Lulu Gainsbourg, le père, le fils et l’esprit

Lulu Gainsbourg, le père, le fils et l’esprit
© Richard Aujard

A 25 ans, Lulu Gainsbourg, fils de Serge Gainsbourg et de Bambou, sort son premier disque, From Gainsbourg to Lulu, un album hommage à son père, où il revisite, baignées d’une lumière personnelle, des chansons telles L’Eau à la bouche, Je suis venu te dire que je m’en vais, La Javanaise... En invités ? Marianne Faithfull, Vanessa Paradis, Johnny Depp, M... Bref, la classe internationale.

Où est passé Lulu ? Se demandait-on. Si Charlotte, sa grande sœur, se plaçait dès son jeune âge sous les projecteurs, aucune nouvelle ne filtrait en revanche de ce petit homme, apparu à l’âge de deux ans sur la scène du Zénith avec son père Serge Gainsbourg, pour son titre Hey Man, Amen ("A toi de te demerdu/Pauvre Lulu tu m'as perdi/T'inquiète je me casse au paradus"), ou encore sur le plateau de l'émission de télé Sacrée Soirée, déguisé en avatar de Gainsbarre... Depuis : rien, nada, si l’on excepte quelques traces éparses de son histoire dans les journaux people.

Et puis, le voici qui ressurgit sous les spots, tous médias aux abois, pour son premier disque, From Gainsbourg To Lulu, en hommage à son père. Ce beau jeune homme de 25 ans, carrure athlétique et faux airs de Johnny Depp, explique son énergie nonchalante : "Ma mère m’a toujours préservé d’une exposition exagérée. Je ne pouvais me construire sous la seule bannière de 'fils de...'" Tout ce quart de siècle, Lulu ("Lucien, ça craint. Jamais je n’appellerai mon fils comme ça"), tâche d’échapper à son destin.

Musicien amateur, il noie sa timidité dans les jeux vidéos, sa drogue ("J’étais au taquet !", rigole-t-il), se rêve informaticien, gérant d’un vidéo club, pilote de formule 1... Puis Lulu grandit, s’échappe de l’ombre tutélaire, prend conscience : "Ce n’est pas parce que mon père faisait de la musique, que je n’avais pas le droit d’en faire". Direction Boston. Il y a cinq ans, il intègre la prestigieuse école de musique Berklee, et compose Quand je suis seul, un titre de son ami Marc Lavoine (album Volume 10). Déclic. Lulu sort son premier disque, une collection de chansons de son père : "J’étais prêt à assumer cet héritage, à prendre mes responsabilités, à porter mon nom. Le fils de... avait enfin quelque chose à montrer".

Un impressionnant casting

Pour s’émanciper, Lulu choisit donc le cadeau à son paternel, la lettre d’amour en chansons, la vision de ses titres sous d’autres couleurs. De Serge, disparu lorsqu’il avait cinq ans, le fils ne garde pas grand-chose, mais de rares trésors : un sentiment de joie intense qui les animait tous deux lorsqu’ils se voyaient, les sorties d’école, quelques notes de piano, sa musique, bien sûr.

Pour ce tribut, Lulu imagine alors le plus époustouflant casting : le nom de son père doit résonner à travers le monde et les générations. Pour Serge, rien n’est trop beau. Audacieux, le jeune homme contacte le gotha : Bob Dylan, Leonard Cohen, Stevie Wonder, Jamiroquai, Herbie Hancock... et tant d’autres. La liste définitive ? Rufus Wainwright, Scarlett Johansson ("la Brigitte Bardot du XXIe siècle" dit-il), Marianne Faithfull, M, Vanessa Paradis & Johnny Depp ("mon grand frère de cœur"), Shane MacGowan ("Le chanteur des Pogues, le seul groupe que mon père allait voir en concert"), Angelo Debarre, Richard Bona, Mélanie Thierry, Iggy Pop, Ayo, Sly Johnson... Excusez du peu.

Pour les entourer ? Quelques-uns des musiciens de Serge, qui reconnaissent vite la filiation : "En studio, le batteur m’a dit que j’étais aussi perfectionniste que mon père : un tyran gentil, comme lui", affirme fièrement Lulu. Pour les autres points communs avec son géniteur ? "Je ne sais pas. Je suis encore trop jeune. J’ai peut-être les mêmes mains, mais sûrement pas le même nez crochu !", se marre-t-il. On s’étonnera peut-être enfin de l’absence de Charlotte ou Bambou sur ce disque. A cette question, Lulu se montre radical : "La famille, sur ce disque, c’était mon père et moi, point barre".

En résulte alors un disque aux seize pistes élégantes et tendres : les tubes (L’eau à la bouche, Requiem pour un con, Initials BB...), sonnent différemment, baignés d’une autre lumière, réorchestrés, certains monuments deviennent des standards de jazz (Intoxicated Man, Black Trombone...), doués d’une jolie aura. Et en même temps, ne se profile dans ce disque aucune révolution. Lulu cherche à s’éloigner de son père, mais reste étrangement dans ses pas. Ni auteur, ni compositeur mais bon arrangeur, Lulu offre ici un album qui s’apprécie mais n’invente guère. On attendra alors avidement la suite de l’itinéraire, que le fils déploie encore plus ses ailes, après cet hommage réussi, mais pas encore tout à fait adulte...

Lulu Gainsbourg From Gainsbourg to Lulu (Fontana/universal) 2011

Site officiel de Lulu Gainsbourg