Daniel Balavoine, l’indélébile éclaireur

Daniel Balavoine, l’indélébile éclaireur
Daniel Balavoine © A. Marouani

Disparu à l'âge de 33 ans, le 14 janvier 1986, dans un accident d'hélicoptère survenu au Mali lors d'une mission humanitaire en marge du rallye Paris-Dakar, Daniel Balavoine a eu une carrière brève, mais prolifique. Porte-parole d'une jeunesse désemparée, agitateur d'idéaux, importateur de sonorités nouvelles, Daniel Balavoine avait soif de reconnaissance. Il laisse en héritage une kyrielle de tubes inamovibles.

"J'veux mourir malheureux, pour ne rien regretter". A-t-il exaucé ce vœu sans concession ? Impossible d'avancer ici une réponse irréfragable. Ce qui est incontestable, c'est le bel élan autour de la commémoration du trentième anniversaire de la disparition du chanteur. Célébration tous azimuts où le meilleur (excellent documentaire de Didier Varrod sur la chaîne France 3) côtoie le pire (pathétique émission spéciale sur TF1). Et lui, non plus, n'échappe pas au passage désormais obligatoire de la reprise de son répertoire par d'autres artistes (voir encadré).

Balavoine, on s'en souvient forcément. Sa libre et forte parole continue de retentir comme jamais. On n'achève pas si aisément un type qui aura mis sa vie dans la balance. Buté, rebelle, idéaliste, sentimental, exalté, il ne connaissait pas la langue de bois. Tout sauf un pisse tiède. L'inoubliable et populaire diatribe offensive à l'encontre du candidat Mitterrand en 1980 à force d'exemple, apostrophe enflammée qui n'a d'ailleurs pas pris une ride. Au lycée, il voulait être député. Désillusionné par les forces vives de Mai 68, son engagement passera finalement par la chanson et l'humanitaire.
 
Débuts timides. Au bout de deux albums, Eddie Barclay ne souhaite pas prolonger l'aventure. Léo Missir, le directeur artistique de la maison de disques, ne lâche pas l'affaire. Bien lui en prend. Doublée victorieux concomitant à la fin des années 70 : Le chanteur – dont le texte est jeté en trois quart d'heure sur un coin de console - agit comme rampe de lancement et la comédie musicale Starmania l'aide à gravir les marches du succès. Conscient des insolentes capacités voltigeuses de la voix de Daniel Balavoine, le tandem Michel Berger-Luc Plamondon lui offre même spécialement le magnétique et haut perché S.O.S d'un terrien en détresse.
 

Le public se familiarise alors avec ce garçon au visage poupin, à la moue boudeuse et à l'assurance animale. Les punchlines sortent comme un mouvement de jouissance ("Et comment retrouver le goût de la vie/Qui pourra remplacer le goût par l'envie" dans Sauver l'amour). Des désirs par bourrasques mêlés à des convictions et des prises de position, comme les pressentiments d'une vie qui se dessine.

 
Il s'empare des facettes sensibles de la société, mêle histoire personnelle et narration universelle. Le film Kramer contre Kramer ainsi que le divorce d'un ami proche lui inspirent Mon fils ma bataille, l'arrivée du Front national et son amour pour Corinne - juive d'origine marocaine - débouchent sur L'aziza. Les tubes se ramassent à la pelle.
 
Tel un taureau tenace, il affirme ses talents scéniques. Une puissance de feu ne laissant pas de place à l'économie. On le range dans la case variété, étau qu'il n'apprécie guère. La presse spécialisée le boude, c'est son drame. Daniel Balavoine aspire à un statut de rockeur. Cette quête permanente de reconnaissance artistique ne cessera de l'habiter.
 
En studio, il est loin d'être le client facile. Son exigence est pointue. Ses fidèles partenaires se nomment Andy Scott et Joe Hammer. Tous les trois, précurseurs éclairés, sont férus de sonorités "échantillonnantes". Dans la seconde partie de sa carrière, Balavoine veut être de l'avant-garde. Il ne cache pas son admiration pour Peter Gabriel. Il se procure un Fairlight, synthétiseur relié à un ordinateur et s'aventure dans une approche synthétique (Tous les cris les S.O.S, Aimer est plus fort qu'être aimé). Jusqu'où aurait-il poussé son côté explorateur ? Là encore, nul ne le saura jamais. Il a choisi de vivre. Pas de survivre. On lui en voudrait presque.
 
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Balavoine(s), un disque hommage
 

Goldman

, Renaud, Aznavour, Téléphone... Et ça continue encore et encore. Exploitation de ce paradigme jusqu'à plus soif : générique éclectique, oscillant entre génération montante et chanteurs solidement installés. Évidemment, le disque hommage Balavoine(s) ne déroge pas à la règle. Pourquoi ne pas convoquer des artistes qui se réclament de lui musicalement ? A croire que l'intérêt artistique est définitivement relégué au dernier plan dans ce genre de projet.
 
Christine and the Queens avait fait sensation sur Aimer est plus fort qu'être aimé lors des 30 ans des Francofolies de La Rochelle. Au lieu de cette version détonante, on se retrouve avec une relecture péniblement flegmatique signée Cats on Tree. Mais ce n'est pas la palme du plus gros massacre. Celle-ci est décernée ex æquo à Zaho et Shy'm qui emmènent respectivement Sauver l'amour et Vivre ou survivre dans une électro-pop racoleuse.
 
Les oreilles saignent également à l'écoute du reggae totalement désinvolte de Féfé (L'aziza), du franglais éprouvant de Josef Salvat (Pour la femme qui s'éveille) ou des interprétations plates comme une mer d'huile de Jenifer (Mon fils, ma bataille) et d'Emmanuel Moire (Le chanteur). Zaz, qui est décidément partout, s'empare convenablement de Tous les cris les S.O.S à défaut de la réinventer.
 
Du panache pour Ours (Si je suis fou), de la sobriété poignante pour Nolwenn Leroy (Un enfant assis attend la pluie). Et les coups d'éclat, alors ? Ils arrivent du côté de Christophe envoûtant sur Lucie et de Raphael qui imprime joliment sa patte sur un titre plus confidentiel (Soulève-moi). Enfin, si Florent Pagny livre sans forcer un honnête La vie ne m'apprend rien, on préférera l'audace du rappeur Soprano sur ce morceau. Mais pour l'entendre, ce sera exclusivement sur le net.
 
Compilation Balavoine(s) (Capitol) 2016