Barcella, les mots et le rythme

Barcella, les mots et le rythme
© Lisa Roze

Avec Charabia, un deuxième album drôle, intime et véloce, le chanteur Barcella montre sa différence, entre chanson classique, slam et empreintes hip hop. Revue de détail.

En général, on ne comprend rien à un charabia. Donc c’est par antiphrase que Barcella a intitulé son deuxième album Charabia : il compte parmi les virtuoses de l’écriture et les plumes les plus inventives de sa génération. Nourri de hip hop, de slam et du patrimoine touffu de la chanson française, il fait entendre une nouvelle fois ses textes semés de jeux de mots et d’invention poétiques, de confessions attendries et de clins d’œil. 

Et la sortie de l’album s’accompagne chez lui de l’impatience de retrouver la scène, son élément naturel. Quatre-vingt-dix concerts l’année dernière, soixante-dix l’année précédente : Barcella est un familier des salles de moyenne capacité, des festivals de chanson et des premières parties gratifiantes (Cali, Cabrel, Cœur de Pirate, Sanseverino, Tryo…). "En grande majorité, les chansons naissent d’abord dans l’instant sur scène, explique-t-il. Si j’écris une chanson le lundi et que j’arrive à la connaitre le mercredi, je la joue le jeudi soir. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si elle peut rencontrer la sensibilité du monde. Il m’arrive bien sûr de peaufiner parfois en studio, mais ce n’est pas la mécanique habituelle. Je rôde les chansons sur scène et, comme j’écris beaucoup, ça m’aide à faire le choix. Sur Charabia, il y a quatorze titres mais je suis parti avec plus de vingt-cinq morceaux au départ."
 

Cas singulier parmi les artistes qui commencent toutes leurs chansons par le texte, Barcella présente des arrangements très sophistiqués et inventifs, semés de petites bizarreries sonores : Mellotron sur l’album, vièle à roue sur scène… "Je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux pas. Mais je ne suis pas capable d’écrire les arrangements. Je suis le moins compétent musicalement de tout le groupe, j’ai avec moi des musiciens qui sortent de conservatoires ou d’écoles de jazz."

 
Soudé par la scène, son groupe donne une dynamique implacable aux chansons de Charabia"Méthodologiquement, j’ai insisté pour qu’on travaille d’abord sur le rythme. Dès que la tête bouge, on travaille les arrangements. Il y a pas mal de jazz, mais des connotations "hiphopistiques" sur des morceaux comme Abracadabra ou Le Cahier de vacances : quand on écoute la batterie, on pourrait rapper dessus ; tout l’intérêt est justement de ne pas rapper et de chanter davantage. "
 
Ayant grandi entre les Bourvil, les Brel ou les Barbara de ses parents professeurs, puis avec Oxmo Puccino et les premières voix célèbres du slam, Barcella pratique un chanté-parlé-slammé singulier : " Je ne suis pas un chanteur à voix, je n’ai pas d’extraordinaires compétences vocales. Je suis avant tout un auteur : je vibre et je vis de mes observations et j’essaye de susurrer les choses. J’aime bien les choses assez intimistes ou avec plus ou moins de pudeur – des chansons comme La Symphonie d’Alzheimer ou L’Âge d’or, qui renvoient à une tendresse, à une nostalgie, voire à une tristesse... Parfois, je pousse un petit peu plus la voix, mais dans l’ensemble, c’est un album plus proche du murmure que de la performance vocale. "
 
Barcella est trentenaire, puisque né le 11 mai 1981, et il reconnaît volontiers le poids et la marque de l’histoire culturelle de sa génération dans ses chansons : "Je suis de la génération des Mystérieuses Cités d’or et dans L’Âge d’or j’y fais allusion, comme à d’autres dessins animés de mon enfance ou aux vignettes Panini." Cela n’en fait pas pour autant le chanteur d’une classe d’âge. Il a du mal, d’ailleurs, à se projeter en représentant d’une génération : "Mon projet est assez éclectique musicalement et, à certains moments, il est plus dans l’ordre de l’atypique que d’une famille musicale. Déjà, sur mon premier album, La Boîte à musique, on m’avait qualifié de chanteur "ancienne vague", à cause de l’accordéon. Mais je n’ai pas le sentiment d’appartenir à une famille."
 
Il y a deux ans, son premier album était sorti chez un petit label indépendant. Charabia est publié par Sony Music. "Ils sont venus vers nous parce qu’on a eu un gros parcours sur scène. Ils nous ont appelés alors qu’on ne leur avait pas envoyé de titres. Ils voulaient qu’on se voie. Ça a pris du temps parce qu’au départ j’étais un peu frileux. Nous avions le sentiment de pouvoir continuer à nous passer de ces gens-là. Tout était construit, tout marchait bien les musiciens et moi vivions de la musique. Nous avions écoulé dix mille Boîte à musique. J’ai signé pour des raisons artistiques : les moyens mis à ma disposition m’autorisent certaines ambitions et c’est tout à fait plaisant. J’aime les chansons très orchestrées et, si je veux des cordes, je peux toujours aller toquer à la porte du Conservatoire de région, ce qui marche un moment mais connaît ses limites. Avec Sony, c’est plus simple… Maintenant, je me concentre sur la musique alors qu’avant, j’étais au four et au moulin. En indé, on n’aurait pas pu faire cet album."
 
Barcella Charabia (Sony Music) 2012.

Tournée : le 31 mai à Paris (Café de la Danse), le 10 juin à Èvres, le 5 juillet à Albi, le 11 à La Rochelle, le 19 à Aix-en-Othe…