Adamo, un candide lucide

Adamo, un candide lucide
Salvatore Adamo © C. Gassian

On n'en finira jamais assez de saluer sa bienveillance, son humilité, sa disponibilité pour la générosité. Plus d'un demi-siècle déjà qu'Adamo donne à la variété ses lettres de noblesse. Pour s'en convaincre à nouveau, il suffit de se pencher sur L'amour n'a jamais tort, son 25e album de chansons originales. Rencontre avec un gentleman enchanteur.

RFI Musique : Le disque s'ouvre avec Chantez. Est-ce une sorte de profession de foi ?
Salvatore Adamo : Une déclaration de lucidité concernant mon rôle. Je sais tout ce qui se passe sur terre et je ne suis pas tout le temps sur mon petit nuage comme on pourrait le penser. Mais malgré tout, je veux assumer cette naïveté et essayer, d'une façon ou d'une autre, de continuer à tendre la main.

Aimez-vous jouer avec cette image de naïf ?
Non parce que ce serait me faire trop violence de gommer cette naïveté. Je n'ai pas appris à peser mes mots pour qu'ils soient moins candides. Ils sont dictés par une forme de spontanéité. Je suis comme ça, je ne sais pas tricher.
 
Vous n'avez jamais fait de pause durant votre carrière. Comment expliquez-vous ce rythme presque frénétique ?
C'est vrai que je ne me suis jamais accordé d'année sabbatique. C'est une telle passion chez moi que j'ai peur de perdre un bon moment. C'est ma façon d'exister. Je me suis rendu compte que le plaisir que je prends sur scène, j'aimerais le partager à chaque fois avec toute ma famille. D'être seul après dans sa loge, c'est un petit bémol dans la joie. Je vais commencer à freiner les tournées lointaines. En fin d'année, je pense aussi faire mes adieux au Japon.
 
Il parait que vous trouviez votre précédent album La grande roue trop mélancolique. D'où le choix ici de Jo Franken (Milow, Triggerfinger...) à la réalisation ?
Les chansons up-tempo, elles auraient pu être sur le disque d'avant. Le directeur artistique a choisi les titres plus nostalgiques. Là en faisant appel à Jo Franken, je savais que le up-tempo avait sa préférence. Ce qui m'a amusé, c'est qu'il m'a confié d'emblée que ses parents écoutaient beaucoup mes chansons. Il m'a dit aussi que si je voulais de l'énergie, il fallait respecter la mélodie. J'étais heureux de l'entendre dire ça, car je ne suis que mélodiste dans l'absolu. Je n'ai pas fait d'études musicales, c'est instinctif.
 
Sur cet album, l'engagement apparaît davantage en filigrane. Vous écrivez, notamment, en faisant référence aux attentats de Charlie Hebdo : "J'ai pleuré tout comme vous/Pour l'esprit de liberté/Abattu comme un aigle en plein vol..." Comment avez-vous réagi ?
J'étais en Belgique. Il y a des événements comme ça, un peu comme le premier missile de la guerre d'Irak, qui vous mettent les larmes aux yeux et vous foudroient. C'est la négation de la vie. J'avais envie de revenir à Paris pour sentir l'atmosphère. C'est ce que j'ai pu faire, en novembre dernier, où après une émission de télé, je suis allé devant le Bataclan. J'ai demandé au taxi de m'y amener et je me suis arrêté cinq minutes. C'est vraiment impensable de tels actes !
 
Quand vous avez sorti la chanson Inch'Allah, vous avez été interdit pendant plus d'une décennie dans les pays arabes. Avez-vous reçu des menaces ?
Je n'ai pas été menacé physiquement. Mais il y a eu un article au Liban dans lequel on exhortait les lecteurs à brûler mes disques.
 
Ho'oponopono (en hawaïen : "agis dans l'harmonie, ne te laisse pas abattre, tout ira bien"), c'est votre philosophie ?
C'est d'une certaine façon la méthode Coué ou "Hakuna Matata". Cela se veut juste joyeux et encourageant. Dans les coups durs, je ne me dis pas que tout ira bien mais ça ira mieux. Les chagrins font toujours de la peine mais, avec le temps, la douleur physique est moins vive. Brel chantait : "On n'oublie rien de rien, on s'habitue c'est tout".
 
"Pourtant elle m'aime/Tous les goûts sont dans la nature". Est-ce autobiographique ?
(rires) Cette chanson est née dans la salle d'attente du dentiste. J'ai ouvert une revue féminine et je tombe sur une interview d'une comédienne très connue. Elle répondait à tout négativement. En quelque sorte, elle n'aimait rien sauf son homme. Il y avait beaucoup d'humour dans son côté grognon. Je ne dis pas son nom parce qu'il faut que je demande son autorisation.
 

Pourquoi avez-vous la gorge serrée quand vous chantez Des mots dans le vent ?

J'ai écrit cette chanson dans un moment de très grande mélancolie. Je ne savais pas à qui je pensais. Après l'avoir terminée, j'ai compris qu'il s'agissait de ma mère. Je vais essayer de l’interpréter sur scène pour voir comment je vais réagir. La boule au ventre, elle vous prend au moment où vous ne vous y attendez pas. Il y a des chansons que vous chantez depuis des années et d'un coup, vous êtes pris par l'émotion. Pour Mourir dans tes bras, j'ai changé récemment la dernière strophe et je dis : "Y en a qui meurent certains soirs/Quand la musique bat son plein/Et que la folie en cagoule noire/Croise leurs chemins".
 
"Je mets des bémols partout". Est-ce l'âge qui commande cela ?
Encore une fois, c'est la conscience qu'à mon âge, je devrais me dire ce genre de choses. Pour l'instant, je me les chante au lieu d'agir (rires). J'espère que ce sera le plus tard possible. Je pratique un métier qui permet de garder l'illusion de la jeunesse.
 
C'est quoi les défauts d'Adamo ?
Je suis têtu, je dois le connaître. On me dit gentil et je pense que j'ai une forme de bonté en moi. Mais le fait de ne pas oser dire non, c'est un peu de la faiblesse et de la lâcheté. Cela m'a joué des tours. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me suis fait rouler dans la vie. Il fallait passer par là, cela faisait partie de l'aventure.
 
La date de fin de l'aventure, vous la connaissez ?
Ce sera difficile de l'admettre soi-même. Je veux continuer dignement. Si ce n'est plus le cas, je compte sur mon entourage pour me le signaler.
 
 
Salvatore Adamo L'amour n'a jamais tort (Polydor) 2016
Site officiel d'Adamo
Page Facebook d'Adamo