Dominique A, vingt ans après

Dominique A, vingt ans après
© wagram

Pour célébrer la sortie de son premier album, La Fossette, il y a vingt ans, Dominique A a vu grand : une réédition de ses huit albums remasterisés, un nouvel album à paraître en mars prochain et une re-création sur scène, en partenariat avec le Théâtre de la Ville, de cet opus inaugural, manifeste novateur de minimalisme pop devenu objet de culte au fil des ans. Entretien passé/présent avec l’un des chanteurs français les plus singuliers de notre temps.

RFI Musique : Pourquoi avoir choisi cette date-anniversaire pour lancer cette rétrospective ?
Dominique A : Il était important pour moi de dépasser la date de péremption habituelle d’un disque, de deux ans en général. Et lorsque le Théâtre de la Ville m’a proposé de monter ce concert autour d’une relecture de La Fossette, l’occasion était trop belle de ressortir l’album en le dépoussiérant un peu, pour le faire découvrir au-delà du cercle de fans. Dans le même temps, il y avait tous les vieux albums exploités par mon ancienne maison de disque, un peu dormants, que je voulais remettre en avant.
Ce côté rétrospectif n’est intéressant que parce qu’il est contrebalancé par du neuf. Je savais que j’allais travailler en parallèle à de nouvelles chansons. Mon rapport au présent est toujours lié à ce regard sur le passé.

À la réécoute, il se dégage de la Fossette une candeur qui semble aujourd’hui inimaginable…
Je pense que toute cette époque fait aussi "paléolithique" aujourd’hui que lorsqu’on me parlait des Beatles en 1985, quand j’avais 17 ans ! Ce premier disque, je l’ai enregistré sur un magnétophone à cassette, chez mes parents, sans aucun plan de carrière. Ce mode de production est vraiment fini. L’extrême professionnalisation des nouveaux artistes m’impressionne, mais l’innocence a disparu. Les jeunes qui arrivent maîtrisent déjà les tenants et les aboutissants du métier. Moi, en 1992, je ne maîtrisais rien.

Avez-vous le sentiment d’appartenir à cette génération très particulière (Miossec, Katerine…), éternellement à mi-chemin entre l’underground et le succès massif ?
Je l’ai compris a posteriori, en lisant un article qui expliquait qu’à part le succès tardif de Katerine, cette scène n’a jamais explosé auprès du grand public. Je suis davantage concerné que les autres d’ailleurs ! Miossec a un public plus large que le mien, Katerine a connu une sorte de gloire avec Louxor. Mais nous ne sommes jamais devenus des néo-Souchon ou des néo-Lavilliers. La génération suivante, elle aussi, a connu une meilleure exposition en se revendiquant plus franchement de la chanson française. Nous étions, quant à nous, dans ce créneau beaucoup moins rassembleur de pop indé anglo-américaine chantée en français.

Vous avez quand même touché au succès à l’époque de la Mémoire Neuve
J’ai mis un bout de pied dedans, mais j’ai trouvé qu’elle était froide ! (Rires) Cela se réouvre un peu depuis La Musique (dernier album en date, ndlr). Je sens qu’il se passe quelque chose, qu’une nouvelle génération s’intéresse à ma musique. Je le vois dans la location de billets, l’affluence aux concerts. Chose amusante, je suis de plus en plus reconnu grâce à la scène, alors que c’est l’aspect de mon métier qui m’intéresse le moins ! Je préfère de loin écrire, être en studio, voir une chanson naître.

Avec le recul, quel est le disque dont vous êtes aujourd’hui le plus fier ? Et celui que vous ne pouvez plus réécouter ?
Sans avoir de favori en particulier, je relèverais les deux derniers. J’aime assez L’Horizon, son approche très spatialisée, sans rythmes trop marqués, et ses deux chansons longues, L’Horizon et Rue des Marais, qui restent deux de mes meilleures chansons. J’apprécie aussi Auguri, que je trouve encore assez frais.
Il n’y en a aucun que je ne puisse pas réécouter. Les plus faibles seraient probablement Si je connais Harry, qui n’a pas de ligne directrice, et Tout sera comme avant, parce que trop boursouflé par instants. Il y a même certains morceaux où je ne suis pas là, c’est assez bizarre.
Tous les autres sont à leur manière une réussite. Le plus problématique reste sans doute Remué, un bel album dont je ne supporte plus la voix, ni le souvenir de mes difficultés personnelles au moment de l’enregistrement.

À quoi ressemblera le futur album prévu pour mars prochain ?
Il aura l’énergie d’Auguri, et l’ambition orchestrale des meilleurs moments de Tout sera comme avant. Comme Auguri, ce sera un album très divers, une sorte d’auberge espagnole avec des titres très rock, un autre plus Motown… Autrement dit, un disque ouvert, que des gens très différents pourront, je l’espère, aimer.

Dominique A L’Intégrale (EMI/Cinq7) 2012
En concert les 26 et 27 janvier au Théâtre de la Ville, le 12 avril au Lieu Unique à Nantes…