Infatigable Aznavour

Infatigable Aznavour
© karl lagerfeld

Quelques jours avant son retour à l’Olympia le 7 septembre, à Paris, le grand Charles présente douze nouvelles chansons avec Aznavour toujours. Sensible et éclatant d'amour, ce nouveau disque recèle aussi quelques fortes surprises…

Il y a une dizaine d’années déjà, Charles Aznavour avait laissé entendre qu’il allait faire ses adieux, avant de rectifier : non, ce n’est que lentement, peu à peu, qu’il rompra les fils. Après des décennies à courir les scènes du monde entier et les studios d’enregistrement, il a commencé par renoncer aux récitals en langues étrangères, puis aux grandes tournées françaises, puis à l’immense vaisseau familier du Palais des Congrès. Pour cette fin d’été, il s’installe sur la scène de l’Olympia à partir du 7 septembre et il sort un nouvel album, Aznavour toujours. Il n’a qu’à peine changé de rythme : son précédent disque, Charles Aznavour & the Clayton-Hamilton Jazz Orchestra, date de la fin 2009.

Dans Aznavour toujours, il montre ses talents d’auteur-compositeur et interprète dans leurs couleurs les plus classiques, dans l’appareil des grands titres qui ont fait de lui une référence absolue de la chanson française, après avoir été un grand révolutionnaire des années 1950-60. On retrouve évidemment la voix ample qui accorde, magnanime, son billet de sortie à la femme dont l’amour s’évanouit (dans Va) ; on retrouve la plume qui promet de "fai[re] naître des jours qui ressemblent à des nuits" ; on retrouve cette capacité unique à résumer nos existences dans La vie est faite de hasards ou dans Les Jours ; et on retrouve la science singulière d’un auteur de chansons qui sait dessiner toutes les images de l’amour avec un mélange de vérité psychologique et de crudité érotique (dans Que j’aime j’aime ça)… Cet Aznavour est celui qui raconte l’éternité du couple. Ou qui braque parfois sa caméra sur un lieu ou un instant de l’histoire des Français, comme dans Ce printemps-là, histoire d’amour dans la saison singulière de Mai-68…

Pléiade de musiciens

Les arrangements et la réalisation d’Aznavour toujours ont pour l’essentiel été partagés entre deux maîtres de générations différentes : le Brésilien Eumir Deodato, fort de cinq cents albums (dont ceux de Frank Sinatra, Astrud Gilberto, Björk, Christophe, Aretha Franklin…) et le Français Yvan Cassar (Mylène Farmer, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Roberto Alagna…). L’un comme l’autre n’ont eu aucune difficulté à constituer un casting de rêve, tant il est difficile pour un musicien de résister au plaisir de travailler pour M. Aznavour : le pianiste Jacky Terrasson sur cinq titres, les bassistes Laurent Vernerey et Jean-Claude Ghrenassia, le batteur Loïc Ponthieux, l’accordéoniste Lionel Suarez, le guitariste Pedro Xavier Gonzales et même Thomas Dutronc, au chant et à la guitare pour Elle, duo d’amour éminemment "aznavourien".

Aznavour toujours serait-il de l’Aznavour comme d’habitude ? Eh bien non ! A plus de quatre-vingt ans, le maître de la chanson française est encore capable de gestes inédits d’une puissance troublante. Comme avec J’ai connu, chanson d’une gaieté enflammée qu’Yvan Cassar a arrangée et réalisée de manière à ce qu’elle donne envie de danser : une sorte de bal tsigane éternellement allègre, alors que le texte évoque les génocides et les crimes de masse qui ont ensanglanté les derniers siècles de l’histoire humaine. Et le refrain de répéter, sur une musique joyeuse : "Ce que l’homme fait à l’homme/L’animal ne le fait pas". Cet Aznavour toujours est plutôt un Aznavour comme jamais.

Charles Aznavour Aznavour toujours (EMI) 2011

En concert à l'Olympia, à Paris, à partir du 7 septembre 2011.