Yves Jamait, dix ans et Saison 4

Yves Jamait, dix ans et <I>Saison 4</I>
© wagram

Avec sa voix éraillée et sa gouaille poétique, Yves Jamait, presque cinquantenaire, sort ces jours-ci un quatrième album, intitulé Saison 4, qui vient couronner une décennie de chanson. Une carrière discrète, mais marquée par une véritable reconnaissance du public.

La renommée et la reconnaissance médiatique prennent parfois des chemins de traverse. Ainsi, on ne voit pas souvent Yves Jamait dans les grands médias audiovisuels, on ne l’entend pas énormément sur les grandes stations de radio françaises – à l’exception d'une ou deux. Disons qu’on le traite comme s’il était un jeune garçon armé d’une guitare maniée à pleines mains et d’une révolte mal dégrossie, accueilli au bout de la tablée et seulement les jours de fête. Un chanteur underground, marginal, anecdotique.

Or Yves Jamait n’a jamais été moins que Disque d’or, à chacun de ses trois albums. Depuis dix ans, il a aligné cinq cents concerts et 400.000 spectateurs. Alors qu’il sort ces jours-ci sont quatrième album, Saison 4, il retrouve aussi la scène pour quelques concerts de pré-tournée en petite formation, aux Trois Baudets, à Paris. Il retrouvera la route des tournées en février, avec passage par le Grand Rex au printemps 2012.

Il est vrai que si on aime que toute modernité se réduise à un mot anglais et que chaque nouveau nom de la musique apporte plus de ruptures que de fidélités, il y a de quoi être dépaysé par la tranquille gloire de Jamait. On ne tarde jamais à lui trouver des parentés de vocabulaire avec Renaud et d’univers urbain avec les Têtes Raides.

Sa casquette fait penser au Jean Gabin qui chante Quand on se promène au bord de l’eau et ses indignations à la solide gauche de Francis Lemarque. Est-ce un hasard, d’ailleurs, s’il a enregistré, pour ce nouvel album, un duo avec Zaz (La radio qui chante) ? Deux voix éraillées, deux gouailles populaires, deux manières cousines de clamer des mots d’amour… D’ailleurs, l’un comme l’autre n’a rien changé à ses habitudes "d’avant", quand ils chantaient au chapeau dans des lieux minuscules, quand ils espéraient trouver un producteur qui ne fasse pas faillite.

Le premier disque de Jamait était autoproduit mais il a connu le vrai décollage quand Patrick Sébastien l’a invité dans son émission de télévision –la manière la plus efficace de toucher le grand public amoureux de "vraie" chanson mais une bonne garantie d’être regardé de haut par les Inrockuptibles…

Mais, avec son univers de mouise et de sensualité, de révolte narquoise et de camaraderie fervente, Jamait s’est construit un public fidèle, qui aime trouver en lui un improbable hybride de Maurice Chevalier et d’Hubert-Félix Thiéfaine, une voix affranchie de toute mode, une conscience plus sarcastique que vraiment révolutionnaire… Poète du quotidien qui a souvent semé ses mots sur des guitares à la Django Reinhardt ou sur des accordéons de bal éternel, il a invité des guitares électriques pour son nouveau disque, plus rock que jamais. Et ses histoires de bistrot prennent une dimension plus rageuse et plus désespérée dans ces ambiances-là.

On retiendra aussi Arrête !, grande charge agacée contre un copain poivrot avec accordéon piazzollien, ou Rien de vous qui chante une belle inconnue avec orgue vintage et arrangements chatoyants. Car Jamait compte parmi ces créateurs de chanson  qui, depuis Félix Leclerc et en passant par Maxime Le Forestier, ne se résolvent pas à mépriser les couleurs de la variété populaire. Et on aime infiniment ses formules qui valent toujours mieux que leur premier goût de punchline habile, comme le magnifique "Si tu me laisses tomber, j’me casse".

Jamait Saison 4 (Wagram) 2011
Concerts aux Trois Baudets (Paris) les 10, 11, 17 et 18 octobre.