Cloclo, la musique d’abord

<i>Cloclo</i>, la musique d’abord
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Le film de Florent-Emilio Siri sur la vie de Claude François, Cloclo, n’évite pas toujours le cliché mais parvient à rendre d’une manière particulièrement efficace les sortilèges des chansons de l’idole des années 60-70. Revue de détail.

Peut-on traiter les paillettes en sépia ? C’est l’entreprise tentée par Florent-Emilio Siri avec Cloclo, film retraçant vie, carrière et mort de Claude François, qui parvint à accomplir son rêve : devenir le numéro 1 des chanteurs français.

Le risque était évident : ne contenter que les fans les plus acharnés d’un chanteur qui fut comme nul autre moqué, brocardé, attaqué et détesté de son vivant. Et, dans l’ensemble, Cloclo échappe au risque de ne concerner que les passionnés en usant des techniques (voire des artifices) classiques dans ce genre de film pour "universaliser" une trajectoire et une œuvre singulières.

Donc, le jeune Claude François affronte très tôt la sévérité et les principes d’un père engoncé dans un autre temps, celui du patriarcat tout-puissant et du prestige néocolonial de la France. Mais l’ingénieur au canal de Suez expulsé d’Égypte sombre dans la pauvreté et la dépression et ne verra jamais le succès de son fils devenu artiste contre sa volonté…

Il est vrai que, chez Claude François, il est difficile de trouver une autre fêlure particulièrement spectaculaire : il ne boit pas, ne se drogue pas et, s’il court de fille en fille (des blondes, presque exclusivement), il s’agit toujours de braves filles bien intentionnées que sa jalousie et sa rigidité finissent par écraser.

Et le ressort dramatique qui va faire courir le héros du film d’un premier succès chèrement acquis jusqu’aux premiers nuages noirs s’amoncelant, par hasard, dans les quelques temps qui précèdent sa mort, ce ressort sera justement son perfectionnisme. Hyper-professionnel, maniaque, obsessionnel, tatillon, tyrannique, Claude François concentre toutes les formes du besoin de contrôle, dans sa vie artistique, sentimentale ou familiale.

Le scénario de Florent-Emilio Siri et Julien Rappeneau démonte habilement cette névrose singulière, glissant lentement de détails pittoresques à une accélération et une tension presque angoissantes. Le Cloclo des dernières séquences avant sa mort est un homme inquiétant qui règne sur un entourage fourbu…

La performance d’acteur de Jérémie Renier est évidemment au cœur de la réussite de Cloclo : bien que sa ressemblance avec le chanteur ne saute pas aux yeux, c’est par son feu et sa ferveur qu’il rend le talent, l’acharnement et les failles d’un artiste qui a refusé, de bout en bout, de considérer son succès comme acquis.

Autour de lui, le décor, les accessoires et la bande-son accomplissent une énorme part du travail de reconstitution historique : il ne manque pas une voiture d’époque dans les rues de Paris, les costumes et les chaussures sont parfaits, le mobilier est vintage et Florent-Emilio Siri assume à l’écran une tabagie effrénée qui semble bien politiquement incorrecte aujourd’hui.

Ancien réalisateur de clips vidéo (notamment pour IAM ou Lofofora), il sait filmer le rythme, les musiciens, les corps qui dansent et l’imaginaire des chansons. Quelques séquences sont mémorables, certaines très originales (Cloclo apprenant en direct les pas de danse du groupe d’Otis Redding pendant un concert à Londres), d’autres plus convenues (l’écoute par le chanteur de la version de Comme d’habitude-My Way que vient d’enregistrer Frank Sinatra). Mais rien n’est jamais ni plat, ni chromo, dès lors que Claude François chante.

Et c’est peut-être cela la réussite principale de Cloclo : rappeler qu’avant le mythe et la légende, il y a un musicien et un homme de scène exceptionnel. Les couleurs très crues, les mixages extrêmement colorés des chansons, le souci d’une restitution sonore en angles vifs et en reliefs : on a parfois l’impression de voir mieux Claude François aujourd’hui dans une fiction qu’on ne voyait de son vivant sur les écrans de télévision.