Chamfort à la moulinette underground

Chamfort à la moulinette underground
Alain Chamfort © B. Camaca

Les belles chansons appellent souvent l'écho de remixes. Alain Chamfort, qui célèbre ses cinquante ans de carrière, laisse ses archives à des producteurs de la scène électronique. Et le résultat est étonnamment réussi.

Dandy, séducteur, romantique. Ces termes-là lui collent aux basques. Option glu même. Puisque le combat est de toute façon perdu d'avance, Alain Chamfort ne lutte plus contre ces raccourcis. Ce n'est pas un aveu de faiblesse. Juste que l'homme est trop bien élevé pour s'adonner à d'épuisantes mises au point.

Difficile aussi de l'imaginer hausser le ton. Chez lui, il y existe une placidité en toutes circonstances. Quand la maison de disques Delabel lui rend son contrat au milieu des années 2000 pour absence de résultats, il n'adopte pas une posture de geignard. Sa réponse passe par un clip parodique (Les yeux de Laure) dans lequel il exhibe des pancartes. Démarche classieuse.
 
Rester humble malgré les coups du sort, c'est ça aussi Alain Chamfort. Jamais, il n'a courbé l'échine. À son égard, une bienveillance est de mise. "Il me renvoie l'image de quelqu'un de sage et de malin. Il a quelque chose de pétillant dans le regard et un véritable recul sur lui-même", confie Maud, moitié du tandem Scratch Massive qui s'est emparé du titre La fièvre dans le sang.
 
Des débuts sous le joug de Claude François à une collaboration fructueuse avec Gainsbourg – qui s'est terminée par une brouille – de chanteur à tubes eighties à des incursions dans des projets parallèles (l'élégant et raffiné Une vie Saint-Laurent), Chamfort a une carrière protéiforme. "C'est un des rares artistes français qui a gardé une certaine crédibilité. Ses chansons, on peut encore les écouter aujourd'hui. Chamfort, c'est un peu entre le génie branque de la variété à la Christophe et, plus tard, Étienne Daho avec la pop-électro", souligne le DJ-producteur Ivan Smagghe.
 

Inutile de le cacher, la trajectoire du chanteur avance désormais cahin-caha. Dandy peut-être, mais un peu maudit. Niveau comptable, ce n'est plus le nirvana. Sentence méritée pour son dispensable album de duos, qu'il a d'ailleurs défendu à reculons. Plus sévère, le sort réservé récemment à son dernier album de chansons originales, douze ans après Le plaisir. Les retrouvailles avec son parolier fétiche Jacques Duvall auraient dû lui permettre de se repositionner sur l'échiquier. En vain. Hormis une petite percée radio du single Joy, le disque est lui aussi resté à quai.

Des standards revisités

Regain d'intérêt en perspective pour ses cinquante ans de carrière ? Chamfort revient donc avec deux compilations : l'une sans surprise regroupant vingt de ses titres phares remastérisés, l'autre plus aventureuse et d'un genre particulier, puisque la crème de la scène électro underground revisite douze de ses morceaux.
 
Riche idée initiée et supervisée par Marco Do Santos, touche-à-tout à l'appétit dévorant (photographe, DJ, réalisateur). Devant faire face initialement à des contraintes économiques, le projet a mis quatre ans à aboutir. "J'ai connu Alain grâce à des relations communes. Il était propriétaire de ses bandes. Donc on a pu les récupérer. Au départ, on a travaillé de manière artisanale. Les choses se sont accélérées quand Alain a signé avec le label Pias", explique-t-il.
 
Chamfort qui a pour habitude de faire les choses dans son coin laisse ses invités détourner ses propres chansons, jusqu'à les voir se gorger d'une deuxième sève. Les remixeurs déposent dans un souffle libre leur personnalité et emportent ses standards dans une autre dimension. "Ce qui est fondamental chez Alain, c'est la démarche mélodique. Il fera toujours son effet à l'avenir. Il suffit juste de le réactualiser, car des ados n'ont pas envie d'écouter Manureva et Bons baisers d'ici d'il y a trente ans", souligne Marco Do Santos.
 
On plonge dans cette suite de versions finalement proches de l'ambiance spontanée des clubs parisiens. Scratch Massive manipule La fièvre dans le sang dans une encre plus noire, Paradis imagine un Rendez-vous au paradis plus dingo, Superpitcher emmène Géant dans des sonorités groovy, Pilooski & Jayvich invitent Lio pour un Bambou funky. 
 

Ivan Smagghe, quant à lui, s'attaque à Manureva, souvenir tenace de son enfance. "C'est le premier 45 tours que j'ai voulu. J'avais huit ans et j'ai demandé ça à ma mère pour Noël. J'ai voulu faire un instrumental, car il n'en existe pas. Je suis fasciné par les dix premières mesures de la chanson. Ma version est beaucoup basée là-dessus".

 
Cette compilation, aussi accessible pour les puristes du dancefloor que pour le grand public, en ressort assumée et affirmée tant on y trouve de l'énergie et de la fraîcheur.

Compilation Alain Chamfort, versions revisitées (Pias) 2016

Site officiel d'Alain Chamfort
Page Facebook d'Ivan Smagghe
Page Facebook de Scratch Massive