Laurent Garnier, comme à la maison

Laurent Garnier, comme à la maison
Laurent Garnier © R. Bellia

Laurent Garnier n'est pas de retour, il a toujours été là. DJ pionnier des musiques électroniques, bien avant la French Touch, il est installé en Provence mais distille la bonne parole électro dans les plus grands clubs de la planète. Rencontre à l'occasion de la parution de Home Box, un coffret regroupant inédits et maxis vinyles sur le label F Com, ressuscité pour l'occasion.

RFI Musique : Est-ce le retour du label F Com (St Germain, Mr Oizo…) ?
Laurent Garnier : Non. F Com s'était mis sur pause. Nous avions publié le DVD de mon live à Pleyel en 2011. Le label nous permet de publier des projets singuliers, pas de dénicher des artistes et les développer. Le marché de la musique est déjà bien saturé et plein de labels font bien leur travail. Comme ceux par exemple sur lesquels j'ai publié cinq maxis en 2014 (Still Music, 50Weapons, Musique Large, MCDE et Hypercolour, NDLR).

Est-ce aussi le retour du disque vinyle ? Des disquaires ?
Il y a un certain retour du vinyle chez les jeunes, comme chez les DJ. C'est un bel objet avec lequel on tisse un lien différent qu'avec un MP3. Dans le cas des DJ, cela me paraît bizarre, voire archaïque. Je ne suis pas nostalgique du vinyle, il y a tellement de musique qui sort en numérique. En tant que DJ, j'aime beaucoup la clé USB, qui permet de faire des boucles. Si j'utilise des vinyles, j'ai toujours l'impression d'être pressé par la durée du disque…
Aujourd'hui, je reçois tout en format numérique sur mon ordinateur, je suis enseveli de musique. Il y en a trop et j'essaye d'en écouter un maximum. Mais trop en écouter, c'est le risque de se dégoûter de la musique.
 
Cette Home Box est en quelque sorte ton florilège de l'année 2014 ?
Je ne voulais pas m'enfermer en studio pour enregistrer un album. J'ai toujours enregistré ma musique chez moi, sauf aux débuts avec Ludovic Navarre (Wake up, Acid Eiffel…). La Home Box, ce sont des maxis sortis en 2014 et un album qui a une vraie progression. C'est un bel objet à l'heure où les disques ne se vendent plus.
 

Quel est ton regard sur la musique électronique en 2015 ? La techno “maximale” est-elle derrière nous ?

La techno “maximale” c'est le son de Ed Bangers, Justice ou Boys Noize. Aujourd'hui, nous sommes revenus à l'histoire de ces musiques : garage, deep house, techno de Detroit, house de Chicago… Beaucoup d'artistes sont très inspirés par ces musiques. Il y a aussi un retour à l'analogique, aux anciennes machines… un peu comme pour le vinyle. Il y a une vraie fascination pour les vieilles boîtes à rythmes et les vieux claviers. On verra ce qui se passera après.
 
Les musiques électroniques percent-elles dans de nouvelles contrées ?
Beaucoup de gens regardent l'Afrique en se demandant ce qui va s'y passer. Comme le dit un titre “It began in Africa”. Est-ce que les musiques électroniques vont revenir à leurs origines ? On attend beaucoup de l'Afrique. Je ne connais pas ce continent, je n'y ai joué qu'une fois, à Dakar. Il se passe pas mal de choses, en Afrique du Sud, par exemple. Mais il y a sans doute plein d'artistes dont on n'a encore jamais entendu parler.
 
L'électro est-elle devenue populaire partout ?
J'en ai l'impression. Surtout en France d'ailleurs. Paris a donné un nouveau souffle à la nuit française, qui est devenue la meilleure d'Europe. Notamment grâce aux fêtes Concrete, qui sont un peu le Panorama Bar français (fameux club berlinois, NDLR), le lieu où il faut être. Mais c'est étrange qu'un jeune de 18 ans n'écoute que de la techno, c'est la musique de ses parents ! C'est la première génération qui n'est pas musicalement en rupture avec la génération de ses parents. Sans doute parce qu'aucun nouveau style n'est apparu.
 

L'EDM (Electronic Dance Music) est-elle un nouveau style ?

Cela n'a rien de nouveau. C'est le côté vulgaire et pop de la musique électronique. Si on enlève les voix, cela ressemble à de la musique électronique assez respectable. Mon gamin, qui a 11 ans, me faisait écouter un titre d'EDM dans la voiture. Il me demande si c'est commercial. Je lui dis : "Jusqu'ici tout va bien", avant que ne surgisse le refrain. Il me fait découvrir pas mal de musique, car les gamins de son âge ont le Net dans la peau.
 
En Provence, as-tu le temps de faire un potager ou de bricoler ?
Non, je travaille autant que lorsque j'étais à Ivry-sur-Seine, sauf que mon studio donne sur un jardin ensoleillé et non sur des voies de chemin de fer de banlieue. Je joue deux week-ends par mois en clubs et festivals. Dans le Luberon, je suis à une heure de route de l'aéroport de Marseille. De là, je peux aller dans le monde entier.
 
Où en est ce projet d'adaptation du livre "Électrochoc" au cinéma ?
Le scénario est écrit, nous avons les acteurs principaux. C'est une fiction qui suit le trajet d'un garçon, de son adolescence à 40 ans, passionné de musique, qui devient DJ. Ce n'est pas un film sur l'histoire de la techno mais un film sur ce que peut engendrer la passion de positif ou de négatif. Personnellement, ma passion pour la musique et le fait de m'isoler pour travailler m'ont parfois un peu rendu autiste. Ce film est peut-être une thérapie ! (rires)
 
 
Laurent Garnier, Home Box (F Com/Pias) 2015

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