Les tourbillons mélancoliques de Sébastien Schuller

Les tourbillons mélancoliques de Sébastien Schuller
Sébastien Schuller © Tonje Thilesen

Français expatrié aux Etats-Unis, Sébastien Schuller, 39 ans, donne de ses nouvelles à travers son troisième album, Heat Wave, mais aussi des nouvelles d’un monde tourmenté, secoué de tempêtes. Ses chansons mélancoliques et éthérées se font un peu plus dansantes, réminiscences de la new wave des années 1980.

Pour quelle raison vivez-vous aux Etats-Unis ?
Je me suis installé à Philadelphie, sur la côte Est, il y a 7 ans pour y vivre avec ma compagne. J’y ai enregistré ce troisième album dans mon home-studio, mais j’ai effectué quelques prises de son et le mixage en France avec des musiciens et un ingénieur du son que je connaissais. J’ai fait appel à un bassiste mais pas à un batteur, préférant utiliser une boîte à rythmes.

Les paysages américains vous ont-ils influencés ?
L’environnement et le quotidien influencent forcément la création. J’ai fait un voyage à Miami, j’y ai perçu une atmosphère moite et des lumières particulières, mauves, violettes… À Philadelphie, nous avons eu des tempêtes tropicales. J’ai essayé de retranscrire ces sensations visuelles dans ma musique. J’ai aussi pris des photos, dont celle des pochettes de l’album ou des singles.

Vous composez aussi pour le cinéma.
Oui, j’avais travaillé pour Toi et Moi et Notre Univers Impitoyable. J’ai composé une musique assez épurée et mélodique pour le Beau Monde, qui est sorti cet été. C’est un bon exercice, il faut s’adapter aux images sans se trahir.

Ce troisième album est un peu plus rythmé que les deux premiers.
Je souhaitais composer un album plus dansant mais toujours mélancolique. En utilisant un nouveau clavier, un Access Virus, je me suis rendu compte que je pouvais toucher un peu à mes premières passions musicales d’adolescent, new wave et années 80. J’écoutais alors beaucoup Depeche Mode — j’achetais tous leurs 45 tours — Human League, Visage ou Orchestral Manœuvre in the Dark. Les synthétiseurs et l’électronique étaient, jusqu’à il y a peu, très mal perçus. Pourtant les musiques synthétiques ouvrent beaucoup plus de possibilités. Je me suis enfin permis certains clins d’œil à cette époque.

Mais contrairement à Depeche Mode, votre voix est souvent en retrait par rapport aux instruments…
Oui, car je ne suis pas Dave Gahan ! (rires) Au départ, je ne m’imaginais pas du tout comme chanteur et sur le devant de la scène, mais plus comme un Martin Gore (de Depeche Mode, ndlr), dans l’ombre. Et je n’ai jamais rencontré le Dave Gahan qui pourrait correspondre à mes recherches musicales.

La mélancolie et la nostalgie traversent toute votre musique.
Oui, les titres parlent souvent d’eux mêmes : Disillusion, Regrets… L’amour, la foi, l’envie, le temps et les passions… Je dois être mélancolique, mais ce sont surtout les musiques que j’écoute qui le sont. J’aime aussi bien danser sur un morceau qui peut faire pleurer.

L’été semble au cœur de cet opus, Heat Wave, Endless Summer, Tropical Storm
Totalement. Mais c’est un été assez secoué ! J’ai réagi de façon instinctive par rapport aux choses que j’ai pu observer. Les derniers moments sur la plage, le soir au moment du coucher du soleil, ou à la fin de l’été avant de reprendre une vie normale, sont très mélancoliques. L’été, on a souvent l’occasion de faire le point et parfois de rêver à des changements dans sa vie. Cet album, c’est aussi un regard sur notre monde, sur la façon dont on vit sur cette planète, avec l’homme qui court à sa perte, hélas, avec des gens qui s’entretuent et des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes, comme les tempêtes tropicales aux Etats-Unis.

Comment a été conçu cet album ?
En gros, cela m’a pris trois années, un peu plus de temps que si j’étais au sein d’un groupe, puisque je travaille seul. Je commence par des compositions instrumentales, je ne suis pas un songwriter. J’ai besoin de jouer avec des couches d’arrangements, des synthés et des boîtes à rythmes. Viennent ensuite des images, des paroles…
Le premier album, Happiness était sorti ici de façon un peu confidentielle. Ma musique a circulé, certains titres ont été placés dans des séries télévisées ou dans des films. Maintenant que j’habite aux Etats-Unis, j’espère pouvoir défendre ce troisième album.

Sébastien Schuller, Heat Wave (Schmooze/Modulor) 2014
A écouter : itw de Sébastien Schuller dans La Bande Passante (11/09/2014)
Site officiel de Sébastien Schuller
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