Le hip hop bleu azur de Ben Mazué

Le hip hop bleu azur de Ben Mazué
© romain osi

Avec son premier album, Ben Mazué signe une entrée remarquée dans le petit monde des artistes mêlant hip hop et chanson. Ce trentenaire rêveur, ex-futur médecin, porte un regard vif et optimiste sur le doute, l’avenir, les relations amoureuses, le tout servi par une production éclectique hors des sentiers battus. Rencontre.

Nous avions croisé Ben Mazué, une première fois, pour l’enregistrement de son premier live télévisuel. Encore peu aguerri à ce genre d’exercice, il semblait farouche, insaisissable, mais habité d’une rare ferveur, celle d’un homme au parcours de vie déjà riche, poussé vers la musique par un trop-plein d’émotions fortes et de questions en suspens.

Quelques jours plus tard, nous le retrouvons au siège de sa maison de disques. L’homme, plus disert, dit vivre avec recul ces premières semaines de médiatisation. "C’est toujours agréable, même grisant, de répondre à des questions sur soi. Encore faut-il savoir comment y répondre, et là, je manque un peu d’expérience !", sourit-il.

À l’image de sa musique, difficile cross-over entre des familles éloignées (le rap, la chanson, la pop à guitares), le parcours de vie de Ben Mazué est fait de chemins de traverse, de moments d’exaltation et de doutes sur sa vocation. Né à Nice, le jeune homme décide de se fixer à Paris après une enfance de voyages, mais se revendique toujours de la famille des "nomades". Un parcours scolaire brillant l’amène à poursuivre des études de médecine, qu’il mène jusqu’au bout.

De médecine à la chanson

Peu de place, alors, pour une carrière de musicien. "Je n’envisageais pas la musique comme un métier potentiel, explique-t-il. Pour moi, un vrai métier était forcément lié au labeur, c’est-à-dire à quelque chose de pénible et d’indispensable. Et dans la médecine, je m’y suis retrouvé !" À 25 ans, le besoin d’un nouveau départ est plus fort : la musique, qu’il cultive depuis l’enfance dans une relative discrétion, deviendra son cheval de bataille : "Je me suis rendu compte que pour ne pas rater ma vie, il me fallait aller vers quelque chose que j’aime. Après médecine, je suis donc passé à autre chose." Une expérience qu’il relate sans fard dans l’autobiographique Case Départ.

Pour le chanteur en herbe, tout démarre réellement en 2006, l’année des premières scènes et de l’euphorie créative. "J’habitais en colocation avec un ami à Paris. C’était une période de bonheur intense, dont je parle dans Mes monuments. Je m’étais constitué un répertoire guitare-voix et je jouais, partout où je pouvais."

Rapidement, ses chansons hybrides mi rappées mi-chantées font mouche, et Ben Mazué remporte quantité de prix, du festival Jaques-Brel au FAIR, avant un passage remarqué sur la grande scène des Francofolies de la Rochelle en 2010. Un moment charnière. "Là, c’était inoubliable. Jouer dans une salle aussi remplie, après quelques années de galère, ça n’a pas de prix, surtout au début. Ce moment a créé une vraie cohésion au sein de l’équipe", se souvient-il.

Longtemps désiré, ce premier album, sans titre, a naturellement pris la tournure d’un témoignage personnel enrichi au fil des années, plus réflexif qu’autobiographique. "Comme beaucoup de premiers albums, celui-là s’étire dans le temps, avec des morceaux très anciens et d’autres plus récents. Je voulais en faire une sorte de recueil un peu libre, avec une première chanson, Case départ, en forme d’introduction autobiographique, et d’autres titres davantage conçus sous forme d’hommages, ou d’images…"

Éloge du doute

Moments de réflexion ou récits intimes, les textes de Ben Mazué puisent leur force dans l’expérience du doute. Une thématique très générationnelle, qui devrait sans nul doute parler à ces trentenaires en état permanent de transition vers l’âge adulte. Questionnement sur les vocations (Lâcher Prise), la paternité (Papa), éloge de la fragilité sur le subtil L’Homme modeste... "J’aime les gens qui doutent, explique-t-il. Si on devait résumer l’album ce serait cela. Est-ce que le doute est un défaut ou une vertu ? Je dis dans mes chansons que l’on peut douter, sans pour autant perdre confiance en l’avenir."

Sur l’excellent Confessions d’un rap addict, Ben Mazué  revient sur sa passion pour le rap américain, de Snoop Doggy Dogg à Kanye West. Une passion évidente à l’écoute de cette voix fluide et puissante, glissant sans mal du couplet rappé au refrain mélodique. "Cette chanson parle de ce sentiment d’invincibilité que j’avais en écoutant cette musique en voiture ou en scooter", raconte-t-il.

Pour autant, Ben Mazué réfute l’estampille hip hop, et assure faire de la chanson aux saveurs éclectiques, sorte de "triangle entre Aloe Blacc, Janelle Monae et Vampire Weekend." À l’écoute du disque, on songerait plutôt à Anis, ou parfois Ludo Pin. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Ben Mazué (Sony) 2011
En concert le 19 octobre à la Maroquinerie…