Maurane, le swing américain

Maurane, le swing américain
© s.gripoix

Du soleil, la nature comme remède aux idées noires, un soupçon de mélancolie qui n’entache pas un parfum de bien-être, le tout enregistré à New York avec quelques-uns des meilleurs musiciens américains. Avec Fais-moi une fleur, son nouvel album de chansons originales, Maurane prolonge l’été et nous fait swinguer.

RFI Musique : Fais-moi une fleur porte les couleurs du jazz et succède à votre album hommage à Nougaro. Dans quel état d’esprit l’avez-vous abordé ?
Maurane : Fais-moi une fleur est prêt depuis deux ans. J’avais envie de renouer avec le jazz depuis longtemps, car c’est le premier style de musique qui m’a bercée. Quand j’ai commencé dans le métier, j’étais cernée par les musiciens de jazz. C’est un peu un retour aux sources…  Je l’avais mis de côté pour plonger dans l’aventure Nougaro, qui m’a pris beaucoup de temps et d’énergie, pour mon plus grand plaisir. Car c’est dense, Nougaro ! Mais ce nouveau disque est dans la lignée logique de l’album Nougaro. Je me demande d’ailleurs si cela n’aurait pas été une erreur de le sortir avant … Je trouve que la vie n’est pas trop mal faite !

L’album est nuancé de blues, de rythmes brésiliens… Vous vous êtes entourée de nombreuses pointures de la musique américaine (Larry Campbell ou Will Lee) et même Toots Thielemans. Vous chantez aussi le gospel sur Mon ange veille
J’écoute vraiment de tout, je suis quelqu’un de très éclectique et j’ai toujours envie de tout chanter ! Le gospel est une musique qui me touche, outre le message religieux des chants noirs. Faire cet album à New York, dans un contexte américain, m’a un peu effrayée au début. Pour Mon ange veille, j’ai eu le trac : d’un seul coup j’étais sur leur territoire, j’avais une espèce de pudeur. Gil Goldstein, qui a coréalisé l’album, et les musiciens m’ont fait une telle confiance que j’ai pu me lâcher, et surtout beaucoup m’amuser. J’aime que ce disque aille un peu partout, il y a même un côté reggae/ska dans J’me sens bien.

Vous avez enregistré l’album dans les conditions du live en seulement six jours. L’avez-vous vécu comme une contrainte ?

Quand nous sommes arrivés à New York, les arrangements étaient écrits et les maquettes faites de façon très sommaire. Ça me paraissait énorme de faire trois titres par jour, et finalement, ça a été jubilatoire tout de suite. Je n’avais pas le temps de me poser de questions, et j’ai découvert que travailler dans l’urgence, c’est très bien ! Ça génère un autre dynamisme, un autre son. J’avais l’impression de me retrouver sur scène. Cette énergie proche du live est beaucoup plus intéressante. Souvent, on devient très esthétisant sur les albums. On peut toujours trouver quelque chose qui manque. J’ai appris qu’à un moment donné, il faut accepter les imperfections : les failles laissent passer la lumière. Elles sont plus importantes que les choses lisses. C’est définitivement plus humain.

On retrouve différents auteurs sur cet album : François Morel, Juliette, Brigitte Fontaine…  Opus en si bel homme majeur est le seul texte écrit par vous, pourquoi ?
Je suis tellement bien servie par tous ces gens qui écrivent mieux que moi ! Ce n’est pas que je fasse un complexe, mais je n’aurais pas pu passer à côté de ces chansons. Cet opus est sorti comme ça, c’était comme un rêve de petite fille : je fantasmais sur l’homme idéal, alors que j’étais seule dans ma vie. Ce n’est plus le cas, et curieusement, il ressemble énormément à la chanson ! Comme une chanson prémonitoire… Je pense que quand on rêve les choses, elles arrivent. Quand j’étais petite, je ne savais pas que Fugain deviendrait un ami, encore moins Nougaro, que j’aurais la chance de rencontrer Michel Legrand ! Ma vie est comme un rêve éveillé, il y en a des choses qui se sont réalisées !

Le thème de la nature revient dans de nombreux titres, comme un fil conducteur, est-ce un hasard ?
Ce n’était pas une volonté, mais quelque part, j'attire ces chansons. Je suis si attachée à la terre et à cette vie que j’en parle souvent inconsciemment. Je plains cette planète tous les jours : les hommes sont à la fois capables d’y faire des choses extraordinaires et de tout détruire. A ce propos, j’ai adoré le texte de Marc Estève, C’est pas dans ma nature : c’est une chanson écolo sans être politiquement correcte. Il y a des images violentes mais belles, "les baleines bleues font la planche". Les cinq éléments sont les choses qui nous tiennent en vie. Parfois on ne les voit plus à force de vivre au milieu. Je m’arrête souvent sur des détails, c’est ce qui fait que je trouve la vie de plus en plus belle. Je suis de moins en moins blasée en vieillissant, je retrouve un peu une âme d’enfant, je suis midinette et je m’émerveille de tout !

Maurane Fais-moi une fleur (Polydor) 2011
En concert à l’Alhambra à Paris du 3 au 5 novembre 2011
En tournée Fais-moi un swing en France, en Belgique, en Suisse et au Canada en 2011-2012