Fréro Delavega, sur la planche des harmonies

Fréro Delavega, sur la planche des harmonies
Frero Delavega, 2015. © DR

Deux beaux gosses surfeurs qui chantent au coin du feu, sur la plage, et dont toutes les filles sont folles... Voilà exactement ce que ne sont pas Jérémy Frérot et Florian Delavega, alias Fréro Delavega. Beaux gosses, certes, mais surtout auteurs, compositeurs, instrumentistes et interprètes de talent. Des ombres et des lumières est là pour enfoncer le clou.

Mission de l’unité Fréro Delavega : survivre au succès fou du Chant des sirènes. Mission annexe : faire mieux que le premier album, en juillet 2014. Obstacle principal : la voracité de l’industrie musicale d’aujourd’hui, qui consomme beaucoup de "chair à musique" avant de la laisser au bord de la route. Fréro Delavega, avec ce second album, Des ombres et des lumières, a trouvé la solution : sortir, au culot, à peine plus d’un an après les premiers, douze nouveaux titres bien groupés.

Un album soigné, avec juste ce qu’il faut de tubes pour assurer ses arrières. Ton visage, par exemple, où l’on retrouve la marque Fréro Delavega : des harmonies vocales et une mélodie impeccables, des guitares à l’unisson et un texte bien trempé, auxquels s’ajoutent ici de délicieux chatouillis capverdiens… "C’est la chanson de notre rencontre avec Tété, résume Florian Delavega. Nous voulions évoquer l’attachement à la nature, notre "planche de salut" face au tumulte de la ville."
 
Autres succès probables : A l’équilibre, nerveuse ballade coécrite avec Ben Mazué, ou encore Sous les étoiles, magnifique reggae piano-voix dont la fine mélodie s’installe dans l’oreille ; un morceau quasi métaphysique. Le ton est donné, Des ombres et des lumières n’est pas un tome II du premier album, écoulé à 300.000 exemplaires, mais un tournant élégamment négocié vers plus de profondeur, comme en témoignent Le cœur éléphant et Mes autres. "Notre musique, notre écriture, nos arrangements ont évolué, reconnaît Jérémy Frérot. Nous avons plus d’exigence. Nous voulions quelque chose d’un peu plus pointu."
 
Des parcours atypiques
 
Frérot et Delavega ne sont pas nés avec The Voice. Florian Delavega, né Garcia, voit le jour à Bordeaux le 12 juin 1987. Son père "écoute pas mal de musique le week-end : Marley, Lavilliers, Sade, Manu Chao…" Florian se dirige vers des études de professeur d’EPS (éducation physique et sportive). Lauréat du CAPEPS en 2010, il enseignera jusqu’à ce que la musique l’entraîne hors du droit chemin, en janvier 2014. "J’ai gardé de bons souvenirs de l’enseignement. J’ai travaillé dans un collège de Bondy, en Seine-Saint-Denis, j’y ai vécu des choses fortes et émouvantes."
 

Une voie que suivra aussi Jérémy Frérot, né le 17 mars 1990 à Bruges (près de Bordeaux). Il faut dire que ses deux parents sont professeurs d’EPS… Jérémy, lui aussi, est bercé par la musique, "mais plutôt brésilienne et africaine… Mon père jouait guitare-voix et souvent je chantais et jouais de la guitare avec lui." Le jeune homme se dirige également vers des études d’EPS, mais lui ne sera jamais enseignant. "Quand la musique a marché, j’étais en seconde année de licence… Alors…"

 
Tout ce petit monde habite Gujan-Mestras, dans le bassin d’Arcachon. Étonnant que les deux garçons ne se soient jamais rencontrés étant gosses, mais, à cet âge-là, trois années scolaires valent trois années-lumière… "Nous ne nous sommes vraiment rapprochés qu’en faisant un job d’été, sauveteurs en mer, précisent en chœur Jérémy et Florian. Nous avons tout de suite accroché grâce à nos nombreux points communs." Entre autres, la musique et la pratique intensive du surf.
 
2011, année des premiers succès
 
Armés d’une guitare, les futurs Fréro Delavega commencent alors à interpréter des reprises en duo. Succès immédiat auprès des ami(e)s… Fort avisés, ils postent quelques vidéos sur YouTube. Fin 2011, pas encore barbus mais déjà en superbe harmonie, ils voient leurs reprises de Save Tonight, d’Eagle Eye Cherry, et de Price Tag, de Jessie J, faire un buzz considérable. Céline Aron, agent de DJs, repère les compères et les présente à Serge Sabahi, qui est toujours leur manager et qui les fait signer, dès juin 2012, chez Universal, rien de moins. Un premier mini-album paraît, porté par Onde sensuelle, de -M-. Une très belle reprise mais dont le succès est limité.
 
Vient enfin The Voice, saison 2014. "C’est The Voice qui est venu à nous, affirme Florian. Nous avions déjà été contactés pour la saison précédente grâce au buzz sur YouTube. Nous avons accepté en 2014 car c’était une superbe occasion de nous exposer." Leur audition à l’aveugle, avec Caroline, de MC Solaar, soulève l’enthousiasme, en particulier celui de Mika, qui décide de les coacher. Ils quitteront l’émission en quarts, sur un très émouvant Je m’voyais déjà, d’Aznavour, qui, heureusement, ne fut pas prémonitoire. "Nous sommes alors partis pour terminer d’enregistrer notre premier album", conclut Florian. Celui du succès fou. Cette année-là, le vainqueur fut Kendji Girac. A l’écoute comparée de ce dernier et des Fréro, on se dit, comme certains sportifs, qu’il vaut parfois mieux être éliminé en quarts que gagner la finale…
 

 

Fréro Delavega Des ombres et des lumières (Capitol/ Universal Music) 2015
Site officiel de Fréro Delavega
Page Facebook de Fréro Delavega