactement celle dont elle fait preuve en entrevue, dans un café à quelques pas de son appartement du Plateau Mont-Royal.

"Quand je suis arrivée à Montréal, j’étais perdue. J’avais peur. Mais je me suis fait tellement d’amis rapidement. Plein de gens m’ont dit : 'ça va bien aller'. Je me suis vraiment sentie épaulée, je suis chanceuse." Rempli d’aveux, sans jamais chercher à masquer les faiblesses ou la vulnérabilité, Limoilou renvoie directement à l’adolescence de Safia Nolin, à la transition, la tristesse, la perte ou l’errance. C’est une belle collection de chansons folk, dont l’enrobage minimaliste renforce justement le poids et la portée.
 
Ce premier album, il a tout de même mis quelques années à voir le jour. Au grand dam de la chanteuse. Mais elle se dit aujourd’hui soulagée que son label lui ait laissé du temps : "Pendant 2 ans, je pensais savoir ce que je voulais. J’avais le complexe de la chanteuse folk : il y en a tellement ! Alors j’ai voulu faire autre chose, mettre plein d’instruments, faire plus compliqué. Mais on s’en câlisse des instrumentations ! Je suis revenue à la chanson folk parce que c’est ce que j’écoute et c’est ce que je suis."
 
Autodidacte

Nolin nous confie que le fait d’avoir révélé publiquement qu’elle avait grandi avec peu de moyens a entraîné des frictions familiales. "C’est vrai que c’était rough quand j’étais jeune. Mais la raison pour laquelle j’ai fait de la musique, c’est justement parce que j’étais pauvre et que je n’avais fucking rien." C’est là que la guitare et le chant ont pris leur sens : après avoir abandonné l’école à 15 ans, elle s’est mise à apprendre par elle-même l’instrument, et à s’exercer en faisant des reprises de ses chansons préférées (Lady Gaga, Katy Perry, Taylor Swift…), les diffusant ensuite sur YouTube.

 
"Je n’ai pas menti sur Limoilou, et je compte juste aller encore plus deep sur les prochains albums, sinon ça ne sert à rien d’en faire." Elle recommence d’ailleurs à écrire de nouvelles chansons, dont l’une a été révélée en spectacle il y a quelques semaines à Montréal. "Quand tu cesses d’écrire pendant un certain temps, il y a toujours ce stress de ne pas pouvoir recommencer. Il faut que tu fasses de l’exercice pour que ça revienne. C’est mieux d’écrire… quitte à écrire de la merde."
 
Trois mois après la parution de son premier disque, Safia Nolin s’apprête à présenter ses chansons en France. C’est la première fois qu’elle joue hors Québec, la première fois qu’elle se rend en Europe et… la toute première fois qu’elle prend l’avion. "Ça fait beaucoup de premières pour moi ! Je panique un peu, admet-elle. Mais en même temps, c’est la meilleure façon d’apprendre. J’ai essayé l’école, je suis allée à l’École de la chanson de Granby et ce n’était pas pour moi. Les cours n’apprennent pas à faire des shows ou des soundchecks, à parler avec les diffuseurs, à se protéger… Et c’est tellement important ! Aller en Europe, ce sera un vrai crash course de 2 semaines." Un jeune talent à suivre donc.
 
Du 2 au 18 décembre, Safia Nolin présentera 13 spectacles en France, en Belgique et en Suisse, dont 9 en première partie de Lou Doillon.

Safia Nolin Limoilou (Bonsound) 2015
Site web de Safia Nolin 
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