Baden Baden, tonnerre de sentiments

Baden Baden, tonnerre de sentiments
Baden Baden © DR

Baden Baden, groupe parisien de pop-indé au drôle de nom de station thermale allemande, a laissé sérieusement de côté l’anglais pour les textes en français de son deuxième album, Mille éclairs. En revanche, le réalisateur Barny Barnicott apporte son écot à ce son bravache et fier du trio, plaçant les onze chansons en orbite de la planète brip-pop.

Le deuxième album de Baden Baden, Mille éclairs, ne manque pas de chair, de nuances, de gravité sentimentale dans les textes et d’ambiance noisy-pop de fin de nuit d’hiver pour la musique. Ce deuxième album des Parisiens est riche, incarné et parle français en grande majorité.

Baden Baden a voulu y mettre du coeur, de l’énergie et beaucoup plus de présence que sur le premier essai, Coline, en 2012. Plus d’aspérités, plus de garniture textuelle aussi dans l’assemblage du millefeuille musical. Baden Baden enferme une vision de la musique propre et léchée, du verbe précis et poétique et déborde de vigueur.

Cet album est bavard et il a fallu qu’Eric Javelle, le chanteur, jugule cette logorrhée en jouant habilement sur les images "Je sais qu’à deux, on s’empile mieux..." sur La descente, "Je t’offrirai le monde comme on s’offre une fois, une trop belle nuit en échappée de toi" sur L’échappée...
 
Finalmente arrive en contrepoint et classe le groupe dans la case "instrumental" grâce à une belle composition digne d’une des mystérieuses réalisations du barde américain Will Oldham ou de son cousin suédois, José Gonzalez. Une pièce folk baladeuse où l’oreille est caressée de quelques arpèges doucement amenés à la Street Spirit (Fade Out) de Radiohead.
 
Bon prince, on ne va pas parler de tous les fantômes rôdant dans les chansons de Baden Baden. Eric Javelle a le timbre et la manière de Jean-Louis Aubert et/ou de Kaolin dans Dis-leur. Tel un Florent Marchet évanescent sur la chanson Hivers, sa voix transmet une sensation de dépression aigüe.
 
Façonné entre la Normandie et Paris, Mille éclairs évoque les plages du débarquement en pleine tempête et on n’avait pas eu cette chance de malaxer le français avec autant de belles idées de conquêtes de coeurs et de territoires. Notre langue n’avait pas non plus sonné aussi percutante depuis les essais réalistes de Diabologum dans les années 90 ou de Fauve tout récemment, notamment sur L’élégance avec.
 
Si Anyone ou Good Heart pourraient passer pour des morceaux de bravoure pop made in England, la pudique mise en bouche de l’album nous fait traverser le tunnel sous la manche, car Mille éclairs reste gorgé de références à Albion.
 
Simplicité pop, batterie virile et solo de guitare écorché en retrait, mixés avec des effets de voix superposées et lancinantes sur J’ai plongé dans le bruit, le premier morceau de l’album. Avec ces riffs incandescents, braques aussi parfois et doux après la tempête, Mille éclairs joue de ses jeux de lumière sonores calés au millimètre.
 
Tout doit sonner soyeux, le mix du réalisateur anglais Barny Barnicott est là pour ça. L’ingénieur du son qui a trituré les oeuvres d’Editors, Kasabian, Arctic Monkeys a donné beaucoup de relief aux beats de batterie, à la présence de la basse, à celle des guitares scintillantes et a placé la voix à sa juste place, pas trop en avant.
 
Les paroles sont trempées dans des larmes de relations sentimentales parties en vrille. L’envie de se barrer chez Baden Baden prend la forme de L’échappée, une chanson aux arrangements intelligents, avec ce break violent suivi d’un picking délicat à la guitare, façon Art Garfunkel.
 
Autrefois, Baden Baden rendait hommage comme Welcome to Julian ou The Little Rabbits, à tous ces groupes indie-pop tombés sur le champ de bataille linguistique à la fin des années 90 mais Baden Baden mise sur sa langue natale. On lit dans ces chansons comme dans un livre ouvert et on se sent tout de suite plus éclairés.
 
 
Baden Baden Mille Eclairs (Naïve) 2015
Site officiel de Baden Baden
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A écouter : la session live dans la Bande Passante (02/02/2015)

En concert le 25 mars 2015 au Café de la Danse à Paris.